« C’est la double peine. » Marine Tondelier a bien du mal à cacher son désarroi en cette période de canicule. La patronne des écologistes court les plateaux télévisions et les studios de radio pour défendre son idée de congé climatique, et alerter sur l’importance d’une prise de conscience générale face au réchauffement des températures.
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C’est un fait : le parti au tournesol (EELV, rebaptisé les écologistes), comme les formations de gauche dans une moindre mesure, ont mis la lutte contre le changement climatique au cœur de leur logiciel, bien avant les autres camps politiques. De René Dumont, candidat à la présidentielle en 1974 – qui s’engageait déjà contre le gaspillage de l’eau malgré les quolibets – aux logiques de planifications écologiques ces dernières années, ils ont été les pionniers d’enjeux qui s’imposent désormais à tous.
Pourtant, quand la canicule historique écrase la France et impose les sujets environnementaux au cœur des foyers, Marine Tondelier et ses troupes donnent encore l’impression de prêcher dans le désert. « On alerte pendant des décennies sur le réchauffement climatique : on se moque de nous ou on nous reproche d’être alarmistes. Ce qu’on annonçait arrive : c’est encore de notre faute », s’est agacée la patronne des écologistes cette semaine après une énième émission matinale difficile. Et de s’interroger : « Qu’ont fait les autres pour empêcher qu’on en arrive là ? »
Être écolo, un sacerdoce ?
Certes, leurs adversaires sur le spectre politique n’ont pas vraiment brillé, pour l’essentiel, sur le terrain environnemental. On se souvient par exemple de la petite phrase l’écologie « ça commence à bien faire », lâchée par Nicolas Sarkozy en 2011, annonciatrice du détricotage des ambitions du Grenelle de l’environnement qu’il avait pourtant initié trois ans plus tôt. On pourrait parler aussi des errements du Rassemblement national, favori de la prochaine présidentielle, mais toujours fervent partisan des énergies fossiles et dont la seule réponse au changement du climat réside dans un gigantesque plan clim aussi flou que démagogique.
Mais pour les écologistes, la question n’est pas là. Pourquoi leur statut de précurseur indéniable ne leur permet pas aujourd’hui de s’imposer comme la première force crédible pour atténuer, et s’adapter, aux conséquences du réchauffement de la planète ?
« C’est compliqué aujourd’hui d’être un écologiste convaincu », nous assure d’emblée Bruno Villalba, professeur de Science Politique à AgroParisTech. Les forces contraires sont effectivement nombreuses dans une sphère politique et une société capitaliste qui « résonnent en matière de croissance ». « Les contraintes écologistes nous disent qu’il y a des limites non négociables. Or, pour un homme ou une femme politique, il est toujours difficile d’aller expliquer à la population que nous avons atteint un seuil de développement préjudiciable, et qu’il faut tout réorganiser », nous explique le spécialiste de l’écologie politique, plutôt adepte de décroissance.
Ce combat, résumé ainsi par René Dumont dans les années 1970, « l’utopie ou la mort », est effectivement impopulaire presque par essence, puisqu’il « remet en cause notre rapport au monde ». Pour être crédible et entendu, il nécessite donc de s’appuyer, selon Bruno Villalba, sur un « contre-modèle » clair et « une pensée politique idéologisée », à l’image de ce que parviennent à faire La France insoumise ou le Rassemblement national. Le premier sur la lutte des classes, le second contre les immigrés.
« L’écologie politique est dans une impasse »
Or, pour l’universitaire, le parti dirigé aujourd’hui par Marine Tondelier n’a pas réussi à « jouer la même carte de la radicalité ». « Les écologistes ne sont pas dans un rapport de force dans le débat, mais dans une logique de conciliation et de pédagogie », nous dit-il. En témoigne, par exemple, leur revirement récent sur la place de la climatisation, imposée dans la discussion par les coups de boutoirs du Rassemblement national. « Ils auraient pu dire que ce n’est pas la solution et le marteler en multipliant les contrepropositions et se créer ainsi un espace pour convaincre. Eh bien non, ils ont choisi de concilier », remarque le spécialiste.
Cet écueil est également illustré par le positionnement de Marine Tondelier depuis qu’elle essaie d’incarner, à la tête du mouvement, le trait d’union entre La France insoumise et le Parti socialiste. « Quand vous voulez être un parti dit de gouvernement, vous négociez toujours avec le partenaire le plus fort », poursuit Bruno Villalba. Au risque de brouiller le message politique, quand les actes posés par leurs amis ne correspondent pas au constat qu’ils dressent. Ainsi, son parti se retrouve lié à une formation politique qui, pour la première, a laissé passer le dernier budget et ses aspects anti-écolos et, pour la seconde, ferraille contre les ZFE (zone à faible émission), au nom de la justice sociale. Pas simple.
Dans ce contexte, Corinne Lepage nous assure même que « l’écologie politique est dans une impasse », avec un parti qui s’est « vautré dans des sujets qui n’ont rien à voir », notamment par « raison électorale », et pour ménager ses alliances avec la formation de Jean-Luc Mélenchon. Problème, pour elle, plus le parti écolo investit d’autres champs politiques, parfois polémiques, « plus l’écophobie illibérale incarnée par l’extrême droite augmente. Cela devient un sujet binaire ». Avec des répercussions inévitables. En 2020, 52 % des Français jugeaient les verts proches de leurs préoccupations, contre 35 % aujourd’hui.
L’ancienne ministre de l’environnement (1995-1997), autrice d’un récent essai Le discrédit écologique ou comment sortir du backlash, préconise plutôt de « repartir de la base et du besoin des gens, en commençant par la santé ». Pour présenter, par exemple, la lutte contre les pesticides comme un combat sanitaire avant d’être écologique. « Au lieu d’avoir quelque chose qui descend d’en haut, l’idée est que les gens s’approprient un sujet qui résonne dans leur vie, et demandent à la puissance publique de s’en occuper », explicite-t-elle. Encore faut-il que celle-ci fasse de l’écologie la pierre angulaire de toutes les décisions. Ce qui, écolos ou pas, n’est absolument pas le cas.
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