- Après les incendies qui ont ravagé plus de 2.000 hectares à Fontainebleau, un pompier volontaire a reconnu avoir allumé l’un des départs de feu.
- Le psychiatre Laurent Layet, expert près de la Cour de cassation, distingue auprès de TF1info les simples incendiaires des pyromanes, mus par une pure fascination pour le feu.
- Il explique pourquoi ce trouble rare peut conduire certains à se rapprocher des métiers liés au feu.
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Comment un pompier dont on célèbre chaque jour le courage peut-il se retrouver à allumer un incendie ? Alors que les flammes continuent de ravager la forêt de Fontainebleau (nouvelle fenêtre) (Seine-et-Marne), parmi les personnes interpellées, un pompier volontaire a reconnu avoir « mis le feu à des brindilles avec un briquet et de l’essence »
, selon la procureure de Fontainebleau, Diane Ngomsik.
Au total, quelque 2.050 hectares sont partis en fumée en deux jours, et quatre personnes se trouvaient encore en garde à vue (nouvelle fenêtre) mardi 14 juillet au soir. Un homme de 46 ans a par ailleurs été interpellé le même soir sur un parking interdit au public, de nombreux papiers journaux froissés et un briquet ayant été retrouvés dans son véhicule. Pour l’heure, le parquet dit explorer « toutes les hypothèses, tant accidentelles que volontaires »
.
Pour comprendre ce qui peut pousser un individu, et parfois un professionnel du feu, à provoquer un incendie, TF1info a interrogé Laurent Layet, psychiatre habitué des expertises auprès de la justice. Il distingue d’emblée deux réalités souvent confondues.
Certains pyromanes se retrouvent dans des professions qui se rapprochent du feu
Certains pyromanes se retrouvent dans des professions qui se rapprochent du feu
Laurent Layet
Un pompier volontaire a reconnu être à l’origine d’un des départs de feu dans la forêt de Fontainebleau. Qu’est-ce qui peut pousser un individu à déclencher volontairement un incendie ?
Il faut d’abord distinguer deux populations. Il existe un groupe très vaste qu’on appelle les incendiaires : ce sont tout simplement des gens qui mettent le feu. Dans ce groupe, il y a ceux qui le font volontairement, mais pour un motif comme la vengeance, un conflit de voisinage, l’argent et l’assurance, ou encore le terrorisme. Pour eux, mettre le feu a un autre objectif. Et parmi les incendiaires, il y a un tout petit sous-groupe, environ 3 à 5%, qu’on appelle les pyromanes (nouvelle fenêtre). Eux mettent le feu non pas pour un motif financier ou politique, mais uniquement par attrait pour le feu. C’est ce qui les différencie.
Qu’est-ce qui caractérise, justement, un pyromane ?
C’est quelqu’un qui a une forme de fascination pour le feu, parce que cela lui crée une forme de satisfaction. Il a envie de voir des flammes, de voir ce que fait le feu : il ressent à travers cela de l’excitation. Et comme ce sont des gens qui ont cet attrait particulier, certains peuvent se retrouver dans des professions qui se rapprochent du feu, dont celle de pompier (nouvelle fenêtre) ou de garde forestier. C’est un moyen pour eux de s’approcher des flammes au quotidien.
Ce sont des profils souvent impulsifs, chez qui l’agir prend le pas sur la réflexion
Ce sont des profils souvent impulsifs, chez qui l’agir prend le pas sur la réflexion
Laurent Layet
Sur le plan psychologique, la science sait-elle aujourd’hui quels ressorts expliquent cet attrait pour le feu ?
C’est ce qu’on appelle un trouble du contrôle des impulsions, qu’on retrouve aussi, par exemple, chez les joueurs pathologiques. Il y a une séquence qui se répète : une envie qui monte de façon de plus en plus intense, qui atteint son apogée au moment où la personne déclenche l’incendie (nouvelle fenêtre), puis cette excitation redescend progressivement. Certains vont d’ailleurs la prolonger en participant aux secours, en intervenant sur le feu. Ensuite, on retrouve des traits de personnalité : ce sont des gens souvent impulsifs, chez qui l’agir prend le pas sur la réflexion. Face à une tension interne, à une rupture, à un conflit qu’ils ont du mal à résoudre psychiquement, ils tentent de le résoudre par un passage à l’acte.
Chaque cas est unique, mais des grandes lignes se dégagent-elles ? Un profil type, une tranche d’âge ?
Ce sont en majorité des hommes : l’impulsivité et les comportements transgressifs apparaissent plus tôt chez eux, et les prisons françaises sont d’ailleurs davantage peuplées d’hommes (nouvelle fenêtre). Ce sont par ailleurs souvent des jeunes, entre la vingtaine et la quarantaine, et plus rarement des personnes âgées, car l’impulsivité diminue avec l’âge. Ce sont aussi des gens plutôt isolés socialement. Cela ne veut pas dire seuls, mais leurs relations ne leur offrent pas un soutien suffisant pour amortir les aléas.
La fascination pour le feu apparaît souvent dès l’adolescence
La fascination pour le feu apparaît souvent dès l’adolescence
Laurent Layet
Sommes-nous en mesure d’estimer le nombre de pompiers « pyromanes » et peut-on repérer ces profils, notamment au moment des sélections ?
D’abord, il n’y a pas de relation de cause à effet : ce n’est pas parce qu’on est pompier qu’on a un attrait pour le feu, ni qu’on est pyromane. Le métier de pompier, c’est aussi le secours sur la voie publique, tout un panel. Mais parmi les pompiers, il y a simplement un sous-groupe minuscule, quelques cas de pyromanes qui vont chercher à embrasser la profession parce qu’elle les rapproche de ce qui les fascine. Quant à les détecter, c’est malheureusement difficile. On travaille surtout a posteriori : on attrape certains pyromanes, on reconstitue leur trajectoire, et l’on s’aperçoit que la fascination pour le feu est très antérieure à leur embauche, et apparaît souvent dès l’adolescence.
La pyromanie est-elle considérée comme une maladie mentale, et les rend-elle irresponsables de leurs actes ?
Elle est référencée dans les classifications comme un trouble psychique. Mais ce n’est pas parce que vous avez un trouble que vous n’êtes pas responsable de ce que vous faites : on peut très bien avoir un trouble et être conscient. Ce qu’on demande aux experts comme moi, c’est justement de dire si, au moment où il allume le feu, l’individu est conscient de son geste. Et le pyromane, à ce moment-là, l’est, comme le joueur pathologique (nouvelle fenêtre) est conscient quand il mise sa maison au poker, qu’il pose les clés sur la table. La quasi-totalité des pyromanes sont donc responsables de leurs actes. C’est différent d’autres incendiaires qui peuvent être délirants ou atteints de folie, et mettent le feu parce qu’ils se croient attaqués, par exemple.
Ces profils restent-ils pyromanes toute leur vie ? Peut-on les soigner ?
L’attrait pour le feu naît à la préadolescence ou à l’adolescence et reste, globalement, tout au long de la vie. Mais cela ne veut pas dire que la personne mettra le feu toute sa vie : cela dépend d’autres facteurs. Avec un suivi psychologique ou psychiatrique, un travail sur l’impulsivité et la recherche d’un soutien social et d’une bonne insertion, on peut leur apprendre à gérer leurs pulsions.
Face aux sécheresses et aux canicules amenées à se répéter, et devant des feux allumés de façon méthodique comme à Fontainebleau, êtes-vous inquiet ? Faut-il davantage parler de la pyromanie ?
Au contraire, à partir du moment où les médias en parlent beaucoup, cela peut susciter l’excitation des pyromanes, qui regardent la télévision comme tout le monde. Le fait d’évoquer toute la journée la sécheresse et le risque d’incendie attise quelque chose chez eux. Par ailleurs, on parle beaucoup ces dernières semaines d’incendies d’origine humaine, mais origine humaine ne veut pas forcément dire pyromane. Cela peut être une simple imprudence, comme un mégot jeté par la fenêtre.











