- Cet été, la sécheresse et la succession de canicules ont ravagé les champs.
- Les agriculteurs démunis réclament des aides d’urgence pour compenser leur manque à gagner et s’inquiètent pour la suite.
- Dans le podcast Impact positif présenté par Sylvia Amicone, le biologiste Marc-André Selosse s’inquiète des choix politiques sur l’agriculture.
Suivez la couverture complète
Impact positif
Ajoutez TF1info à vos sources sur Google
Prairies à sec, fruits grillés, légumes incapables de pousser, forêts en flammes… Après cet été caniculaire, les agriculteurs enregistrent des dégâts sans précédent dans leurs exploitations. Les premières remontées préfectorales mesurent certaines pertes maraîchères non irriguées au-delà de 80%. Beaucoup de professionnels s’interrogent sur la survie de leur exploitation et d’autres se demandent comment nourrir leurs animaux.
Marc-André Selosse, biologiste et professeur au Muséum national d’Histoire naturelle, n’y va pas par quatre chemins dans le podcast de celles et ceux qui ont un impact positif sur la société et sur le monde, à écouter ci-dessus. L’émission est diffusée tous les samedis après-midi sur LCI, canal 15 de la TNT. « Cet été, il y a eu des morts, c’est une horrible réalité et une situation extrêmement alarmante. »
Il reproche aux responsables politiques de rester sourds à la science : « Nous avons une connaissance de l’écologie et du climat inédite. Nous savons prédire et trouver de nouveaux niveaux d’action. Je regrette l’incapacité que nous avons en tant que scientifiques et société à opérer la transition et convaincre de ses bienfaits. Nous nous habituons aux catastrophes et elles deviennent ordinaires. »
Le scientifique reproche à la société de penser à court terme : « Nos discussions sont démesurément portées sur des choses pratiques (canadairs, bassines d’eau, etc.). Ce sont des rustines. »
L’été que nous venons de vivre inquiète le scientifique. Pour lui, il faut rétablir l’équilibre entre court terme et long terme : « Nous n’agissons toujours pas pour réduire les
gaz à effet de serre
que l’on émet et aménager notre territoire pour nous conformer aux nouvelles conditions climatiques. Nous devons éviter
les forêts qui brûlent
et les cultures inadaptées. Il faut créer des filières qui résistent mieux et en limiter voire en remplacer d’autres. Nous devons organiser les systèmes de réglementation, de taxation et d’encouragement pour obliger le législateur à concilier court et long terme. »
Marc-André Selosse estime qu’il faut s’engager dans la transition, même si ça coûte cher à l’État : « Manger mieux sans pesticide occasionne moins de maladies chroniques ou de cancers pour nous et pour les agriculteurs. Cela soulagera notre système de santé qui se détériore parce qu’il n’arrive plus à faire face à toutes nos maladies. Nous devons réinstaller des haies, remettre en état des puits de carbone et aider les agriculteurs à s’équiper. Aujourd’hui nous versons autant d’argent pour assainir l’eau du robinet que pour nos agriculteurs (11 milliards). »
🎙️Écoutez ce podcast sur les plateformes habituelles (nouvelle fenêtre) (Apple podcast, Spotify, Amazon Music…)
L’écologie est une science qui n’a rien de politique
Le chercheur rappelle que chaque degré d’augmentation de la température entraîne une réduction de 20 points de PIB. Il déplore que la science reste cantonnée à des éléments négatifs : « On ne parle jamais des solutions que nous avons. La science se retrouve cantonnée à l’explication des catastrophes. Résultat : on la déteste. »
Il dénonce les récupérations politiques : « Le séchresse ou l’incendie ne sont ni de droite ni de gauche. Ils se construisent à partir de la nature. La polarisation et le fait de mettre des sujets au service d’une idéologie sont dangereux. S’en emparer ou s’en distancier reste tout aussi dangereux. Il faut mettre ces sujets au cœur de la cité. »
Le chercheur assure qu’il faut aider les agriculteurs. Le plan d’urgence d’un milliard d’euros va dans le bon sens. Mais cela reste largement insuffisant : « Qu’est-ce qu’il se passe lorsque le processus vital est engagé ? Vous allez chez le médecin. Aujourd’hui, il faut aller voir ce que propose la science pour remplacer des filières et chercher des outils proposés par l’agroécologie et l’écologie avec des processus plus durables et pas moins soutenables. »
Il s’étrangle lorsqu’on lui parle de la loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles : « Il n’y a que de mauvaises choses. On ne parle pas du revenu des agriculteurs, on augmente les intrants et on réautorise des pesticides… La loi double les volumes de stockage de l’eau d’ici 2035 mais ce n’est pas le problème. Il faut surtout régénérer nos sols. Cette loi d’urgence est faite dans l’urgence et ne prend pas en compte les preuves apportées par les chercheurs. »
Marc-André Selosse implore les responsables politiques de remettre la science au cœur de l’enseignement : « Elle éclaire nos choix sans prendre parti. Il faut enseigner la science du vivant et de l’environnement pour comprendre sa santé et prendre des décisions de citoyens responsables. »



