Il est des nouvelles devant lesquelles les mots se dérobent. La mort d’une enfant de 11 ans est de celles-là. Il faut d’abord s’incliner et imaginer ce que traversent les proches de Lyhanna, une douleur qu’aucune considération sur notre justice n’adoucira. A eux va la première pensée. Mais c’est peut-être par respect pour cette douleur que nous nous devons d’être lucides. L’émotion, si légitime soit-elle, est mauvaise conseillère lorsqu’elle se met à dicter le droit.
Ce que l’on croit savoir tient en quelques lignes. Le suspect, un homme de 41 ans, avait déjà fait l’objet de plusieurs procédures pour violences sexuelles sur mineur ; une enquête pour viols sur une enfant de 10 ans était même en cours. Selon la procureure d’Auch elle-même, une garde à vue avait été prescrite à l’issue des premiers actes… sans être exécutée, et dix mois se seraient écoulés sans que l’homme soit entendu. Ces faits, c’est l’institution judiciaire qui les a exposés, non la rumeur. Le reste relève de l’hypothèse, et deux enquêtes administratives ont été confiées à l’inspection générale de la justice et à l’inspection générale de la gendarmerie nationale. Tant qu’elles n’ont pas abouti, exiger des têtes ou décréter la faillite de la justice n’est pas un acte de courage : c’est un raccourci.
Il faut redire des évidences que l’émotion fait oublier. Une plainte ouvre une enquête, elle ne la clôt pas. Entre son dépôt et l’établissement d’une culpabilité s’intercalent auditions, confrontations, expertises et recoupements. Le travail lent et ingrat de la police et de la justice. Si sincères soient-elles, les déclarations d’une victime n’acquièrent leur pleine valeur qu’une fois confrontées à d’autres éléments. Ce n’est pas mettre la parole en doute, c’est la prendre au sérieux jusqu’à la preuve.
Toute notre procédure repose sur quelques règles simples. Ce n’est pas à l’accusé de prouver son innocence, c’est à l’accusation d’établir sa culpabilité. La gravité d’une accusation ne vaut jamais preuve : un fait odieux n’est pas pour autant un fait démontré. Le doute profite au poursuivi, car une démocratie préfère un coupable non condamné à un innocent emprisonné. Et le juge ne tranche pas sur une impression. Il se forge une conviction au terme d’un débat contradictoire. La parole des victimes, longtemps minimisée, a heureusement retrouvé sa place, mais on ne corrige pas un déséquilibre en basculant dans l’excès inverse.
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