- Un projet d’autoroute dans la région du Chablais en Haute-Savoie sème la discorde entre les habitants.
- Si la future A412 pourrait supprimer d’interminables bouchons, elle menace aussi de fermeture plusieurs exploitations agricoles.
- Une équipe de TF1 s’est rendue sur place, à quelques mois du début des travaux les tensions sont vives.
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Le 20H
C’est un axe saturé. Matin et soir, toujours la même rengaine. Des voitures et des camions au ralenti. « Il y a peut-être plus de 10 minutes que je suis dans le bouchon, donc c’est assez pénible »,
peste un automobiliste. Une seule question, pour ou contre la construction d’une autoroute à proximité. « Il faut à tout prix que ça se déclenche, qu’on puisse respirer, faire des aménagements sécuritaires », préconise Noël Mathian, maire (SE) de Perrignier en Haute-Savoie. Mais le projet qui divise.
A 8h du matin sur cette route départementale en Haute-Savoie. Les embouteillages direction Genève agacent fortement, Noël Mathian, le maire de ce village. « On a, à partir du feu tricolore jusqu’à l’entrée du village environ 500 mètres de queue tous les matins,
déplore-t-il au micro de TF1. On n’a que ça en tête, c’est-à-dire que c’est un passage. Perrignier est un passage, Perrignier est un feu tricolore, un bouchon. »
L’Etat souhaite construire une autoroute payante de 16,5 km entre Machilly et Thonon-Les-Bains. Elle pourrait absorber une partie des 45.000 véhicules qui circulent chaque jour dans cette vallée frontalière. Un plan déjà envisagé il y a 40 ans. « Je pense que c’est bien pour désenclaver un petit peu l’encombrement des routes »,
un automobiliste. Même enthousiasme pour ce conducteur : « Moi j’y crois, il faut que ça se fasse. »
Pour certains, c’est un rejet catégorique. « On n’en veut pas. Parce qu’on mange la terre aux agriculteurs »,
ne décolère pas un automobiliste.
Il faut l’autonomie alimentaire. Il faut faire du local. Et puis d’un seul coup, on vient vous passer dessus avec des bulldozers.
Il faut l’autonomie alimentaire. Il faut faire du local. Et puis d’un seul coup, on vient vous passer dessus avec des bulldozers.
Edouard Roch, agriculteur à Perrignier (Haute-Savoie)
A quelques kilomètres de là, cette exploitation fait partie des six fermes menacées par ce projet d’A412. « Ici, on sera au pied de la bretelle de l’autoroute, qui est située à même pas 10 mètres de l’entrée des bâtiments »,
explique Gaëtan Roch, agriculteur. Sur le futur tracé fourni par le concessionnaire et visible dans le reportage vidéo en tête de cet article, on peut voir l’emplacement des bâtiments agricoles se trouvent. La famille Roch perdrait 15% de la surface de ses terres, là où les vaches pâturent habituellement. « On se sent un petit peu trahis par tout ce monde qui soutient l’agriculture. Il faut l’autonomie alimentaire, il faut faire du local. Et puis d’un seul coup, on vient vous passer dessus avec des bulldozers. On ne tient plus compte de vous »,
se désole Edouard Roch, agriculteur.
Le département propose une compensation financière à hauteur de 5 millions d’euros pour l’ensemble de la filière agricole. Le coût de l’autoroute, lui, avoisine les 350 millions d’euros. La future autoroute A412 sera une deux fois deux voies qui, selon les arguments du directeur de la société d’autoroute, ferait gagner une vingtaine de minutes de trajet entre la France et la Suisse. « Il y a donc trois points d’échange, trois aires de covoiturage pour une capacité globale estimée à peu près à 400 places, détaille Philippe Sénéchal, directeur opérationnel chez Amedea. « Sur chacune des aires de covoiturage,
poursuit-il, il y a deux arrêts de bus qui sont prévus. Il y aura également une possibilité de mettre les vélos avec des boxes sécurisés. »
Selon un sondage, 80% des habitants du Chablais sont favorables à la future A412. Mais sur place, ses opposants n’en veulent pas. Une ZAD, une zone à défendre, a été installée sur ce terrain privé. La A412 entraînerait la destruction de plusieurs dizaines d’hectares d’habitats d’espèces protégées. « En réalité, cette autoroute ne va faire qu’attirer du trafic supplémentaire. Les gens vont vouloir s’installer encore plus nombreux dans le Chablais alors qu’on est déjà une zone très attractive »,
dénonce Joanna Linares, membre du collectif « STOP A4123 et L’ACPAT74.
« Face à ces impacts environnementaux qui sont colossaux, nous aujourd’hui, évidemment qu’on saisira la justice dès que possible », assure Anne Lassman-Trappier, présidente France Nature Environnement (FNE). Le début des travaux pourrait intervenir d’ici la fin de l’année, sous réserve d’une ultime autorisation délivrée par la préfecture de Haute-Savoie et des éventuels recours juridiques qui pourraient être déposés.




