- Cinq dentistes d’un cabinet dentaire ont été mis à pied car ils ne posaient pas suffisamment de prothèses fabriquées en Chine.
- Les syndicats dénoncent la volonté de certains groupes privés de faire des économies au détriment de la santé des patients.
- Regardez ce reportage du 20H de TF1.
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Le 20H
L’affaire symbolise bien ce qui se trame dans le monde de la prothèse dentaire. Début mai, cinq chirurgiens-dentistes d’un centre dentaire mutualiste de Nantes (Loire-Atlantique) ont été mis à pied trois jours par leur employeur parce qu’ils n’avaient pas respecté la consigne d’importer un minimum de 30% des prothèses utilisées par l’établissement. Ils avaient préféré laisser le choix aux patients entre prothèses chinoises ou françaises, au même tarif. Problème : le prix n’est pas le même, en revanche, pour les centres dentaires qui les commandent, en quête d’économies au point de fixer pareils quotas. En creux, c’est la mort lente de la prothèse française qui se dessine, comme l’explique le reportage du 20H de TF1 visible en tête de cet article.
Celui-ci nous conduit d’abord dans l’atelier français « La fabrique du prothésiste », où les prothèses sont fabriquées à la main ou à l’aide de machines, sur le modèle de l’artisanat, avant d’être expédiées à des dentistes qui, eux, sont chargés de poser la prothèse dans votre bouche. Le couple de gérants est reconnu depuis treize ans pour son savoir-faire, mais il se montre inquiet depuis plusieurs semaines. « J’ai 20% de commandes en moins. On a réajusté toutes les charges directes, donc on a revu tous nos contrats et ensuite, on a dû procéder à des licenciements »
, indique la co-gérante, Nathalie Pétrier.
Cet atelier n’est pas le seul à subir une baisse de commandes : ces deux dernières années, 800 laboratoires ont baissé le rideau. Il n’en reste plus que 3.000 en France. Parce que nombre de chirurgiens-dentistes et de centres dentaires achèteraient désormais majoritairement des prothèses venues de Chine ou de Turquie, produites à bas coût et vendues à peine trois euros l’unité sur Internet, alors que les prothèses françaises, elles, coûtent au moins 400 euros l’unité. « Quelle que soit la prothèse, on remarque que c’est pratiquement le même prix partout »
, montre à la caméra de TF1, en faisant défiler les offres en ligne sur l’écran de son ordinateur, Alain Durand, président de l’Ordre national des chirurgiens-dentistes.
Un Ordre des dentistes pour qui, sans le moindre doute, ces économies se font au détriment de la santé des patients. « Si on regarde une prothèse d’un type donné, c’est marqué qu’elle coûte entre un et deux euros. C’est absolument impossible de le réaliser en France. Rien que les matériaux demandent 100 à 200 fois la somme. On n’est pas sûrs de la qualité, donc il y a une mise en danger du patient »
, affirme Alain Durand, qui soupçonne, comme beaucoup de ses confrères, la présence dans les prothèses étrangères de bisphénol A, une substance interdite en France parce que potentiellement cancérogène.
Les futurs diplômés en ont conscience : moins de commandes de la part des dentistes se traduira, mathématiquement, par moins d’emplois dans les ateliers. « Je me pose certaines questions par rapport à la pérennité de ce métier »
, s’inquiète Coralie Sacleux, prothésiste dentaire en formation à la Chambre des métiers et de l’artisanat (CMA) de Bobigny (Seine-Saint-Denis).
Les syndicats tirent la sonnette d’alarme : selon eux, sans préservation du métier, c’est-à-dire sans relocalisation du marché de la prothèse en France, d’ici 2030, la moitié des prothèses posées dans la bouche des Français pourrait venir de l’étranger. Ce qui nous rendrait bien plus dépendants des autres pays. « Si vous êtes dépendant de l’extérieur, vous pouvez vous retrouver dans une situation de pénurie, donc vous n’avez plus accès aux biens »
, prévient Carine Milcent, économiste des systèmes de santé et directrice de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Un enjeu de santé publique : les professionnels estiment que trois quarts des Français auront besoin, au cours de leur vie, de poser une prothèse dentaire.











