Mercredi 15 juillet, l’Argentine a enflammé le Mercedes-Benz Stadium d’Atlanta. Menée par l’Angleterre depuis la 55e minute, l’Albiceleste est finalement parvenue à s’imposer 2-1, délivrée par une tête de Lautaro Martinez servi par Lionel Messi. Mais alors que les champions du monde en titre célébraient leur qualification en finale contre l’Espagne, plusieurs joueurs ont transformé la pelouse en tribune politique.
Tandis que la sélection entière fait face à son public, sourires aux lèvres, Giovani Lo Celso et Lisandro Martínez brandissent une banderole. Peint en épaisses lettres noires, un slogan : « Las Malvinas son Argentinas », « les Malouines sont argentines ».
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Sous contrôle britannique depuis 1833, l’archipel de l’Atlantique sud est revendiqué depuis des décennies par l’Argentine. En 1982, la dictature militaire au pouvoir dans le pays s’empare de force des Malouines, appelées îles Falkland par Londres. Le Royaume-Uni de Margaret Thatcher répond par la force et reprend définitivement le territoire après deux mois de guerre, qui font plus de 600 morts côté argentin et 250 dans les rangs britanniques.
Au-delà du choix éminemment politique d’un match contre l’Angleterre pour mener ce type d’action, la sélection argentine s’expose, ce faisant, à des sanctions de la part de la Fifa.
Et pour cause, la sélection argentine n’en est pas à son coup d’essai. En 2014 déjà, elle avait écopé d’une amende de 30 000 francs suisses, soit 32 000 euros, pour avoir brandi une bannière similaire avant le coup d’envoi d’un match amical contre la Slovénie en marge du Mondial.
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La Fifa n’a encore émis aucune déclaration officielle depuis le match de mercredi. Mais les règles du Conseil de l’association internationale de football (IFAB) sont limpides. « Les joueurs ne sont pas autorisés à exhiber de slogans, messages ou images à caractère politique, religieux, personnel ou publicitaire sur leurs sous-vêtements autres que le logo du fabricant. »
L’appréciation du caractère politique d’un message ou d’un slogan peut être « ambiguë », reconnaît l’IFAB sur son site, mais proscrit nommément qu’ils fassent référence à « tout gouvernement local, régional ou national et ses départements, bureaux ou fonctions ». Au vu de ces règles, et du précédent de 2014, la revendication de cette année devrait, selon toute vraisemblance, être concernée. Particulièrement sensible, la mémoire de ce conflit territorial est inhérente au football argentin depuis quarante ans.
« Pour les Malouines, pour Diego »
En 1986, la légende Diego Maradona crucifie l’Angleterre en quart de finale avec sa « main de Dieu ». Plus tard, le numéro 10 décrira cette victoire comme « une revanche symbolique » à la défaite de 1982 contre la couronne britannique.
Une personne photographie une fresque murale représentant la star du football Diego Maradona et des vétérans de la guerre de 1982 entre l’Argentine et le Royaume-Uni à Buenos Aires, en Argentine, le mercredi 15 juillet 2026.
Les références aux Malouines se retrouvent depuis régulièrement dans les chants des supporters argentins. Au Mondial 2022, Muchachos, un hymne scandé par les fans, faisait référence aux « garçons des Malouines » qui ne seraient jamais oubliés. Fréquemment entonné dans les tribunes, « el que no salta es un inglés » (qui ne saute pas est un Anglais) fait également écho à l’opposition historique entre les deux pays.
Cette année, La Cuarta Estrella, (la Quatrième Étoile) le nouveau cri de ralliement des Argentins, reprend la même idée. « Pour les Malouines, pour Diego, pour la dernière de Leo, Argentine, je veux te voir double championne. » À Buenos Aires, la démonstration de soutien des joueurs de l’Albiceleste ne fait pourtant pas l’unanimité.
« Ne mélangeons pas les choses »
Peu après la rencontre de mercredi, la vice-présidente de l’Argentine, Victoria Villarruel, a publié sur son compte X un cliché des joueurs brandissant la banderole accompagné d’un message : « Les Malouines sont argentines ». De son côté, s’il a célébré la victoire de Messi et de sa bande, le président d’extrême droite Javier Milei s’est voulu plus modéré.
Interrogé le soir même sur Radio Mitre, le chef d’État a fait part de sa « joie immense et d’une émotion infinie, impossible à décrire ». Il n’a pas explicitement mentionné la banderole brandie par les joueurs, mais a souligné qu’il ne fallait pas « tomber dans des slogans populistes, nationalistes et dépassés. Il ne faut pas tout mélanger ».
« Les Malouines seront récupérées par une diplomatie avisée, et non par des démonstrations de patriotisme bon marché », a ajouté le président. « Nous réalisons d’énormes avancées sur le plan diplomatique. Nous avons obtenu que l’ONU oblige le Royaume-Uni à s’asseoir à la table des négociations avec nous. Mais ne mélangeons pas les choses : c’est un match de football. »
Les propos de Javier Milei semblent toutefois exagérés, dans la mesure où l’Organisation des Nations Unies n’a pas contraint le Royaume-Uni à négocier avec l’Argentine sur la question, mais a réitéré, en 2025, sa position selon laquelle le conflit sur la souveraineté de l’archipel devait être résolu pacifiquement le plus tôt possible. En 2013, les 3000 habitants des Malouines ont voté à 99,8% pour rester sous contrôle britannique.




