- Ancienne championne cycliste, Cindy Morvan a été tuée par arme à feu en octobre dernier devant son domicile à Calais.
- Son ex-compagnon a depuis été mis en examen pour « complicité d’assassinat ».
- Une équipe de « Sept à Huit » se penche sur cette étrange affaire.
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Sept à huit
« Une femme de 39 ans a été tuée dans son immeuble
« . L’affaire avait fait les gros titres des journaux le 31 octobre dernier. Cindy Morvan, personnalité connue dans le monde du cyclisme sur piste amateur, venait d’être tuée par balle sur le seuil de son appartement à Calais (Pas-de-Calais). Quelques heures plus tard, le corps d’une femme avait été découvert dans un véhicule stationné sur un parking de la même ville. « On vient d’apprendre il y a quelques minutes que la suspecte a été retrouvée morte au volant de sa voiture dans le parking à cinq minutes à peine du lieu du drame »,
expliquait alors un journaliste dont le reportage de « Sept à Huit » visible en tête de cet article nous fait réentendre la voix. « Elle a mis fin à ses jours avec une arme du même type et a laissé un courrier dans lequel elle a reconnu avoir tiré sur la victime »,
complétait une autre.
Un meurtre, un suicide, une lettre d’aveux : l’histoire aurait pu s’arrêter là, sur ce parking du Pas-de-Calais. Mais pour les enquêteurs, un homme pourrait avoir tiré les ficelles dans l’ombre : Bruno Tanjon, l’ex de Cindy Morvan et ancien compagnon de la femme qui a tiré les coups de feu mortels, a été mis en examen pour « complicité d’assassinat » en janvier dernier.
L’annonce de la mort de Cindy Morvan avait provoqué une vague de réactions attristées dans le milieu du cyclisme sur piste amateur. Ancienne championne de France, Cindy Morvan était une personnalité connue dans les Hauts-de-France. Mère de deux enfants, elle s’occupait à titre bénévole des jeunes du club de Calais, en parallèle de son poste de chargée de mission mobilité active à l’intercommunalité de la région d’Audruicq. En 2022, la jeune femme entame une liaison amoureuse avec Bruno Tanjon, une figure locale du cyclisme sur piste. Originaire de La Réunion, l’homme de 43 ans traîne une réputation sulfureuse. « Il lui a dit qu’il était un peu agent secret, qu’il avait été dans la garde rapprochée au GIGN, qu’il était dans l’armée auparavant, qu’il avait vécu des choses dures : des périodes de guerre, des traumatismes assez importants, mais tout en restant assez vague »
, se souvient Mathilde, une amie de la victime qui témoigne auprès de « Sept à Huit ».

Mais rapidement, Bruno Tanjon aurait changé de visage, se montrant jaloux et possessif. « Il n’aimait pas qu’elle ait de relations avec d’autres personnes et en particulier des hommes. C’était des crises à chaque fois qu’elle partait. Elle m’avait raconté qu’il avait mis de l’eau dans son réservoir de voiture pour que sa voiture ne fonctionne pas et qu’elle ne puisse pas partir pour un déplacement. Il lui avait confisqué ses papiers aussi. Elle m’a aussi avoué qu’il avait commencé à être violent avec elle. Elle a reçu une grande baffe en fait »
, relate Mathilde. En avril 2025, six mois avant la mort de Cindy Morvan, l’inquiétude dans son entourage monte d’un cran.
Elle a fini par découvrir un traceur dans dans la doublure de son sac à main.
Elle a fini par découvrir un traceur dans dans la doublure de son sac à main.
Mathilde, une amie de Cindy Morvan
Cindy Morvan aurait découvert que Bruno Tanjon, dont elle était alors séparée, l’aurait placée sous surveillance. « Elle a fini par découvrir un traceur dans la doublure de son sac à main. En sachant qu’il y en avait un aussi sous sa voiture »
, reprend Mathilde face à la caméra de « Sept à Huit ». Après cette découverte, Cindy Morvan dépose plainte. Mais le couple reprend malgré tout sa relation toxique. Cinq mois plus tard, Bruno Tanjon est entendu par les gendarmes. Il reconnaît avoir placé les deux balises GPS, déclarant que Cindy Morvan le menaçait de se suicider, et décrit une femme instable, violente et maladivement jalouse.
Sabine D., l’amante jalouse et manipulée ?
Le 31 octobre 2025, Cindy Morvan est retrouvée morte devant sa porte. Dans les heures qui suivent, le corps d’une femme qui s’est tirée une balle en plein cœur est découvert dans une voiture sur un parking de Calais. Elle s’appelle Sabine D., a 39 ans et a laissé une lettre adressée à Bruno Tanjon sur le tableau de bord. « Mon geste est impardonnable mais elle a détruit ma vie depuis trois ans et elle continuera toujours si je ne mettais pas fin à ses agissements diaboliques »
, lui écrit-elle. Cinq jours plus tard, quand Bruno Tanjon est convoqué au commissariat de Calais, la police judiciaire a beaucoup de questions à lui poser au sujet de cette femme.
Ce dernier évoque alors « une amitié amoureuse »
qui a duré « jusqu’à septembre 2022 »,
et la rencontre avec Cindy Morvan. « Pour elle, c’est à cause de Cindy que ma relation avec elle n’a pas évolué. En fait, elle faisait une fixation sur Cindy. Elle l’avait suivie. Je lui ai dit d’arrêter ces conneries. Ça commençait à me dépasser ce qu’elle faisait »
, soutient Bruno Tanjon devant les policiers.
Il ne peut pas être l’auteur du crime, puisqu’il a passé la journée en famille. Bruno Tanjon menait en réalité une double vie avec une autre compagne à 150 kilomètres de là, dans l’Aisne. Prétextant des déplacements pour le travail, il se rendait chez Cindy Morvan, où il avait fini par s’installer.
Face aux enquêteurs, il va jusqu’à émettre l’hypothèse que le passage à l’acte de son ex aurait pu être provoqué par des textos qu’il lui aurait envoyés la veille du meurtre, et dans lesquels il l’éconduisait. Sabine D. a-t-elle tué Cindy Morvan uniquement par dépit amoureux ? Bruno Tanjon porte-t-il une part de responsabilité ? En perquisitionnant son domicile, les policiers découvrent que Sabine D. aurait créé de faux comptes Facebook pour diffamer Cindy Morvan sur les réseaux sociaux. « C’est une manipulatrice qui collectionne les hommes. Elle a fricoté avec le directeur des activités sportives de la FFC »
, écrit-elle dans un des messages postés sur la plateforme.
En fouillant dans l’ordinateur de Sabine D., les enquêteurs comprennent que Bruno Tanjon se serait rendu complice de cette campagne de dénigrement. En octobre 2025, un mois avant le meurtre, Sabine D. achète à son tour deux balises GPS qu’elle pose sur le véhicule de Cindy Morvan. Bruno Tanjon, grâce à cette application téléchargée sur son téléphone portable, se connecte régulièrement au traceur, notamment trois fois dans le créneau horaire du meurtre. Deux jours avant les faits, il se rend dans une armurerie en compagnie de Sabine D. pour y faire ajuster l’une de ses armes, selon ses déclarations. Mais les enquêteurs trouvent la trace d’un achat de cartouches calibre 16, le même calibre que l’arme du crime.
En réalité, il était encore très amoureux de Mme Morvan. Il n’y a donc pas à mon sens de mobile
En réalité, il était encore très amoureux de Mme Morvan. Il n’y a donc pas à mon sens de mobile
L’avocat de Bruno Tanjon
Pourquoi Bruno Tanjon aurait-il voulu tuer Cindy Morvan ? En analysant le contenu de son téléphone, les enquêteurs découvrent que l’homme avait dépensé près de 10.000 euros dans des consultations auprès de chamans et de sorciers, auxquels il aurait confié son grand désarroi depuis sa rupture avec Cindy Morvan. L’équipe de « Sept à Huit » a pu échanger avec l’un d’entre eux par téléphone. « Il voulait envoûter cette femme pour qu’elle revienne dans sa vie. Il ne s’imaginait pas sans elle. En octobre, il aurait appris qu’elle avait une autre relation. Il était dépité
« , confie cet interlocuteur. Les policiers le soupçonnent d’avoir assisté Sabine D. dans la préparation du meurtre et de l’avoir poussée à le commettre en la manipulant.
Le 14 janvier dernier, Bruno Tanjon est interpellé, puis mis en examen pour complicité d’assassinat. Des charges très lourdes, qui sont passibles de la réclusion criminelle à perpétuité. Une accusation incompréhensible pour son avocat. « M. Tanjon […] n’avait pas quitté Mme Morvan, leur relation était juste sur pause. En réalité, il était encore très amoureux de Mme Morvan. Il n’y a donc pas à mon sens de mobile. Pourquoi aurait-il voulu la faire disparaître ? »
, soutient-il dans le reportage de « Sept à Huit ». « Je crois que, malheureusement, cet équilibre n’a pas été accepté par [Sabine D.] »
, ajoute l’avocat de Bruno Tanjon.
De fait, l’enquête de police a établi que c’est bien Sabine D. qui aurait acheté sur le Dark Net l’arme utilisée pour tuer Cindy Morvan et qu’elle a ensuite retournée contre elle. Bruno Tanjon, qui est incarcéré à la maison d’arrêt de Longuenesse (Pas-de-Calais) depuis sa mise en examen, continue de clamer son innocence depuis sa cellule. Il a déjà déposé deux demandes de mise en liberté. L’homme devrait être entendu par la juge d’instruction en juin prochain. Il reste présumé innocent des faits qui lui sont reprochés.




