jeudi, mai 28

Les Européens doivent être « prêts à ouvrir leur propre canal diplomatique » avec Moscou, mais la priorité doit rester le soutien à l’Ukraine et le renforcement de la pression sur la Russie, a déclaré à Euronews le ministre français délégué chargé de l’Europe, Benjamin Haddad, alors que l’Union européenne envisage de nommer un envoyé chargé de dialoguer avec le Kremlin.

Lors d’un entretien accordé mardi à Euronews, Benjamin Haddad a estimé que la Russie « ne s’engage pas sérieusement dans la voie diplomatique » et « n’est pas intéressée par un cessez-le-feu ou par la paix », ajoutant que Moscou « perd aussi du terrain » aussi bien sur le champ de bataille que sur la scène diplomatique.

« Elle a longtemps espéré diviser les Européens, que nous finirions par fléchir. C’est exactement l’inverse qui s’est produit », a-t-il déclaré.

« Ce que nous constatons, c’est que les Européens se sont mobilisés et assurent désormais l’essentiel du soutien à l’Ukraine. Et nous voyons la Russie perdre du terrain partout sur le plan diplomatique », a-t-il poursuivi, citant l’Arménie parmi les pays traditionnellement dans l’orbite de Moscou qui se sont rapprochés de l’Europe dans le sillage de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022.

Jeudi, les ministres des Affaires étrangères de l’UE doivent se pencher sur la question de savoir si le bloc doit mettre fin à l’isolement diplomatique imposé à la Russie début 2022 et s’engager dans des pourparlers de paix directs.

Le président français Emmanuel Macron et la Première ministre italienne Giorgia Meloni, avaient dans un premier temps soutenu une participation directe des Européens aux discussions, estimant qu’un dialogue avec le président russe Vladimir Poutine serait « utile ».

Les Européens avaient été exclus des pourparlers menés par les États-Unis, aujourd’hui au point mort, alimentant les inquiétudes de voir la sécurité future du continent européen négociée par Washington à leur place.

Emmanuel Macron a également dépêché en février son conseiller diplomatique, Emmanuel Bonne, au Kremlin pour des négociations, mais ce dernier s’est heurté au refus du ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov.

Les propos de Benjamin Haddad laissent toutefois entrevoir une approche plus prudente de la part de Paris, plus proche de celle des pays de l’Est, davantage sceptiques à l’idée de s’asseoir à la table des négociations avec Vladimir Poutine.

Mardi, le ministre estonien des Affaires étrangères, Margus Tsahkna, a mis en garde sans détourcontre le risque que des pourparlers directs transforment l’UE en un « médiateur neutre » dont on attendrait qu’il allège les sanctions visant Moscou. Dans le même temps, le président letton Edgars Rinkēvičs a estimé que la Russie chercherait à transformer toute ouverture en un « coup de communication » et que l’UE « se retrouverait plus ou moins bredouille ».

Benjamin Haddad a également réaffirmé son soutien à la candidature de l’Ukraine à l’adhésion à l’UE, que le président Volodymyr Zelensky a présentée comme un élément clé des futures garanties de sécurité du pays.

Une proposition du chancelier allemand Friedrich Merz visant à accorder à Kyiv un statut « d’associé », par exemple une place à la table des discussions du Conseil sans pleins droits de vote – suscite le scepticisme, alors que les responsables à Bruxelles cherchent toujours la quadrature du cercle : offrir une intégration rapide sans renoncer aux stricts critères d’adhésion défendus de longue date par la France.

« Je comprends la nécessité d’envoyer un message, de faire passer un signal à la population ukrainienne pour lui dire que nous voulons qu’un jour l’Ukraine devienne membre, un membre à part entière de l’Union européenne », a déclaré Benjamin Haddad.

« Nous sommes donc prêts à travailler aussi sur la manière de (…) perfectionner cette intégration progressive. Et je pense qu’ouvrir le débat, ouvrir la discussion à ce sujet est une chose positive. »

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