- Du vin espagnol très ordinaire se retrouve parfois transformé par magie en excellent cru français : depuis plusieurs années, une fraude nommée « francisation » se développe.
- Plusieurs affaires ont touché cette filière, donnant même lieu à des condamnations.
- Les douanes et les agents de la répression des fraudes multiplient actuellement les contrôles, notamment sur l’autoroute A9, dans l’Aude.
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Le 20H
Postés au bord de l’autoroute A9, l’axe reliant la France à l’Espagne, les douaniers scrutent chaque poids lourd. Soudain, un camion-citerne passe devant leur pare-brise, ils enclenchent alors le gyrophare. Le véhicule est arrêté à l’aire de Sigean (Aude), et sa cargaison de vin, en provenance de Valence, est passée au crible par les agents (nouvelle fenêtre). Des contrôles bien accueillis par ce chauffeur espagnol, qui explique s’y plier chaque semaine. « Cela me paraît bien, pour qu’il n’y ait pas de fraudes et que tout soit légal »
, souligne Diego Perez, de l’entreprise « Félix Transports », dans le reportage du 20H de TF1 en tête d’article.
Sur cette autoroute, ces procédures de vérification se multiplient ces derniers mois. Accompagnés par la filière viticulture des douanes, les agents passent en revue chaque citerne pour contrôler l’origine des alcools transportés (nouvelle fenêtre). « Les prix des vins d’Espagne sont assez faibles, ils sont à peu près à la moitié des vins français. Donc il y a un réel intérêt à la fraude »
, relève Henri Laborda, chef divisionnaire des douanes de l’Aude.
Les « mentions d’étiquetage » passées au peigne fin
Si ce phénomène, nommé la « francisation »
, n’est pas massif, il s’est bien développé ces dernières années, marquées par plusieurs grands scandales d’escroquerie qui ont éclaboussé le milieu du vin. En janvier 2023, un réseau par exemple a été condamné en Nouvelle-Aquitaine à des peines de prison ferme et à un million d’euros d’amende pour avoir vendu 34.000 hectolitres de vin espagnol, présenté à tort comme du Bordeaux, soit l’équivalent de quelque 4,5 millions de bouteilles. Les fraudeurs peuvent en effet encourir jusqu’à deux ans de prison et 300.000 euros d’amende, à titre individuel.
À chaque fois, l’entourloupe est la même : vendre du vin espagnol sous l’étiquette trompeuse (nouvelle fenêtre) d’un vin français, ou en mentant sur les cépages et l’indication géographique protégée (AOP) (nouvelle fenêtre). Ces affaires ont été révélées notamment grâce aux investigations de Philippe Froelig, inspecteur au sein de la brigade d’enquête dédiée aux vins et spiritueux, au sein de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). « Cela fait plus de dix ans que la francisation est vraiment le plus gros enjeu de nos actions de contrôle »
, insiste-t-il.
Repérer les escroqueries est loin d’être aisé. « Il est très dur de distinguer un vin rouge espagnol d’un vin rouge de France, à côté »
, explique l’inspecteur. « C’est pour cela que les mentions d’étiquetage vont être capitales. Nous, on va vérifier que ces mentions sont loyales. »
Ces inscriptions doivent en effet être « claires, aisément compréhensibles et surtout, elles ne doivent pas induire en erreur le consommateur »
, détaille le site du ministère de l’Economie (nouvelle fenêtre).
« Le manque à gagner est énorme » : les viticulteurs de l’Aude en colère
Philippe Froelig a par exemple repéré l’étiquette d’un vin Merlot Cabernet, qui présente l’alcool comme « produit de France »
… tout en inscrivant « vin d’Espagne »
le long du code-barres, à la verticale. « Clairement, l’opérateur ne voulait pas que ce soit lisible par le consommateur »
, constate l’inspecteur.
Au-delà de tromper les consommateurs, ces détournements représentent aussi une concurrence déloyale, alerte le syndicat des vignerons de l’Aude. « Le manque à gagner est énorme, on perd des parts de marché, on affaiblit aussi nos caves coopératives »
, appuie son président, Damion Onorré.
« Cela impacte vraiment de plein fouet notre économie locale, voire nationale, puisque derrière un achat d’une bouteille vraiment française, on sauve des paysages comme ça et des exploitations »
, insiste le viticulteur, au milieu de ses cultures à Roubia. Une menace d’autant plus inquiétante que le secteur viticole français traverse une crise. Dans l’Aude, 10.000 hectares de vignes ont été arrachés en deux ans, soit presque l’équivalent de la surface de Paris.











