« Nous sommes tous pour la paix, mais si vous regardez nos rivaux et adversaires dans le monde, ils utilisent l’intelligence artificielle (…) Tant que nous aurons des adversaires menaçants, et ils sont menaçants, nous devrons avoir nos propres capacités », a déclaré Arthur Mensch, cofondateur et directeur général de Mistral, une entreprise technologique française, qui fournit des modèles d’IA au ministère de la Défense. Arthur Mensch a sans doute été un peu franc aux yeux de certains, mais il demeure moins tortueux que le vice-président américain J.D. Vance qui, après avoir déclaré n’avoir lu que des extraits de l’encyclique, estime que « ce que j’en ai lu m’a paru très profond et exactement le genre de chose qu’on est en droit d’attendre et d’espérer d’un chef de l’Église ». De l’art de manier les poncifs pour commenter les réflexions du souverain pontife sur un sujet brûlant. Il ajoute de façon lénifiante : « Je pense que nous avons vraiment besoin d’un guide moral pour réfléchir à ces questions, et c’est exactement ce pour quoi l’Église est la mieux placée ».
Cette bienveillance de façade tranche avec les récentes passes d’armes de ce même vice-président américain qui avait conseillé à Léon XIV, après ses déclarations sur la guerre contre l’Iran, d’être « très prudent » et « qu’il vaudrait mieux que le Vatican s’en tienne aux questions de morale ».
« Il est important de réaffirmer le dépassement de la théorie de la “guerre juste”»
Ce ne sera pas le cas, car dans sa première encyclique, le pape Léon XIV persiste, signe et exhorte les gouvernements à ralentir le développement des IA, mettant en garde contre la désinformation dont elles sont à l’origine, qu’elles favorisent les conflits et risquent d’entraîner le monde sur la voie d’une guerre sans fin. Léon XIV appelle à dépasser le concept de « guerre juste » souvent invoqué par l’administration américaine de Donald Trump. « Aujourd’hui plus que jamais, il est important de réaffirmer le dépassement de la théorie de la “guerre juste” trop souvent invoquée pour justifier n’importe quelle guerre, sous réserve du droit à la légitime défense dans son sens le plus strict » peut-on lire dans l’encyclique comme une réponse aux propos de J.D. Vance qui avait souligné en avril dernier : « Quand le pape dit que Dieu n’est jamais du côté de ceux qui manient l’épée, il existe une tradition de plus de MILLE ans de la Théorie de la guerre juste ». Aujourd’hui J.D. Vance reste fidèle à ses déclarations en répliquant aux propos du pape ainsi : « De nouvelles technologies apparaissent dans la guerre, il faut donc mettre à jour la doctrine de la guerre juste ».
« Appeler à la prudence, à des contrôles rigoureux et parfois même à un ralentissement dans l’adoption de l’IA ne signifie pas être contre le progrès, mais faire preuve d’une attention responsable envers la famille humaine », justifie Léon XIV qui s’attache à un verbe qui lui tient à cœur : désarmer et le conjuge pour le secteur de l’intelligence artificielle. « Désarmer l’IA, c’est la soustraire à la logique de la compétition armée qui n’est plus aujourd’hui seulement militaire, mais aussi économique et cognitive. […] Désarmer, c’est rompre cette équivalence entre la puissance technique et le droit de gouverner. Désarmer ne signifie pas renoncer à la technologie, mais l’empêcher de dominer l’humain. »
Quelques chapitres plus bas, le pape exhorte : « Désarmons les mots et nous contribuerons à désarmer la Terre ». On peut difficilement s’empêcher de penser qu’il contient dans ces propos les invectives permanentes de Donald Trump qui n’a pas hésité à écrire à propos du pape : « Le pape Léon est mauvais en criminalité, et nul en politique étrangère » ou « Je ne suis pas un grand fan de ce pape, je préfère son frère, qui est MAGA ! »
Magnifica Humanitas – Humanité magnifique –, l’encyclique de 130 pages est à lire en intégralité ici
« Appeler à la prudence, à des contrôles rigoureux et parfois même à un ralentissement dans l’adoption de l’IA ne signifie pas être contre le progrès… », justifie Léon XIV.











