mardi, avril 21

Les électeurs de l’Etat américain de Virginie ont commencé à voter mardi pour approuver ou non une nouvelle carte électorale favorable aux démocrates, un référendum vu comme une riposte au redécoupage exigé par Donald Trump dans plusieurs Etats républicains.

Sur les 11 députés que la Virginie compte au Congrès américain, six sont actuellement démocrates. Avec le nouveau découpage territorial proposé, l’espoir à gauche est de voir ce chiffre monter jusqu’à 10 lors des élections cruciales de mi-mandat en novembre.

Les républicains, qui ont perdu il y a quelques mois le siège de gouverneur dans cet Etat de la côte Est, bataillent de leur côté pour faire gagner le « non » au référendum.

Les derniers sondages donnent un avantage de quelques points au « oui », mais une surprise n’est pas à exclure, estime auprès de l’AFP le professeur Larry Sabato, directeur du Center for Politics à l’université de Virginie.

L’enjeu du scrutin — quatre sièges à la Chambre des représentants — fait que des millions de dollars ont été dépensés par les deux camps, et que Donald Trump lui-même s’est immiscé dans la campagne.

Le président américain a participé, par téléphone, à un meeting lundi soir, lors duquel il a exhorté à voter « non », prévenant les habitants de Virginie que « le pays entier observe » le scrutin.

Après l’ouverture des bureaux de vote, Donald Trump a aussi appelé sur sa plateforme Truth Social à « sauver le pays », en rejetant l’initiative de l’opposition.

– Obama en renfort –

Côté démocrate, on a aussi fait appel à de grands pontes du parti.

« J’habite en Virginie et je ne peux pas allumer ma télé sans voir cinq pubs d’Obama appelant au +oui+ », explique Larry Sabato.

Barack Obama reste une figure très populaire, à tel point que le camp adverse l’utilise aussi, en diffusant une vieille vidéo où l’ex-président démocrate critique le « gerrymandering ».

Cette pratique consiste à redessiner les circonscriptions d’un Etat de manière à diluer le vote d’un parti, avec souvent pour résultat des contours géographiques ubuesques.

Donald Trump a ressorti en 2025 cette vieille recette de cuisine électorale, en exigeant auprès du Texas un redécoupage qui permettrait aux républicains de gagner cinq sièges au Congrès.

L’Ohio et la Caroline du Nord ont suivi l’exemple texan et ont redessiné leur carte pour offrir une poignée de sièges supplémentaires au parti présidentiel.

Face à cette offensive, le Parti démocrate a décidé de riposter et de procéder à son propre redécoupage dans certains Etats, principalement en Californie.

Dans cet Etat qui vote très largement à gauche, une nouvelle carte a été facilement approuvée par référendum en novembre dernier, et devrait permettre d’annuler les gains républicains au Texas.

– « Le mal par le mal » –

Mais en Virginie, les responsables démocrates font face à un résultat bien plus incertain qu’en Californie.

« J’ai voté +non+ », a expliqué mardi Corey Crouch, un électeur de Virginie à la sortie d’un bureau de vote.

« Je ne regarde pas ce que les autres Etats font », a-t-il dit à la chaîne CBS News, ajoutant: « Je ne pense pas qu’on ait besoin de réarranger les cartes. »

Le politologue Larry Sabato explique en outre qu' »il existe une part de démocrates qui sont fondamentalement opposés au +gerrymandering+ et qui disent qu’on ne guérit pas le mal par le mal ».

Si suffisamment d’entre eux décident de voter « non » ou de s’abstenir, la nouvelle carte pourrait ne jamais voir le jour, d’autant que le vote par anticipation montre une forte participation des zones rurales de Virginie traditionnellement républicaines, précise le professeur.

Une victoire du « non » serait un camouflet pour la nouvelle gouverneure démocrate, Abigail Spanberger, qui a milité pour ce redécoupage.

L’issue du référendum aura également des conséquences dans le reste du pays, puisque le gouverneur républicain de Floride, Ron DeSantis, envisagerait de redécouper à son tour son Etat si le « oui » venait à l’emporter en Virginie.

rle/llb/vla

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