samedi, mai 30

Ce qui est écrit sur ce site, c’est qu’il existe des aliens qui vivent aux États-Unis. C’est la première chose qui interpelle sur la page d’accueil. On lit la phrase « They walk among us » (« Ils vivent parmi nous », en français). Mais ce n’est pas seulement une reprise de la rhétorique associée aux théories sur les extraterrestres et autres petits hommes verts venus d’autres planètes…

Aux États-Unis, « alien » (extraterrestre, en français) est un mot utilisé par l’administration pour mentionner un « étranger ». Sur la vidéo d’annonce de lancement du site web, postée par la Maison Blanche, là aussi, une soucoupe volante qui aspire un individu pour le placer de l’autre côté de ce qui ressemble à une frontière.

« Avec ce clip, l’administration déshumanise l’étranger »

Pour Romuald Sciora, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques : « Avec ce clip, l’administration déshumanise l’étranger, le migrant, en le qualifiant d’extraterrestre. Trump essaye de redynamiser sa base et de revenir vers le cœur même de ses promesses, c’est-à-dire la lutte contre l’immigration, ce qui aujourd’hui est en train de mettre en avant chaque jour qui passe à la télévision à travers des spots publicitaires qui vantent la politique anti-immigration illégale du président. Donc, ne cherchons rien d’autre avec la mise en place de ce site qu’un coup de propagande d’autocongratulation de Trump dans sa lutte contre l’immigration illégale ».

Sur ce site, on retrouve les données des arrestations en direct. Données qui étaient déjà visibles sur le site de l’ICE, la police américaine de l’immigration. Une carte, mise à jour en direct, de toutes les arrestations d’étrangers en situation irrégulière.

Malgré un phrasé qui imite le langage des « aliens » et des couleurs aux ambiances intergalactiques façon jeu vidéo, ce site internet sert la campagne anti-immigrés de Donald Trump. C’est l’ICE qui fournit ces données détaillées sur les arrestations par ville et par commune. Sur le site, elles s’appellent les « rencontres » avec des « aliens ».

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« C’est une délation numérique »

Le site propose aussi aux internautes de signaler, de transmettre des informations à l’ICE sur des personnes supposément en situation irrégulière via un formulaire. La Maison Blanche appelle ces signalements des « aliens suspects ».

Un moyen de faire participer pleinement les Américains, selon Frédérique Sandretto, enseignante en civilisation Amérique à Sciences-Po Paris : « C’est un acte performatif, c’est-à-dire, je dis quelque chose, j’agis tout de suite, il y aura un impact. Les personnes qui soutiennent son programme disent : « C’est super, j’ai arrêté trois migrants. » Là, c’est participer à ça. Oui, mais on le fait de manière non agressive, alors qu’en fait c’est une délation numérique. C’est ça qui est fou. Parce qu’avec les moyens actuels de l’IA et du numérique, ça peut aller très vite. C’est ça qui fait peur. Et puis on crée la haine. C’est une incitation à la haine. C’est ça qui est grave aussi ».

Le président américain avait déjà plusieurs fois joué sur ces termes et mentionné le danger que représentent selon lui les « aliens » pour tous les Américains, et pour l’avenir de son pays. Depuis son retour au pouvoir en janvier 2025, le président américain et son administration ont considérablement renforcé les moyens alloués aux opérations d’expulsion d’étrangers.

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