jeudi, septembre 24

  • La ville d’Argenteuil conserve depuis plus de 1.200 ans une tunique réputée être celle du Christ.
  • Cette relique va être exposée au Stade de France ce vendredi 25 septembre lors de la veillée du pape devant 80.000 jeunes.
  • Une sortie exceptionnelle à plus d’un titre.

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C’est un modeste tissu de laine brune, dont la légende veut qu’il ait été porté par le Christ sur le chemin de croix, il y a 2.000 ans. Conservée depuis le Moyen Âge dans la basilique Saint-Denys d’Argenteuil, la Sainte Tunique va être exceptionnellement placée sous le feu des projecteurs, ce vendredi 25 septembre, lors de la veillée de prière de Léon XIV avec les jeunes au Stade de France. C’est en effet une grande première. Elle n’a, depuis le XIIᵉ siècle, jamais fait l’objet d’une sortie officielle en dehors de la basilique. De même que Léon XIV sera le premier pape à la contempler.

Un déplacement sous haute surveillance

Pour l’occasion, « La Sainte Tunique du Christ » sera protégée par un reliquaire vitré. Pas celui de la basilique, jugé trop fragile pour être transporté à Saint-Denis. Mais un autre, conçu sur mesure par un ébéniste parisien, Gabriel Hostachy, et adapté au lourd cahier des charges lié à la conservation de cette relique millénaire. Contacté début août par Jean-Baptiste Darantière, le metteur en scène chargé de la scénographie de la veillée des jeunes, cet artisan n’a eu que deux mois pour achever son oeuvre. 

Le résultat est évidemment tenu secret. Ce qui est certain, c’est que Gabriel Hostachy a voulu en faire un bel objet, tout en visant « la simplicité et l’élégance », confiait-il début septembre sur le site catholique Aleteia. « Les matériaux principaux seront du chêne et du tilleul (…) Et ce sera assez monumental puisque cela fera quatre mètres de haut », précisait-il encore sur Radio Notre-Dame. Alors qu’elle est habituellement conservée roulée, la Sainte-Tunique sera exceptionnellement déployée et tendue à la verticale pour être exposée, car « l’objectif, c’est de la voir ».

Déplacer un tel objet nécessitera aussi un travail d’orfèvre. Cette tunique inconsutile, c’est-à-dire tissée d’un seul tenant, sans coutures, qui se présente sous l’aspect de fragments épars, sera soigneusement emballée avec du papier de soie et calée sur un mannequin à l’aide de ouate pour soutenir les fragments fragiles sans altérer la fibre ancienne. En outre, en raison du statut de la relique, classée au titre des monuments historiques et propriété de la ville d’Argenteuil, les 12 kilomètres séparant la basilique Saint-Denys du Stade de France, à Saint-Denis, constitueront un parcours sous haute surveillance. Le convoi sera placé sous escorte sécurisée terrestre, doublée d’une protection aérienne.

Une histoire mouvementée

Une mise en avant singulière pour cette Sainte Tunique, dont l’authenticité reste discutée. Selon la tradition, après la mort de Jésus, elle aurait été tirée au sort par les soldats romains, puis récupérée et conservée par les premiers chrétiens en Orient. La relique, dont on ignore le cheminement, avait réapparu à la fin du IXᵉ siècle chez Irène de Byzance, impératrice d’Orient, qui l’aurait confiée à Charlemagne pour la mettre à l’abri. Ce dernier l’aurait à son tour offerte à sa fille Théodrade, prêtresse au couvent d’Argenteuil.

Dès lors, le précieux linge connut toutes les épreuves que traversa la France. Les invasions normandes, au IXᵉ siècle, obligèrent les religieuses à cacher la tunique à l’intérieur d’une muraille, peut-être même à l’enterrer. On ne la redécouvrit qu’au XIIᵉ siècle, quand d’importants travaux de réfection du monastère furent entrepris. Bien plus tard, la relique manque de disparaître à la Révolution. En 1793, alors que les biens religieux sont saisis, le curé d’Argenteuil, François Ozet, choisit de la découper en plusieurs fragments. Certains sont cachés dans son jardin, d’autres confiés à des paroissiens qui ne furent jamais retrouvés. Environ un tiers du vêtement manquerait encore aujourd’hui, selon la basilique d’Argenteuil. 

Depuis les années 1930, la Sainte Tunique fait l’objet d’études scientifiques sur son authenticité. Les résultats des différentes analyses (tissage, pollens, sang, datation au carbone 14) ont révélé des points de concordance avec le Linceul de Turin et le Suaire d’Oviedo. Mais son histoire à la fois lacunaire, obscure et mouvementée, ne donne pas de réponse claire sur ses origines. 

Il n’en demeure pas moins qu’elle représente une des reliques les plus sacrées de la Chrétienté. Pour preuve, la Sainte Tunique fait sporadiquement l’objet de présentations aux fidèles, appelées « ostensions ». La dernière, en 2025, avait attiré quelque 400.000 personnes à Argenteuil.

Virginie FAUROUX

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