- La montagne fascine mais représente un danger.
- Et les personnes les plus à risque ne sont pas forcément celles qui le croient.
- Pour TF1info, Guillaume Pellet-Bourgeois, chercheur en psychophysiologie des émotions, explique que la perception du risque peut être mal évaluée dès lors que l’on a acquis une certaine expérience.
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En montagne, la prudence est de mise. Un avertissement que peuvent entendre un peu moins les plus expérimentés et notamment les professionnels. C’est ce qu’explique Guillaume Pellet-Bourgeois. Interrogé par TF1info, le chercheur en psychophysiologie des émotions et spécialiste de la prise de décision sous risque explique que « le fonctionnement de notre cerveau et des émotions de notre corps a une influence sur nos décisions »
. Ainsi, « paradoxalement, c’est la mémoire de toutes les réussites passées qui a tendance à biaiser notre perception du risque à l’instant présent »
.
Autant dire que ce « savant mélange au niveau cérébral »
est utile mais peut s’avérer « piégeux pour ceux qui ont beaucoup d’expérience et beaucoup de pratique dans ce milieu-là »
, insiste le spécialiste.
Le phénomène de tunnel attentionnel
Pour comprendre ce qu’il se passe à l’intérieur du cerveau, Guillaume Pellet-Bourgeois introduit la notion de tunnel attentionnel. Selon lui, « le fait que l’on ait en mémoire des expériences réussies fait que notre cerveau, qui prédit toujours ce qui est en train de se passer, va plutôt prédire une bonne issue à ce qui va se passer »
. Ce faisant, « au niveau de la perception, tous les signaux faibles, tous les signaux de danger que l’on pourrait capter, on ne les perçoit pas ou en tout cas on y apporte moins d’importance »
.
Pourtant, l’expert refuse de parler de « notion psychologique de confiance »
. Il estime plutôt que ce qui se joue, en l’espèce, est plutôt de l’ordre de la « perception de l’environnement et des informations que l’on prend en compte »
. Il se peut que les habitués des sports de glisse ne les perçoivent pas correctement. Il résume : « En fait, nos émotions colorent nos perceptions. »
Comment reprendre le contrôle lorsque l’on est un habitué de la montagne ?
Ce biais cognitif apparaît à la faveur de l’habitude. Guillaume Pellet-Bourgeois note que les premiers concernés ont bien conscience, pour beaucoup, de ce problème. « Aujourd’hui, un professionnel en montagne est seul avec ses clients. La formation des guides et des moniteurs a tendance à beaucoup plus prendre en compte le ressenti du professionnel mais aussi celui de son groupe »
, assure-t-il.
Pour aller plus loin, notre expert aimerait que l’on s’inspire de ce qui est pratiqué dans le secteur de l’aéronautique. « Dans les années 70, pour éviter les accidents d’avion, les procédures sont devenues très strictes entre le duo pilote/copilote. Le pilote n’était plus le dieu à bord. Nous en montagne, c’est souvent ce regard extérieur qui manque »
, explicite-t-il. C’est pourquoi, « si on ne peut pas l’avoir avec un binôme, l’évaluation de son état physiologique peut être aidée par un capteur cardiaque. On peut surveiller sa fréquence cardiaque. En l’analysant, on peut savoir si aujourd’hui on est plus à risque »
. D’après lui, « l’émotion est déjà une prise de conscience du corps. »
Ainsi, « cette connaissance de ce qu’il se passe en nous mérite d’être plus explorée pour chaque pratiquant »
.
Pierre FOUGERES | pour TF1info

