Flambée des cours du pétrole, destruction de capacités de raffinage dans le Golfe et en Russie, embargo russe sur les exportations de diesel… Tout se conjugue pour mener à une inflation mondiale record de ce carburant, dont dépendent encore beaucoup de secteurs professionnels dans le monde.
En Bolivie, des centaines de paysans ont défilé au début du mois pour contester le doublement par décret des prix du diesel, très utilisé dans les transports routiers, ce qui provoque en cascade une forte inflation alimentaire. Les manifestations se multiplient en Syrie contre la hausse en particulier du mazout, autrement dit du fioul, un carburant de la même famille.
Aux États-Unis, les prix du diesel ont battu un nouveau record à plus de six dollars le gallon, alors que les engins agricoles s’activent dans les États du Midwest et que dans les États du nord, on doit remplir les chaudières de fioul avant l’hiver. Le mécontentement des Américains pourrait, lui, se traduire dans les urnes lors des élections de mi-mandat.
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En Syrie, la crise du carburant, première crise sociale pour le nouveau pouvoir
Dimanche 13 septembre, le gouvernement syrien intérimaire décidait l’augmentation des prix des carburants, jusqu’à 40 % pour l’essence. Une « hausse temporaire », a promis le ministre de l’Énergie. Mais cette augmentation brutale n’a pas tardé à pousser des milliers de personnes dans les rues, dans de nombreuses villes du pays. Des protestations, y compris dans des zones considérées comme des bastions du nouveau pouvoir, qui connaît là un test majeur.
Avec sa décision, le gouvernement syrien signe la fin d’une ère. « Aujourd’hui, le gouvernement syrien est dans une rupture totale avec les politiques précédentes du gouvernement « baasiste socialiste » de Bachar el-Assad qui subventionnait à un très haut niveau les produits pétroliers, entre autres. Ce qui fait que les Syriens aujourd’hui ne sont pas vraiment habitués à voir des prix aussi élevés et des changements aussi brusques », explique Benjamin Fève, consultant senior chez Karam Shaar Advisory Limited.
Les caisses de l’État syrien sont vides, les prix mondiaux du pétrole sont au plus haut. Mais pour le spécialiste de l’économie syrienne, il aurait fallu trouver les moyens d’y aller plus progressivement. Et surtout de mieux communiquer auprès d’une population arrivée au point de rupture.
« Même si le gouvernement syrien dit que oui, on suit le cours international du pétrole, etc., c’est pas suffisant. Surtout que d’un côté, on augmente le prix, mais d’un autre côté on explique aussi que le gouvernement syrien aujourd’hui a réussi à remettre la main sur tous les champs pétrolifères, etc. Donc les Syriens, je pense, s’attendraient plutôt à voir les prix de l’essence diminuer alors que c’est tout le contraire qui se passe », souligne Benjamin Fève.
Une audition du désormais très impopulaire ministre de l’Énergie initialement prévue ce jeudi devant le Parlement a été reportée à dimanche prochain.
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En France, l’exaspération du monde professionnel
En France, les pêcheurs français viennent de lever momentanément les blocages de dépôts pétroliers dans le sud du pays, en attendant une réunion ce jeudi à Paris. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a d’ores et déjà demandé à ses ministres de « prolonger » jusqu’au 31 décembre les dispositifs d’aides ciblées aux secteurs touchés par la flambée des prix des carburants, a rapporté son entourage.
« L’objectif est de préserver l’activité économique, l’emploi et la croissance, en donnant de la visibilité aux entreprises », selon la même source. Pour les pêcheurs, l’aide sera relevée de 25 à 35 centimes par litre, pour les entreprises éligibles du BTP, le soutien sera « prolongé à hauteur de 20 centimes » par litre de gazole non routier, et pour les agriculteurs, l’aide de 15 centimes par litre sera également « prolongée ».
Mais leur exaspération n’est pas isolée. Christophe est infirmier libéral dans le quartier de la Joliette à Marseille. Chaque jour, avec sa voiture, il roule plus de 120 km pour soigner ses patients. « Je dois faire un plein tous les cinq jours. On atteint les 60 euros alors qu’avant avec 40 euros, on faisait largement le plein d’essence quoi », explique-t-il au micro de notre correspondante à Marseille, Eliza Amouret.
Une hausse des prix qui a une conséquence directe sur son activité. « Il y a certains soins qui sont peu rémunérateurs et qui sont trop loin. Je dois refuser à peu près un à deux patients par semaine parce qu’ils sont trop loin », se résoud-il. Il songe à changer de voiture pour faire des économies. « Je me pose vraiment la question de prendre une voiture électrique. Je pense que cela va être l’avenir », estime-t-il.
De son côté, Julien est gestionnaire dans une entreprise de formation professionnelle. Chaque matin, il doit parcourir 16 km avec sa voiture. En transport en commun, il en aurait pour deux heures. « Tous les jours je regarde le prix et l’évolution du prix au sein de la station-essence que je croise tout le temps quand je rentre chez moi. Et c’est à ce moment-là que je décide ou non de faire le plein. » Avec la flambée des prix à la pompe, des appels à manifester fleurissent un peu partout en France, faisant écho au mouvement des « gilets jaunes » né en 2018 suite à une taxe sur les carburants.
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