- Lucas Larivée, 24 ans, est jugé devant la cour d’assises de la Corrèze, pour le « meurtre précédé de viol » de Justine Vayrac, 20 ans, le 23 octobre 2022.
- L’accusé soutient que la relation sexuelle avec la victime était consentie, reconnaît être à l’origine de la mort mais conteste toute intention d’homicide.
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Disparition de Justine Vayrac : le suspect a avoué le meurtre
Un peu plus de trois ans après la mort de Justine Vayrac, 20 ans, la cour d’assises de Corrèze juge, à partir de ce lundi 16 mars, Lucas Larivée. Ouvrier agricole âgé de 21 ans au moment des faits, ce dernier doit comparaître pendant cinq jours pour le « meurtre précédé de viol », le 23 octobre 2022 à Beynat, de cette jeune mère qui avait suivi une formation d’aide-soignante.
L’accusé, dont les déclarations ont évolué au fil des interrogatoires, assure dans sa dernière version connue que le rapport sexuel était consenti. Et s’il reconnaît être à l’origine de son décès, il conteste toute intention d’homicide. Retour sur cette affaire qui a bouleversé au-delà de la Corrèze et qui sera particulièrement suivie cette semaine.
Une soirée festive qui a viré au drame
Ce 22 octobre 2022, Justine Vayrac passe, comme prévu, la soirée avec des copains, après avoir vu son nouveau compagnon dans l’après-midi. Son jeune fils est alors chez son père, duquel elle est séparée. Un dîner entre amis puis direction la discothèque La Charrette à Brive-la-Gaillarde, où le trio rencontre d’autres camarades de fête.
À 3h35, la jeune femme sort de la discothèque avec Théo, un ami, alors qu’elle est, selon lui, « alcoolisée »
et « fatiguée ».
Ils croisent devant l’établissement Lucas Larivée, une « connaissance »
qui insiste, selon Théo, pour rester seul avec elle. Théo les laisse et repart sur la piste de danse.
Inquiets de ne pas la voir revenir, ses amis l’appellent et lui envoient des messages, en vain. À Théo qui le contacte, Lucas Larivée déclare être occupé « avec une blonde »,
et avoir laissé Justine Vayrac seule dans sa voiture, devant La Charrette. Face à son insistance, il lui répond plus tard, à 5h23 : « Laisse-moi finir, appelle-la, j’en sais rien moi »
avant d’ajouter : « J’ai autre chose à faire que de penser à ta pote bourrée ».
À 6h35, Lucas Larivée écrit même sur Instagram à Justine Vayrac ces mots : « T’es où, tout le monde te recherche ».
Il est le seul alors à savoir qu’elle est morte.
La mère de la victime donne l’alerte
Puis Lucas Larivée donne d’autres détails à ceux qui le contactent dans la matinée et la journée pour savoir où est la disparue. Il dit que la jeune femme a vomi devant la boîte de nuit, qu’elle avait faim et qu’au moment où il l’emmenait manger, un certain « Noé »
l’avait appelée pour la voir. Il relate avoir alors déposé la jeune femme près de la centrale à béton de Malemort, avant qu’elle ne monte dans la « voiture grise »
de ce « Noé ».
Justine Vayrac ne réapparaîtra pas. À 10h50, dimanche 23 octobre, sa mère signale sa disparition au commissariat de Brive-la-Gaillarde. Des investigations sont menées auprès de deux « Noé »
qui figurent parmi les abonnés Instagram de Justine Vayrac. Il est vite établi qu’aucun des deux n’était avec elle.
Après que les images de vidéosurveillance et la téléphonie ont été exploitées, les enquêteurs de police s’intéressent de plus près à Lucas Larivée. L’ouvrier agricole est placé en garde à vue le 25 octobre 2022. Aux policiers qui l’interrogent, il reparle de ce « Noé »
qui, dans cette nouvelle version, serait monté dans sa voiture alors qu’il était avec Justine Vayrac. Il l’aurait contrainte à avoir, chez lui, une relation sexuelle, et aurait frappé jusqu’au sang la jeune femme avant de disparaître avec elle.
Dans une audition postérieure, les déclarations varient à nouveau. Cette fois, Lucas Larivée admet que « Noé »
est une invention. Il rapporte maintenant être rentré avec la jeune femme, avoir eu « une relation sexuelle consentie »
avec elle avant de lui porter un coup de poing « pour une raison indéterminée »
puis de constater qu’elle était morte. Il détaille ensuite avoir transporté le corps dans un chariot agricole avant de l’enterrer.
Le corps retrouvé à 90 cm de profondeur
Le 27 octobre, sur indication du suspect, le corps partiellement dénudé de la jeune femme avec une ficelle bleue autour du cou est retrouvé sur un chemin de terre à 90 cm de profondeur, chemin situé à quelques centaines de mètres du domicile de ce dernier. La victime présente de multiples plaies et hématomes sur le visage et le corps, incompatibles avec un seul coup porté. Quant au décès, il est établi qu’il est consécutif à une asphyxie mécanique par strangulation au lien.
Des traces de sang de Justine Vayrac sont retrouvées au domicile du suspect. Le sperme de ce dernier est découvert sur les parties génitales de la victime. Les investigations permettent par ailleurs d’établir que le viol, le meurtre et la dissimulation du corps de Justine Vayrac sont intervenus entre 4h38 et 6h31, heure à laquelle Lucas Larivée est allé chercher une autre jeune femme avant de la ramener chez lui et d’avoir des relations sexuelles avec elle.
« Aucun mot pour la victime »
L’ouvrier agricole et footballeur amateur au casier judiciaire vierge est-il un Dr Jekyll et Mr Hyde ? Ses proches le décrivent comme « souriant », « attentif », « jovial », « agréable », dévoué »
et évoquent aussi pour certains un côté « renfermé » ou « sombre ».
L’une de ses ex parle de « violences verbales à son égard » et de « jalousie », une autre, qui a déposé plainte contre lui après des menaces et un geste violent, de « changements inattendus, inquiétants et glaçants ».
L’expert psychiatre relève que l’intéressé, au contact « froid et détaché »,
n’a eu, lors de leur entretien, « aucun mot pour la victime »,
formulant uniquement « des regrets autocentrés ».
Il n’a eu « aucun remord »
et n’a fait preuve d’« aucune empathie »
, selon lui.
À l’expert psychologue, Lucas Larivée confie par ailleurs « avoir été trompé par deux petites amies successives et avoir ressenti une colère importante ». « Son rapport avec la gente féminine est source de méfiance et de distance affective, les deux relations amoureuses échouées constituant deux points de rupture importants dans son parcours de vie avec lesquels il peine à composer »
, note le spécialiste qui émet l’hypothèse d‘ »un recours à l’acte avec acharnement, tel un passage à l’acte signifiant un besoin d’annuler l’autre pour survivre psychiquement ».
Pour les faits qui lui sont reprochés, Lucas Larivée encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Le verdict est attendu vendredi 20 mars.











