L’Américain Joel Meyerowitz, mis à l’honneur à Londres avec un prix et une exposition retraçant sa carrière, est connu pour avoir immortalisé le site du 11-Septembre après les attentats, une expérience qui a « changé sa vie ».
Âgé de 88 ans, ce pionnier de la photo de rue a reçu le prix annuel de la « contribution exceptionnelle à la photographie » des Sony World Photography Awards.
C’est « exaltant d’être ainsi reconnu », a déclaré jeudi Joel Meyerowitz dans un entretien avec l’AFP. « Quand j’ai commencé, je n’envisageais pas un avenir dans lequel je pourrais remporter un prix », a ajouté l’Américain, dont des photographies sont exposées à Somerset House à partir de vendredi, jusqu’au 4 mai.
Joel Meyerowitz, qui a adopté très tôt dans les années 1960 l’usage de la couleur à une époque où le noir et blanc était considéré plus artistique, se réjouit que la photographie se soit démocratisée grâce aux téléphones portables.
« Les problèmes et les joies du monde sont visibles car tout le monde a un appareil photo », dit-il.
Ce New-Yorkais, qui a commencé sa carrière comme peintre et graphiste, s’est pris de passion pour l’espace urbain dès qu’il a commencé la photo avec son appareil 35 millimètres.
« L’énergie de la vie dans la rue, la façon dont les gens se comportement, les interactions, les événements fugaces qui surviennent et disparaissent aussitôt – c’est ça la photographie », affirme-t-il.
Il a énormément photographié New York, sa ville, mais aussi les rues d’Europe, de Paris à Londres où il vit actuellement.
– Ground Zero –
Cet Américain est particulièrement connu pour avoir été le seul photographe à être parvenu à entrer sur le site des attentats du 11 septembre 2001, Ground Zero, dans l’année qui a suivi.
A l’époque, le maire de New York Rudy Giuliani avait interdit aux photographes d’accéder au site.
« Je me suis dit: +Va te faire voir, mon vieux+. On en a besoin. C’est l’histoire qui s’écrit ici, ça se passe en Amérique, à New York, et tu nous dis, +Pas de photos?+ », se souvient-il.
Joel Meyerowitz a donc fabriqué un faux badge d’ouvrier pour entrer sur le site, avant de se lier d’amitié avec des enquêteurs sur place, qui lui ont fourni un badge d’accès de la police.
« Je suis New-Yorkais, ma ville était blessée. Il fallait que j’aide d’une manière ou d’une autre », dit-il vingt-cinq ans plus tard à propos d’une expérience « qui a changé sa vie ».
Il a passé des années à constituer une archive de 8.500 images, dont certaines ont été exposées et figurent dans un livre, « Lendemains: les archives du World Trade Center ».
Joel Meyerowitz s’est toujours intéressé aux innovations technologiques, adoptant par exemple les appareils photos numériques.
En revanche, « je ne suis pas à un moment de ma vie où je ressens l’envie d’emprunter la voie de l’intelligence artificielle », déclare le photographe.
« On pourrait parler d’une photographie sans objectif… Nous saurons à l’avenir ce que cela signifie vraiment », ajoute-t-il.
Malgré cela, Joel Meyerowitz innove encore et travaille sur un mystérieux projet, « très risqué » et « très différent de tout ce j’ai fait jusqu’ici », confie-t-il, sans plus de détails.
Il prépare, en parallèle, deux nouveaux livres avec des clichés inédits.
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