dimanche, juin 7

  • Une orthodontiste de Rouen est poursuivie pour abus de biens sociaux et complicité d’exercice illégal de la profession de chirurgien-dentiste.
  • Son escroquerie, démasquée par la Caisse primaire d’assurance maladie, est estimée à 2,5 millions d’euros.
  • La praticienne a été déchue de ses fonctions depuis fin janvier, et son procès a été reporté aux 26 et 27 janvier 2027.

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Le 20H

Son escroquerie est estimée à 2,5 millions d’euros. Une orthodontiste (nouvelle fenêtre)de Rouen est soupçonnée d’escroquerie aggravée, d’abus de biens sociaux et de complicité illégale d’exercice de la profession de chirurgien-dentiste. Son procès qui devait se tenir au tribunal correctionnel de Rouen ce vendredi 5 juin est reporté aux 26 et 27 janvier 2027 (nouvelle fenêtre), au vu du nombre de parties civiles qui se constituent semaine après semaine.

La praticienne, qui exerçait seule, avait obtenu des remboursements de 1,7 million d’euros sur trois ans, et déclaré 4.500 clients. Des chiffres élevés, comparés aux autres cabinets du département, qui avaient déclenché une alerte des autorités. Sa supercherie a été démasquée par la Caisse primaire d’assurance maladie (CPAM).

Pour les dix rendez-vous de suivi, je n’ai jamais rencontré l’orthodontiste

Une mère de famille

« L’assistante m’a dit que je ne pouvais pas rentrer avec mon fils dans la salle de soins », témoigne à visage couvert dans le reportage en tête une mère de famille qui avait rendez-vous pour la pose d’un appareil dentaire sur son fils de 6 ans. « Pour les dix rendez-vous de suivi, je n’ai jamais rencontré l’orthodontiste, je ne l’ai jamais vue. »

En février 2026, la mère de famille apprend que la praticienne est suspendue par les autorités sanitaires. Elle montre une photo de cette orthodontiste à son fils, qui lui confirme l’avoir vue, « mais pas toujours ». « Je lui reproche d’avoir fait réaliser des actes par ses assistantes qui ne sont pas des personnes habilitées. (…) J’ai toujours fait confiance aux professionnels de santé, aujourd’hui je m’en veux », témoigne la mère du petit garçon qui doit à présent rééduquer sa déglutition avec un orthophoniste. 

250.000 euros en espèces à son domicile

Dans son cabinet de Rouen, la praticienne est soupçonnée d’avoir facturé des actes médicaux réalisés par ses assistantes. À son domicile, les enquêteurs mettent la main sur 250.000 euros en espèces et 100.000 euros de montres, sacs et bijoux. 850.000 euros sont aussi saisis sur ses comptes bancaires.

« Nous attendons qu’un expert puisse se prononcer pour dire s’il y a eu des problématiques d’ordre médical. Pour qu’en cas d’aggravation, on puisse se ressaisir au besoin et que les patients soient indemnisés de leur préjudice, si préjudice il y a », explique Maître Marie Leroux, avocate spécialiste du droit de la santé, qui représente une vingtaine de parents. 

« On nous parle d’escroquerie mais il n’y a pas d’actes fictifs, pas de patients fictifs. Il n’y a pas de feuilles de soins falsifiées, ni d’utilisation frauduleuse de carte vitale. Il n’y a rien de fictif si ce n’est le préjudice avancé par la CPAM », rétorque Maître Joachim Bokobsa, l’avocat de l’orthodontiste.

En 2025, 138 millions d’euros ont été détournés dans les centres de santé. Les actes concernent bien souvent des poses de prothèses dentaires surfacturées : +238 % en un an. Des opérations difficiles à contrôler et qui rapportent beaucoup d’argent.

Rania HOBALLAH | Reportage : Laszlo GELABERT, Théo PROUVOST, et Tristan VARTANIAN

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