Dans les rues de Bordeaux, dimanche 26 juillet, l’ambiance ferait presque penser à la sombre époque de la pandémie de Covid-19. Ici et là, les passants ont sorti du fond de leurs placards des masques chirurgicaux bleus, des FFP2, voire des masques en tissu. Mais cette fois, ce n’est pas d’un virus qu’ils tentent de se protéger mais des fumées toxiques qui émanent de l’incendie massif qui ravage actuellement la région.
Depuis vendredi soir, la capitale girondine est couverte d’un épais panache de fumée chargé en particules fines. L’air est empli de cendres et l’odeur de brûlé, tenace.
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Les incendies ont parcouru « 115 000 hectares depuis le début de la saison », selon Laurent Nuñez
« Ça change constamment en fonction du vent »
Une atmosphère de brouillard jauni, oppressant, qui n’empêche pas les Bordelais de se promener dans la commerçante rue Sainte-Catherine.
Parmi eux, Laure et Claire ont voulu profiter de leur après-midi d’été. Si la première porte une tenue estivale classique, Claire, elle, l’a accessoirisée d’un masque FFP2.
Laure et Claire, toutes les deux Bordelaises, s’inquiètent de la pollution de l’air liée aux incendies, le 26 juillet 2026.
« Hier, quand je suis sortie de chez moi pour faire des courses, l’air était complètement irrespirable. Des cendres nous tombaient dessus. J’ai ensuite passé la nuit à tousser », raconte-t-elle. « Alors ce matin, je suis allée acheter ce masque pour essayer de me protéger au maximum ».
Son amie, elle, n’a pas encore fait le détour par la pharmacie mais cela ne l’empêche pas de partager la même inquiétude : « Ce qui est hyper difficile, c’est que la situation change constamment en fonction du vent », relate Laure.
Et elle aussi a trouvé un moyen de se protéger : « J’ai un petit chien. C’est un véritable détecteur de fumée et il se met à aboyer dès que le ciel se charge, comme s’il voulait m’alerter » s’amuse-t-elle. La consigne est donc simple : si son compagnon à quatre pattes aboie trop, c’est le signe qu’il faut rester enfermé.
« Nous ne sommes sorties que pour mettre de l’essence »
Rester enfermées, c’est la décision drastique qu’ont prise Mathilde et Jeanne. Ce dimanche, c’est la première fois qu’elles mettent le nez dehors depuis que le nuage de fumée s’est abattu sur la ville deux jours avant.
« Hier, on s’est juste contentées d’aller mettre de l’essence, au cas où nous voudrions quitter la ville », disent-elles. « Mais aujourd’hui on commençait à vraiment tourner en rond donc on a décidé d’aller se balader un peu. Nous n’allons pas traîner très longtemps. »
Si la qualité de l’air continue de se dégrader, les deux amies n’excluent pas de quitter la ville un moment et de rentrer dans leurs familles respectives, à Nantes et en région parisienne. « On sait que respirer ces particules fines est hyper mauvais pour la santé. Si ça doit empirer ou durer encore pendant plusieurs jours, il vaut mieux s’en aller. »
Les fumées générées par les incendies de forêt libèrent en effet dans l’air des gaz et des particules dangereuses pour nos organismes, rappelle l’Anses. Elles contiennent des particules fines, qui viennent pénétrer profondément nos poumons, du monoxyde de carbone, du dioxyde de carbone ou encore des composés volatils comme l’acroléine ou le benzène, énumère l’Agence nationale de sécurité sanitaire.
Les personnes situées à proximité de l’incendie peuvent donc présenter des symptômes respiratoires d’irritation. Mais l’effet va se faire sentir beaucoup plus largement sur toute la population qui se trouve sous le vent d’un incendie, et donc exposée aux fumées « pendant plusieurs heures ou plusieurs jours » selon les conditions météo, rappelle à l’AFP le pneumologue Bruno Crestani.
Face à ces risques, l’Anses conseille de « limiter les déplacements et le temps passé à l’extérieur, de garder ses portes et fenêtres fermées, de n’aérer que lorsque les conditions le permettent et d’éviter les sports en extérieur. »
Pour les personnes les plus vulnérables, 1,5 million de masques FFP2 ont été livrés par l’État et 1 million supplémentaires sont en cours d’acheminement. Des points de retrait doivent être installés au CHU de Bordeaux pour les soignants, il sera également possible de s’en procurer dans le réseau habituel, notamment en pharmacie.
« Choisir entre cendres et chaleur »
En terrasse avec son fils et une amie, Mickaelle soupire quand on lui évoque ces recommandations. « J’habite en plein centre de Bordeaux, sous les toits. Il fait déjà 34 °C chez moi mais je ne peux pas ouvrir les fenêtres pour aérer, sinon toutes les fumées entrent », déplore-t-elle. « Et on prévoit une nouvelle vague de canicule la semaine prochaine. Il va falloir choisir entre cendres et chaleur ? »
Mickaelle, son fils et une amie prennent un verre en terrasse malgré la fumée qui englobe Bordeaux, le 26 juillet 2026.
Le long des quais de la Garonne, c’est le même haussement d’épaules pour Damien. Depuis plusieurs jours, ce gendarme travaille d’arrache-pied pour évacuer les nombreuses communes impactées par l’incendie. Alors hors de question de se priver de ce qui « lui vide la tête » : sa séance de sport en extérieur. « Certes, on ne respire pas très bien. De toute façon, j’ai prévu de faire une séance plus courte vu que je suis épuisé », tranche-t-il.
Juste derrière, deux enfants s’amusent dans le parc sous la surveillance de leur mère et de leur grands-parents. « On fait partie des nombreux évacués », raconte sous son masque Gisèle, la grand-mère.
Evacués de la commune d’Andernos vendredi soir, ils ont trouvé refuge grâce au bouche à oreille chez une connaissance en banlieue de Bordeaux. Aujourd’hui, malgré l’ambiance un peu « pesante », ils sont sortis avant tout pour « occuper les enfants. »
« De toute façon, il est hors de question qu’on s’éloigne trop de chez nous », assène-t-elle. « Nous sommes partis en laissant trois chats. Je veux pouvoir rentrer immédiatement quand ce sera possible, voire faire un aller-retour pour aller les chercher. J’ai trop peur qu’ils manquent d’eau et de nourriture. »
Gisèle et son mari surveillent leurs petits-enfants qui jouent au parc avec la personne qui les loge près de Bordeaux depuis leur évacuation vendredi de la ville d’Andernos, le 26 juillet 2026.
Pour le moment, ils craignent surtout de subir une nouvelle évacuation. Leurs bienfaiteurs vivent en effet à Blanquefort, à proximité immédiate de zones de la métropole déjà évacuées. Les valises sont déjà prêtes, au cas où.
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La menace d’une évacuation de la ville
Dimanche, le feu se trouvait à environ 15 km de l’agglomération, ont annoncé les autorités dans la matinée. Porté par des vents erratiques et capricieux, jusqu’où peut-il aller ? Pourrait-il toucher la ville et forcer ses 270 000 habitants à partir ?
Depuis le Parc des expositions, où quelque 2 500 personnes ont trouvé refuge depuis vendredi, le maire de Bordeaux, Thomas Cazenave, s’est efforcé dimanche, à la mi-journée, de couper court aux « fausses informations ». « J’ai lu dans la presse, notamment étrangère, que nous avions préparé une évacuation. Soyons bien clairs, ce n’est pas du tout à l’ordre du jour. Le feu est plus au sud, en lisière de la métropole, mais il ne progresse pas sur le flanc ouest. Il ne sert à rien d’affoler les populations », rassure-t-il.
L’élu a toutefois assuré que la métropole restait en état d’alerte et qu’elle « se prépare à tous les scénarios ». Les dispositifs d’hébergement et de logements temporaires mis en place sont loin d’être saturés, a-t-il expliqué, précisant que le Parc des expositions peut recevoir jusqu’à 10 000 personnes.
Entre les fumées et l’incertitude des prochains jours, à la gare de Bordeaux, certains ont tout de même préféré partir, notamment de nombreux vacanciers qui ont écourté leur séjour. C’est le cas de Luc et Ema, arrivés lundi dernier pour une dizaine de jours.
La gare de Bordeaux Saint-Jean est englobée d’un large panache de fumée, dimanche 26 juillet 2026.
« Nous venions voir des amis et de la famille mais vu la situation, on a préféré rentrer, surtout avec cette qualité de l’air », expliquent-ils. « De toute façon, nous venions notamment voir mon grand-père. Mais âgé et asthmatique, il a déjà quitté la région. »
Pour eux comme pour de nombreux autres usagers de la SNCF, il faut alors jongler entre les suppressions de trains et les nombreux retards. Plus aucun train ne circule vers le sud du département, dans l’axe emprunté par l’incendie. Et pour quitter Bordeaux vers Paris et vers le nord, les places sont chères tant la demande est forte.




