mercredi, octobre 14

  • Les dernières mesures du mont Blanc ont été publiées ce mercredi par les géomètres-experts de Haute-Savoie.
  • Le point culminant de l’Europe a gagné deux mètres en trois ans, s’établissant désormais à 4.807 mètres.
  • Un résultat surprenant, dans un massif alpin fragilisé.

Ajoutez TF1info à vos sources sur Google

Depuis 25 ans, ils grimpent le mont Blanc pour le mesurer avec une précision absolue, jusqu’au dernier centimètre. Et leur dernière évaluation a de quoi surprendre. Les géomètres-experts de Haute-Savoie révèlent ce mercredi 14 octobre que le toit de l’Europe, situé sur la commune de Saint-Gervais-les-Bains, a grandi de plus de deux mètres en trois ans, s’établissant désormais à 4.807 mètres. Un paradoxe à l’heure où les Alpes sont au plus mal (nouvelle fenêtre).

Des mesures de la démesure

Depuis 2001, les géomètres-experts de Haute-Savoie se sont donné une mission ambitieuse. Mesurer régulièrement (nouvelle fenêtre) le sommet le plus élevé d’Europe. Cette année encore, l’opération a mobilisé des moyens impressionnants. Le 17 septembre, 32 personnes se sont élancées, réparties en onze cordées. Géomètres-experts, guides, scientifiques et photographes ont fait route ensemble vers le mont Blanc, avec plus de 30 kg de matériel. Une expédition qui aura duré trois jours. Après une arrivée au lever du soleil, l’équipe est restée sur place jusqu’à 9h30 pour réaliser des mesures point par point. À l’aide de satellites, les spécialistes ont pu réaliser pas moins de 15 millions de captures différentes. 

Grande première de cette ascension, pour aller plus loin, les géomètres ont embarqué un géoradar. Un appareil qui a permis de mesurer le rocher à travers l’épaisseur de glace, estimée à 20 mètres. Et qui ouvre une nouvelle étape dans le suivi du mont Blanc. En comparant les relevés d’une année sur l’autre, il permettra de regarder plus précisément l’impact du réchauffement climatique (nouvelle fenêtre) sur ce manteau de glace.

Mesurer la glace pour mieux comprendre

Des relevés répertoriés sur le site 4810.info (nouvelle fenêtre). De quoi suivre avec régularité l’évolution de l’altitude. Or, après une tendance générale à la baisse observée sur 25 ans, la dernière mesure marque une anomalie. Le sommet est passé très précisément de 4.805,59 mètres en 2023 à 4.807,47 mètres cette année. Pour l’expliquer, plusieurs hypothèses sont avancées par les experts auprès de TF1, dont celle d’un mouvement de la couche supérieure. La glace qui recouvre le sommet peut en effet se déplacer, ou changer de forme d’une année à l’autre. Même si la crête rocheuse reste identique, sa surface évolue sous l’effet des intempéries, de l’érosion, de la neige et du froid. La couche de glace peut d’ailleurs grandir en son point le plus élevé tout en s’amincissant sur ses côtés.

Raison pour laquelle cette mesure isolée « ne permet pas de raconter quelque chose », souligne le géomètre-expert Jean des Garets, « c’est pour ça qu’on y retourne régulièrement ». Président de la Chambre départementale des géomètres-experts de Haute-Savoie, celui qui a piloté l’expédition note que la tendance « reste à la baisse d’un point de vue mathématique ». « Avant 2015, on a deux mesures en dessous des 4.810 mètres », la taille du mont Blanc qu’on trouvait pendant des décennies dans les livres de géographie. « Depuis 2016, on n’en a pas une au-dessus. » 

Une tendance au réchauffement observable « à l’œil nu » dans le reste du massif alpin. « Pour l’instant, le réchauffement climatique ne semble pas avoir la même incidence au-dessus de 4.000 mètres » mais la morphologie du massif « évolue de manière impressionnante », remarque Jean des Garets. Sommets dénudés, enneigement insuffisant, tout cela a conduit à la multiplication des fermetures en août, les itinéraires devenant trop dangereux pour les alpinistes. Un phénomène vérifié par l’équipe. « Quand on fait l’ascension, on passe par la cabane de la Brigade Blanche avant le glacier de Tête-Rousse. On a pu constater que le glacier a remonté. Il a littéralement fondu à vue d’œil et maintenant par endroits on traverse un ruisseau au lieu d’un glacier. » 

Share.
Exit mobile version