- Dimanche et lundi, l’Iran a lancé des attaques contre Israël, qui a riposté, menaçant le cessez-le-feu en vigueur depuis deux mois dans la région.
- Si la tension est finalement retombée en fin de journée ce lundi, cette nouvelle escalade militaire montre que l’Iran n’hésite plus à frapper en premier ses adversaires.
- Alors que la situation bascule un peu plus dans « l’impasse », le régime iranien, lui, adopte une posture bien plus offensive qu’avant le conflit, selon le spécialiste Jonathan Piron, interrogé par TF1info.
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Moyen-Orient : un cessez-le-feu et des négociations mis à rude épreuve
Après une soudaine poussée de fièvre, la tension retombe légèrement au fil des heures, mais toute la région reste sur le qui-vive. Près de deux mois jour pour jour après l’entrée en vigueur d’un fragile cessez-le-feu, l’Iran a lancé des frappes dès dimanche 7 juin au soir contre Israël (nouvelle fenêtre), suite à une offensive israélienne contre la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah. Des répliques israéliennes ont suivi, en dépit des appels au calme du président américain, Donald Trump, avant que ces opérations croisées ne prennent finalement fin ce lundi dans l’après-midi.
L’Iran assure maintenir le canal diplomatique avec Washington, pour négocier un accord qui peine toujours à prendre forme (nouvelle fenêtre). Mais ces raids soudains sur Israël mettent nécessairement la pression sur la Maison Blanche, qui peine à canaliser son allié israélien, toujours pleinement engagé dans ses opérations militaires au Liban. Une démonstration de force venant confirmer la « posture beaucoup plus agressive »
de Téhéran depuis le début du conflit, explique à TF1info Jonathan Piron, chercheur et historien spécialiste du Moyen-Orient pour le Grip (Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité).
Cette nouvelle poussée de fièvre vient-elle faire voler en éclats le cessez-le-feu, déjà particulièrement fragile ?
À ce stade, pas encore, puisque Donald Trump a insisté assez vite sur le fait qu’il fallait arriver à un accord, qui était proche d’être conclu. Des propos qu’il tient certes depuis plusieurs semaines déjà (nouvelle fenêtre), mais il n’y a pas de rupture des pourparlers. Du côté de l’administration américaine, il n’y a pas de volonté de retourner vers un conflit, en tout cas à ce stade.
Mais on sait aussi que tout cela est très volatile, on se retrouve dans une situation d’instabilité et d’impasse complète. Ce fameux accord n’arrive pas et les combats continuent au Liban (nouvelle fenêtre), mais aussi ailleurs, dans le Golfe. Nous sommes dans une espèce de
« ni guerre ni paix », un entre-deux. Une zone grise dans laquelle les négociations ne sont pas rompues mais n’aboutissent à rien, et des opérations militaires sont relancées, mais sans amener à nouveau à un conflit généralisé.
Quel intérêt représentaient alors ces frappes contre Israël, pour Téhéran ?
L’Iran cherche à « unir les fronts » : le régime veut absolument impliquer la question du Liban dans la résolution du conflit (nouvelle fenêtre), alors que, du côté israélien, il y a cette volonté de dissocier l’ensemble et de continuer les offensives au pays du Cèdre. Par le passé, les Iraniens appliquaient la « patience stratégique », estimant qu’il ne fallait pas répliquer tout de suite, mais désormais, ils cherchent à agir directement, sans plus proférer de menaces en l’air. Ils décident de frappes dès lors que leurs ultimatums ne sont pas respectés, comme ici cet avertissement à Israël de ne pas bombarder Beyrouth.
De son côté, le gouvernement israélien est passé outre les mises en garde des États-Unis et a répliqué. Donald Trump ne va certainement pas abandonner l’allié israélien, mais des tensions subsistent entre eux (nouvelle fenêtre). Tous ces éléments sont aussi utilisés par le régime iranien pour essayer justement de déstabiliser ses adversaires. Il continue à pousser à la provocation, à l’action, pour qu’il y ait cette accumulation des tensions, qui lui est finalement favorable.
Le conflit, loin d’avoir résolu un quelconque dossier, n’a fait qu’aggraver les choses
Le conflit, loin d’avoir résolu un quelconque dossier, n’a fait qu’aggraver les choses
Jonathan Piron, spécialiste du Moyen-Orient
Dans le même temps, l’Iran assure rester à la « table des négociations »… Cherche-t-il malgré tout à éviter une reprise totale des hostilités ?
C’est toute la question. Il reste toujours un stock de missiles balistiques important du côté iranien, qui peut faire des dégâts : ceux tirés dans la nuit étaient bien des missiles de dernière génération. Mais une reprise du conflit généralisé, qui détruirait des infrastructures importantes, représenterait aussi un danger pour Téhéran. Jusqu’ici, des installations énergétiques et pétrolières (nouvelle fenêtre) ont été touchées, et par ailleurs, la situation sociale et économique est en train de devenir très compliquée dans le pays.
Pour autant, du côté du régime, il y a aussi cette idée que la situation générale est à son avantage. Avec en creux, la volonté de pousser au maximum la dissuasion pour faire pression sur Donald Trump, pour qu’il fasse lui-même pression sur Israël… et qu’en fin de compte, l’Iran puisse s’en sortir encore plus puissant et garder l’avantage sur la région.
Le régime iranien considère en effet qu’il détient la victoire stratégique, maintenant qu’il a des leviers inédits dans la région, notamment le contrôle du détroit d’Ormuz (nouvelle fenêtre). Il a découvert une capacité de frappes qui lui fait adopter une posture beaucoup plus agressive, ce qui contraint alors les autres acteurs de la région à s’adapter. D’une certaine manière, il considère qu’il peut essayer de remodeler le rapport de force suivant cet avantage, et ne plus se plier à celui imposé notamment par Israël. Tout cela pousse bien davantage à la confrontation, puisque de son côté, Israël ne veut pas reculer.
L’offensive israélo-américaine a donc bien davantage renforcé l’Iran qu’elle ne l’a affaibli ?
Tout à fait : le régime s’est renouvelé, radicalisé, il tire dans la région dès que des mesures sont prises contre lui et n’hésite pas à attaquer. C’est inédit. Le conflit, loin d’avoir résolu un quelconque dossier, n’a fait qu’aggraver les choses. Les Iraniens ont intérêt à un accord mais ils veulent aussi pousser au maximum les concessions américaines pour apparaître comme étant les vainqueurs de la situation. Ce que cherche à faire également Donald Trump…
On se retrouve donc dans une situation de blocage, parce que chacun demande ce que l’autre n’est pas prêt à concéder, d’autant qu’il y a énormément de conflits à résoudre, entre le nucléaire, le détroit d’Ormuz, le Liban… C’est un nœud gordien que personne n’arrive à défaire. Et une équation à plusieurs inconnues. Il y a une quinzaine de jours, l’accord semblait prêt, ce n’était plus qu’une question d’heures, alors qu’on se retrouve désormais à refaire un pas en arrière.




