samedi, juillet 25

Une nomination qui suscite un élan d’espoir en Ukraine. Pris dans une tempête politique depuis un remaniement gouvernemental controversé, Volodymyr Zelensky a choisi le respecté général Mykhaïlo Drapaty pour prendre la tête des forces armées ukrainiennes. Une décision qui, espère-t-il, fera retomber le vent de contestation.

Après le limogeage du très populaire ministre de la Défense Mikhaïlo Fedorov, des milliers de personnes avaient manifesté ces derniers jours pour obtenir son maintien et le départ de son rival, le commandant de l’armée, Oleksandr Syrsky.

Si Volodymyr Zelensky n’a pas conservé Mikhaïlo Fedorov, le président ukrainien a fait un pas vers sa population ce mardi 21 juillet en écartant Oleksandr Syrsky. Auréolé du titre d' »Héros de l’Ukraine » pour avoir repoussé les forces russes de Kiev aux premières heures de la guerre, le chef de l’armée nommé en 2024 a vite été critiqué pour sa vision de la guerre trop traditionnelle et coûteuse en vies humaines. Après son éviction, Mikhaïlo Fedorov a accusé le général Syrsky d’avoir bloqué « toutes les initiatives » de son équipe, qui prônait un usage toujours plus élargi des drones et des nouvelles technologies pour épargner la vie des soldats.

Libérateur de Marioupol

Pour lui succéder, Volodymyr Zelensky a donc choisi Mikhaïlo Drapaty, jusqu’ici commandant des forces conjointes des forces armées ukrainiennes. Le militaire a démarré comme lieutenant avant de monter rapidement en grade après le début, en 2014, de la guerre contre les séparatistes soutenus par Moscou dans le Donbass.

Mikhaïlo Drapaty s’était notamment illustré lors de la libération de la ville de Marioupol, en mai-juin 2014. Dans une vidéo devenue depuis célèbre, on le voit conduire un véhicule blindé qui roule à toute vitesse, drapeau ukrainien en panache, et défonce une barricade érigée par des forces pro-russes. Une image qui a fait la fierté des Ukrainiens.

« Il était le symbole d’une armée ukrainienne qui, après des mois de déshérence, reprenait l’initiative », contextualise Ulrich Bounat, spécialiste du conflit ukrainien et chercheur associé chez Euro Créative.

Après le début de l’invasion russe, ce combattant aguerri est successivement envoyé sur différents points du front: Kryvyï Rih, Kherson, Kharkiv, Dobropillia, Koupiansk… « On l’appelle le « général pompier », parce qu’il est envoyé dans les secteurs les plus délicats », souligne l’analyste militaire Oleksandr Kovalenko dans les colonnes du Figaro.

« Une approche plus moderne »

Mykhaïlo Drapaty, 43 ans, n’est pas de la même génération qu’Oleksandr Syrksy, âgé de 60 ans. « Il a une approche plus moderne et sans doute beaucoup plus proche de celle de Fedorov, celle d’une guerre qui ne se mène plus que par des affrontements d’infanterie mais qui est aussi une guerre technologique », explique Ulrich Bounat.

Le haut gradé avait été l’un des rares à prendre publiquement parti pour le ministre de la Défense limogé. Dans un post Facebook, il avait salué ses réformes engagées pour robotiser le champ de bataille et changer le système en profondeur. Des réformes que lui-même a tenté de lancer au cours des deux dernières années à la tête des forces terrestres ukrainiennes. Après la nomination de Mykhaïlo Drapaty, Mykhaïlo Fedorov s’est lui-même félicité d’un « souffle d’air frais » et d’une « nouvelle source d’espoir » sur sa chaîne Telegram.

Outre son appétence pour les nouvelles technologies, le nouveau commandant en chef des forces armées ukrainiennes se démarque par l’autonomie qu’il octroie à ses hommes. « Alors que Syrsky était beaucoup dans le micromanagement, Drapaty a plus tendance à décentraliser. Il considère que les commandants d’unités qui sont sur le front sont beaucoup mieux placés pour savoir ce qu’ils ont besoin de faire sur le terrain ».

Poursuivre l’automatisation de l’armée

Nommé commandant des Forces terrestres ukrainiennes en 2024, il a démissionné en juin 2025, en disant porter la « responsabilité » de la mort de 12 soldats ukrainiens, tués par une frappe russe sur un terrain d’entraînement dans la région de Dnipropetrovsk. Un épisode qui l’a distingué comme un homme d’honneur.

« C’est un militaire qui assume ses responsabilités, quand bien même cette frappe n’était pas de son fait à lui », souligne Ulrich Bounat. « Dans un contexte ukrainien avec beaucoup d’affaires de corruption, c’est important d’avoir un homme droit à la tête de l’armée », estime le spécialiste.

Après sa démission, Mykhaïlo Drapaty n’avait pas hésité à étriller la hiérarchie militaire ukrainienne, expliquant avoir dû lutter, à son arrivée en fonction, contre une « culture de la peur », un « manque d’initiative » et de « discipline » mais aussi « un fossé profond entre le quartier général et les unités ».

« J’ai travaillé à briser ce système », avait-il déclaré, avant d’être nommé à la tête du très stratégique commandement des forces conjointes des forces armées.

Désormais seul aux commandes, Drapaty a les mains plus libres pour imposer sa vision. « Il va sans doute poursuivre la digitalisation et l’automatisation de l’armée, continuer à déployer des drones de plus en plus performant et enrichir le lien entre l’écosystème des start-ups et l’armée ukrainienne », liste Ulrich Bounat.

« C’est un travail collaboratif qu’il aura à mener avec le gouvernement et c’est pour ça qu’il est important que le ministre de la Défense et le chef de l’armée soient sur la même ligne », souligne l’expert.

L’ex-ministre ukrainien de la Défense Mykhaïlo Fedorov, qui insiste pour réintégrer ses fonctions, n’a pour l’instant pas été formellement remplacé.

D’énormes attentes

Même si la position de l’Ukraine dans le conflit est actuellement la meilleure depuis des mois, Mykhaïlo Drapaty fait face à de nombreux défis. L’armée a été secouée par plusieurs scandales – notamment autour de la campagne de mobilisation devenue impopulaire, du traitement des mobilisés et de rapports faisant état d’un absentéisme généralisé et de pénuries d’équipement dans certaines unités.

Il va traverser « une période très difficile. Beaucoup plus qu’il ne l’imagine », a estimé le général Valeri Zaloujny, démis de ce poste en 2024.

La crise politique de la semaine dernière a par ailleurs mis au jour des fractures au sein de l’armée et des responsables politiques. Cette nomination, vue comme une tentative de combler ces divisions, vient avec d’immenses attentes.

La population ukrainienne attend notamment de lui qu’il épargne la vie des soldats envoyés au front, contrairement au général Syrsky, surnommé le « boucher » pour sa réputation à faire peu de cas des pertes humaines.

« Dans son message d’au revoir, Syrsky avait mis en relief les 700 km² qu’il avait repris aux Russes. Ça dit quelque chose du personnage », souligne Ulrich Bounat. « S’il va tenir tête aux Russes, Mykhaïlo Drapaty n’est pas vraiment du genre à reprendre du territoire quoi qu’il en coûte. Son approche est plus flexible ».

Article original publié sur BFMTV.com

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