- En pleines négociations ce jeudi à propos du détroit d’Ormuz, le bras de fer entre Téhéran et Washington se poursuit en parallèle autour de l’uranium enrichi iranien.
- Des révélations dans la presse américaine laissent entrevoir la possibilité pour Donald Trump de récupérer ce qu’il qualifie de « poussière nucléaire ».
- Les États-Unis ont déjà par le passé extrait l’uranium d’une autre nation, comme au Kazakhstan, dans un contexte bien différent.
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S’emparer de l’uranium iranien, mission impossible pour Trump ? Ce n’est pas si certain. Au cœur des tensions entre Téhéran et Washington, le président américain affirmait lundi 20 avril qu’il serait « long et difficile »
de déterrer les 440 kilogrammes d’uranium iranien hautement enrichi, à rebours de ce qu’il affirmait quelques jours plus tôt. Ces stocks, lourdement endommagés depuis les frappes américaines sur des sites nucléaires iraniens en juin 2025, sont difficiles à localiser.
L’Iran refuse également un quelconque transfert de cette « poussière nucléaire »
. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, cité par la télévision d’État, soutenait encore vendredi que « tout comme le sol iranien est sacré à nos yeux, cette question revêt une grande importance pour nous »
. L’optimisme affiché de Trump ne semble toutefois pas être un effet d’annonce.
Contrepartie pour l’Iran
Selon la presse américaine, dont un article du Wall Street Journal
publié le 17 avril dernier, le président américain composerait méticuleusement son plan pour obtenir cet uranium enrichi à 60%, proche des 90% nécessaires à l’élaboration d’une bombe nucléaire.
Le deal mis sur la table par Washington ? Dégeler 20 milliards de dollars de fonds bloqués à l’étranger pour Téhéran. Cette somme ne constitue pas en effet une levée des sanctions économiques américaines, elle en revêt un avant-goût. L’Iran hésiterait ainsi, poussé par ses partenaires pakistanais et chinois.
Même si l’accord subsiste au stade de l’hypothèse, quelle logistique cela impliquerait-il ? Comme l’explique la journaliste Lucile Devillers dans la vidéo en tête de cet article issue de l’émission 24H Pujadas sur LCI, l’uranium est stocké dans des fûts de métal, très hermétiques. Ces immenses cylindres peuvent être déterrés et transportés, avec quelques précautions.
Leur emplacement reste en effet flou. Les villes iraniennes de Ispahan, Natanz ou Fordo pourraient les abriter selon Spencer Faragasso, chercheur à l’Institut pour la science et la sécurité internationale (Isis) auprès de l’Agence France-Presse (AFP). Dans l’éventualité d’une localisation trouvée, la tâche reste périlleuse. Lucile Devillers précise que pour exhumer ces fûts, il faudrait creuser jusqu’à 800 mètres sous la roche dans des galeries « probablement fissurées »
.
Opération risquée
D’autant que l’état des stocks reste inconnu puisque l’Iran refuse l’accès aux inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) sur les sites nucléaires ravagés. L’uranium serait expédié en « Russie, comme ce fut le cas au moment de l’accord de 2015 »,
complète Lucile Devillers, « a priori, la piste des États-Unis ou d’un pays occidental est exclue »
. Leur transport ne poserait, quant à lui, aucun problème.
Ce ne serait pas la première fois que les États-Unis parviennent à exhumer l’uranium d’un autre pays. Au Kazakhstan, en 1994 à la sortie de la guerre froide, l’armée américaine réalise l’opération nommée « Saphir » : 600 kilos d’uranium enrichis à 90% sont évacués. Cette mission totalement secrète, comme le souligne Le Monde
mobilise plusieurs centaines de personnes et des moyens colossaux comme trois avions gros-porteurs C-5 afin d’acheminer les stocks au centre nucléaire de Oak Ridge, dans l’État du Tennessee.
Cette opération réussie s’est toutefois déroulée dans un contexte bien moins épineux entre les États-Unis et le Kazakhstan. Pendant l’été 1993, Noursoultan Nazarbaïev, président kazakh, sollicite le gouvernement américain afin de l’aider à dépouiller le pays de toute trace de la matière nucléaire, produite autrefois sous l’URSS. Dans un contexte bien plus houleux avec l’Iran, la mission ne semble pas impossible, juste très délicate.




