À nouveau, la justice n’aura pas retenu l’antisémitisme comme une circonstance aggravante. Après son procès en appel, qui s’est tenu à la fin du mois de mars à Versailles (Yvelines), la nourrice soupçonnée d’avoir administré des substances nuisibles à la famille qui l’employait a été condamnée ce mercredi 15 avril à 3 ans d’emprisonnement, dont six mois avec sursis et a été maintenue en détention, a appris BFMTV auprès de l’avocat des victimes.
Un verdict qui ne satisfait pas les parties civiles, qui déplore que la circonstance aggravante d’antisémitisme n’ait cependant pas été retenue dans le jugement rendu, comme c’était déjà le cas en première instance.
« La famille a donc évidemment décidé de se pourvoir en cassation », annoncent dans un communiqué Mes Patrick Klugman et Sacha Ghozlan, avocats des victimes.
Une plainte déposée après des soupçons d’empoisonnement
En janvier 2024, un couple de confession juive a porté plainte contre la nourrice de leurs trois enfants, la soupçonnant de les empoisonner sur fond d’antisémitisme. Lors de sa garde à vue, cette femme de nationalité algérienne avait admis avoir versé des produits de nettoyage dans des bouteilles d’alcool, disant agir en raison d’un conflit sur sa rémunération pour la garde des enfants de 2, 5 et 7 ans de cette famille de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine).
En décembre, lors de son procès en première instance, elle était cependant revenue sur ses aveux, déclarant avoir « inventé cette histoire » sous la pression des policiers qui l’interrogeaient.
Sa rétractation n’avait finalement pas convaincu le président du tribunal, qui avait rappelé à la nourrice qu’elle avait elle-même mentionné avoir ajouté de l’eau savonneuse dans une bouteille de whisky et de jus de raisin. Un démaquillant et un plat de pâtes avaient également été contaminés par des produits nettoyants, ont supposé les enquêteurs.
La prévenue avait écopé d’une peine de deux ans et demi de prison ferme, mais avait été relaxée de la circonstance aggravante de l’antisémitisme. Ce à quoi le parquet général a réagi en faisant appel de la décision.
Peine confirmée en appel
En appel, sa peine a finalement été confirmée… Tout comme la relaxe sur le volet de l’antisémitisme. Dans leur communiqué, les avocats des parties civiles rappellent que la prévenue avait pourtant prononcé, lors d’une perquisition, une phrase qu’ils estiment accablante: « Parce qu’ils ont de l’argent et le pouvoir, j’aurais jamais dû travailler pour une juive, elle n’a fait que m’apporter des problèmes », avait retranscrit un policier.
Selon les avocats, la cour d’appel de Versailles n’a cependant pas considéré que ces propos pouvaient être caractérisés d’antisémites.
« Cette décision rend impossible la répression judiciaire de l’antisémitisme (…), les justiciables risquent de perdre toute forme de confiance et de protection auprès de l’institution judiciaire », jugent Mes Patrick Klugman et Sacha Ghozlan, dans leur communiqué. « Une réponse structurelle doit être apportée le plus rapidement possible. »
Article original publié sur BFMTV.com




