- Ethan Hawke est l’invité d’honneur du 52ᵉ Festival du cinéma américain de Deauville.
- L’acteur est venu recevoir un prix pour l’ensemble de sa carrière et présenter son nouveau film, « Les Contrebandiers ».
- TF1info l’a interrogé sur son parcours, ses rencontres marquantes et l’Amérique des années Trump.
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Sa première fois à Deauville, en 1991, Ethan Hawke avait foulé le tapis rouge en compagnie de Jed, le chien-loup de Croc-Blanc
, une adaptation du classique de Jack London. Trente-cinq ans plus tard, le natif d’Austin, au Texas, était de retour en Normandie ce week-end pour recevoir un trophée pour l’ensemble de sa carrière des mains de Juliette Binoche, sa partenaire en 2019 dans La Vérité
de Kore-Eda Hirokazu, et présenter Les Contrebandiers
de Padraic McKinley, un survival percutant au temps de la Grande Dépression, dans lequel il donne la réplique à Russell Crowe, en salle en France le 16 septembre.
« C’est difficile de ne pas penser au jeune garçon que j’étais quand je suis arrivé ici »
, nous a confié l’acteur ce samedi, dans un salon cosy d’un palace de la station normande. « Je rêvais de faire carrière dans ce métier et si vous m’aviez dit que trente-cinq ans plus tard, Juliette Binoche allait me remettre un prix après avoir regardé un montage des quelque 70 ou 80 films que j’ai tournés, je crois que je serais halluciné. Pour être honnête, je suis un peu mélancolique, parce que le temps a passé. Mais je suis aussi impatient de savoir à quoi va ressembler la suite. »
En 1989, c’est un Ethan Hawke encore novice qui marquait l’histoire du cinéma en grimpant sur son pupitre dans Le Cercle des poètes disparus
, le chef-d’œuvre de Peter Weir où Robin Williams incarnait un prof de littérature aux méthodes peu orthodoxes. « Tout ce que racontait ce film a forgé ma vie »
, avoue-t-il. « Apprendre à écouter ma voix intérieure, faire retentir mon rugissement barbare sur les toits du monde comme dans le poème de Whitman… J’ai pris ça très au sérieux et, contrairement à d’autres jeunes acteurs qui découvrent la célébrité en solo, moi j’en ai fait l’expérience au sein d’un collectif. »
Avec une émotion palpable dans la voix, Ethan Hawke raconte avoir conservé des liens avec une poignée d’entre eux, et perdu de vue la plupart. « Le temps passe, on fonde une famille, on fait des enfants. Josh Charles et moi sommes toujours très proches, Robert Sean Leonard joue dans une pièce à New York en ce moment et je vais aller la voir quand je rentre aux États-Unis. »
Il est tout aussi ému lorsqu’on évoque le souvenir de Robin Williams, qui s’est donné la mort en 2014 à l’âge de 63 ans.
« Il était si doué et si brillant. Je me rappelle que sur le tournage, je ne voulais pas avoir l’air stupide lorsque je me retrouvais face à lui »
, avoue l’acteur. « Je ne réfléchissais pas trop à ce qu’il était en train de m’apprendre et ce n’est qu’au fil des années que j’ai réalisé ce qui faisait son génie unique : son incroyable spontanéité. C’est quelque chose que j’ai essayé de cultiver moi-même en vieillissant. Je crois même que je suis encore en train de digérer, de la même manière que j’ai été profondément marqué par des acteurs comme Denzel Washington, Sally Hawkins, Philip Seymour Hoffman et tant d’autres. »
Au fil des décennies, Ethan Hawke s’est forgé une filmographie aussi éclectique que passionnante. Il a touché à la SF avec Bienvenue à Gattaca
, au polar avec Training Day
, au thriller avec Lord of War
, au film d’horreur avec American Nightmare
et le récent Blackphone
… Sans parler de sa riche collaboration avec Richard Linklater, pas moins de huit films dont Boyhood
, Before Sunset
et Before Sunrise
avec Julie Delpy ou encore Blue Moon
qui lui a valu sa première nomination à l’Oscar du meilleur acteur au printemps dernier.
J’éprouve pour le président des États-Unis la même chose que les personnages dans Harry Potter à l’égard de Voldemort
J’éprouve pour le président des États-Unis la même chose que les personnages dans Harry Potter à l’égard de Voldemort
Ethan Hawke
Lui-même réalisateur de trois longs-métrages au charme indé, loin des grosses machines hollywoodiennes, Ethan Hawke regarde l’évolution de l’industrie avec un brin de fatalité. Tout en restant attaché à la même exigence de qualité. « Je ne pige pas grand-chose à toutes ces fusions de grands studios pour être honnête, ce n’est pas comme ça que mon cerveau fonctionne »
, avoue-t-il. « En revanche je sais ce que je veux dire : l’indépendance et comment l’argent des corporations a tendance à rendre les films stupides et à tirer le public vers le bas. »
« Chaque génération a ses défis à relever pour être en mesure de s’exprimer et faire entendre une voix originale »
, poursuit l’acteur. « Ça n’a jamais été simple, en vérité. Mais ce que je constate aujourd’hui, c’est que le streaming a tout changé. Quand j’étais gamin et que
La Balade sauvage de Terrence Malick était programmé à la séance de 19 heures, tout le monde devait s’y précipiter parce que c’était la seule occasion de le voir. Aujourd’hui, il est disponible à n’importe quelle heure sur une plateforme… et personne ne le regarde. »
Lors de son discours vendredi soir, Ethan Hawke a avoué qu’il n’était « pas toujours facile d’être un Américain de nos jours »
. Ce qu’il développe bien volontiers lorsqu’on le lance sur le sujet. « Ce que nous faisons à l’environnement est atroce. Tout comme ce que nous faisons en bombardant des gens ou en volant du pétrole au nom de notre pays. Quant à la manière dont nous détériorons notre relation avec le Canada… C’est à la fois comique et rageant. Je veux croire que certaines choses pourront être réparées, mais je n’en suis pas certain. »
Plus incisif encore, l’acteur ne prend pas de gants à l’évocation de Donald Trump.
« Normalement, lorsqu’une personne ment et triche, elle va en prison. Elle peut être pardonnée. Mais elle doit d’abord être punie. Or aujourd’hui, nous avons un président qui arnaque le pays »
, soupire-t-il. « Chaque jour, il devient exponentiellement plus riche. Voilà quelqu’un qui par exemple accepte de se faire offrir un avion à 100 millions de dollars par un pays étranger en échange de gros contrats… et ça passe ! Je vais vous avouer un truc. J’éprouve pour le président des États-Unis la même chose que les personnages dans Harry Potter à l’égard de Voldemort. J’ai peur de dire son nom, tellement je le trouve toxique. »

