vendredi, août 7

Près du bassin d’Arcachon, un centre de soins pour animaux sauvages accueille chevreuils, rapaces ou hérissons intoxiqués par les fumées du mégafeu, ou désorientés par la perte de leur habitat naturel qui s’ajoute à la sécheresse.

Dans une cage, une serviette de bain dissimule la tête d’un chevreuil âgé de quelques mois. « S’il ne nous voit pas, il pense qu’on ne le voit pas non plus, donc ça le calme », murmure Beatriz Pessoa, vétérinaire salariée.

L’animal est arrivé dans ce centre géré par la Ligue de protection des oiseaux (LPO) à Audenge, l’une des communes évacuées face à la menace du brasier, il y a quelques jours. L’équipe ne peut affirmer avec certitude qu’il est une victime directe de l’incendie.

La salariée amène l’animal dans une volière, où il sera pris en charge le temps nécessaire avant d’être relâché. En sortant de la cage, il tente de s’échapper en sautant aux quatre coins de l’enclos, puis fait des allers-retours le long du grillage.

« Il fait de la stéréotypie, des mouvements répétifs, il est stressé », explique Maëlis Vermorel, coordinatrice du centre de soins.

– « Double peine » –

La plupart des chevreuils recueillis depuis le gigantesque incendie sont morts de myopathie de capture, une maladie provoquée par le stress qui entraîne une nécrose des muscles.

Pendant que le brasier faisait rage, des animaux recueillis sont morts dans les 48 heures, « en dépit des soins apportés », relate Maëlis Vermorel. D’autres étaient dans un état si « catastrophique » que l’équipe a décidé d’abréger leurs souffrances à leur arrivée.

Parmi les 6.000 animaux que recueille le centre chaque année, beaucoup sont « des victimes de la canicule et de la sécheresse », souligne-t-elle. « L’incendie, c’était la double peine pour les animaux sauvages: les petits n’ont pas réussi à fuir et les gros étaient difficiles à attraper. »

La sécheresse extrême qui sévit actuellement dans la forêt des Landes de Gascogne a accéléré la propagation du feu. Le 24 juillet, le centre, lui-même menacé par les flammes, a été déplacé à Tonneins (Lot-et-Garonne), avant de rouvrir cette semaine.

– Privés de nourriture –

Dans une volière adjacente volent deux milans noirs, des rapaces au plumage brun et à la tête clairsemée de blanc, reconnaissables à leur queue légèrement échancrée. « Ils ont été recueillis très jeunes pendant la canicule et l’un d’eux est prêt à être relâché », se réjouit Beatriz Pessoa.

La vétérinaire enchaîne les soins: oiseaux, chauve-souris, crapauds… Soudain, un renard apporté par des particuliers prend place sur la table d’opération, où se trouvait quelques minutes plus tôt un hérisson à la patte blessée.

Il ne pèse que 1,4 kilogramme et son crâne a été perforé par une branche. « Il faut d’abord le stabiliser », explique-t-elle en posant une perfusion pour réhydrater l’animal. La gueule grande ouverte, il remue à peine et semble se laisser mourir.

« On ne saura jamais comment il s’est fait ça, il a pu être désorienté, s’être fait attaquer ou bien il s’est perdu sans pouvoir trouver de nourriture », déplore la coordinatrice du centre.

Environ 42.000 hectares ont été parcourus par le mégafeu: c’est autant d’habitats disparus pour les espèces sauvages, comme les oiseaux qui nichent dans les arbres.

« Nombre d’espèces ne pourront pas revenir dans les zones brûlées avant très longtemps. Le sinistre rend aussi plus difficile l’accès à la nourriture », souligne Maëlis Vermorel.

lcr/ppy/hj

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