samedi, juin 27

En RDC, le dernier rapport de situation de l’Institut national de santé publique fait état de 1 203 cas confirmés et 321 décès au 25 juin, dans trois provinces désormais touchées.

Le CDC a également évoqué le cas d’un soignant humanitaire contaminé sur le terrain et aujourd’hui isolé en France, sans transmission communautaire constatée à ce jour. L’agence américaine maintient que le risque pour les États-Unis reste faible.

Un signal interne, pas une alerte au public

Contrairement à ce que son nom pourrait suggérer, le passage au « niveau 1 » n’est pas une alerte sanitaire adressée à la population. C’est une procédure interne au CDC qui détermine le degré de mobilisation de l’agence elle-même.

Interrogé lors d’une téléconférence avec la presse internationale, le docteur Satish Pillai qui dirige la riposte Ebola du CDC, l’a décrit comme « un ordre de mobilisation maximale du personnel et des ressources », à l’échelle de l’ensemble de l’agence et non plus seulement de l’équipe, jusqu’ici dédiée à cette épidémie.

Interrogé sur le nombre de personnes que ce relèvement allait mobiliser, Dr Satish Pillai a indiqué que le chiffre exact « variera en fonction de l’évolution de l’épidémie », mais que l’agence aura désormais « accès au personnel de toute l’agence ». Selon lui, ce geste vise aussi, en interne, à montrer que la direction du CDC « prend la situation au sérieux ».

Une épidémie comparée aux plus grandes flambées historiques

Pour justifier ce relèvement, Satish Pillai s’est appuyé sur une modélisation récemment publiée par le CDC. Selon cette modélisation, des interventions de santé publique rapides et soutenues sont nécessaires pour éviter que l’épidémie actuelle ne dépasse, en ampleur, deux précédents majeurs : les grandes flambées ouest-africaines de 2014 à 2016, et l’épidémie qui a touché le Nord-Kivu, en RDC, entre 2018 et 2020.

Le CDC situe ainsi l’épidémie en cours au deuxième rang des plus importantes jamais enregistrées en RDC, et au troisième rang mondial.

L’agence précise que le nombre de cas devrait continuer à augmenter « pendant un certain temps. »

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Ce que montre le dernier rapport de situation de l’INSP

Le dernier rapport de situation du Centre d’opérations d’urgence de santé publique (COUSP-RDC) et de l’Institut National de Santé Publique (INSP) daté du 25 et publié le 26 juin, permet de mesurer plus précisément où en est l’épidémie sur le terrain.

Le taux de létalité global s’établit à 26,7 %. Trois provinces sont désormais touchées, l’Ituri, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, pour un total de 34 zones de santé affectées sur les 104 que compte ce territoire.

L’Ituri concentre l’essentiel de l’épidémie, avec 91,1 % des cas et 81,9 % des décès. Trois zones de santé y rassemblent l’essentiel des malades, à savoir Bunia (323 cas), Rwampara (258 cas) et Mongbwalu (250 cas). Mais la sévérité y varie fortement.

La létalité atteint 19,8 % à Bunia et 16,7 % à Rwampara, contre 43,6 % à Mongbwalu, soit 109 décès pour 250 cas. Le rapport relie cet écart à des difficultés persistantes dans la prise en charge précoce et l’accès aux soins, et non à une différence de souche virale.

Le Nord-Kivu, avec 104 cas et 57 décès, affiche la situation la plus préoccupante en termes de gravité : une létalité de 54,8 %, portée notamment par les zones de santé de Katwa (62,9 %), Beni (59,1 %) et Oicha (66,7 %).

Le Sud-Kivu, à l’inverse, n’a enregistré aucun cas confirmé depuis le 26 mai, ce qui suggère, selon le rapport, une absence de transmission récente dans cette province.

L’épidémie, due au virus Ebola-Bundibugyo, a été déclarée officiellement le 15 mai par le ministre de la Santé publique. Son point de départ se situe dans la zone de santé de Mongbwalu, dans le territoire de Djugu, à 70 kilomètres de Bunia, une zone marquée par la présence de groupes armés, des mouvements fréquents de population vers l’Ouganda et de nombreux chantiers miniers artisanaux.

Les trois provinces touchées comptent une population totale estimée à près de 15 millions d’habitants.

Parmi les difficultés que le rapport identifie lui-même figurent une capacité d’accueil proche de la saturation dans les centres de traitement d’Ituri (89,8 % d’occupation), un suivi des contacts inférieur à l’objectif fixé (82,8 % contre une cible de 95 %), un retard d’analyse au laboratoire du Nord-Kivu, 78 cas de contamination chez le personnel soignant dont 18 décès et un déficit de financement chiffré à 20 millions de dollars.

Le rapport signale aussi que 17 cas confirmés restent en attente de rattachement à une zone de santé précise.

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Les alertes déjà en vigueur avant ce relèvement

Le geste du CDC américain ne crée pas une alerte inédite, mais s’ajoute plutôt à des dispositifs déjà actifs. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) avait déclaré, à la mi-mai, une urgence de santé publique de portée internationale.

Africa CDC avait, de son côté, activé sa propre urgence de sécurité sanitaire continentale.

Le relèvement américain est une mesure de mobilisation interne à l’agence des États-Unis qui ne remplace ni ne modifie ces classifications antérieures.

Le cas importé en France

Lors du même point presse, Dr Satish Pillai est revenu sur le cas, largement médiatisé, d’un soignant humanitaire contaminé en RDC et aujourd’hui pris en charge en France. Selon les autorités françaises, citées par le CDC, cette personne a signalé ses symptômes dès son arrivée sur le territoire et a été immédiatement placée en isolement. Les enquêtes de santé publique et le traçage des contacts ont été lancés sans délai.

Le CDC précise par ailleurs qu’aucune indication de transmission communautaire n’est, à ce stade, associée à ce cas et qu’aucune exposition de citoyens américains n’a été signalée. L’agence maintient son évaluation, à savoir que le risque pour les États-Unis demeure faible.

La préparation américaine et les moyens engagés

Le docteur Kevin Chatham-Stephens, directeur adjoint de la gestion des incidents pour la préparation aux situations d’urgence aux États-Unis, a rappelé que le CDC et les services de santé étatiques et locaux ont déjà géré des cas de fièvre hémorragique virale, dont un cas de fièvre de Lassa, en 2024, et se sont préparés à d’éventuels cas d’Ebola lors de l’épidémie survenue en RDC l’année précédente.

Le CDC a notamment mis à jour ses recommandations pour les voyageurs en provenance des zones touchées et mis en place une consultation clinique disponible 24 heures sur 24 pour les médecins confrontés à un cas suspect.

Sur le plan financier, interrogé sur les fonds supplémentaires demandés par la Maison Blanche, Dr Satish Pillai a renvoyé vers le Bureau de la gestion et du budget pour le détail, tout en confirmant que le CDC a obtenu plus de 100 millions de dollars issus du fonds de préparation à la réponse rapide aux maladies infectieuses, destinés à couvrir l’ensemble des volets de la riposte : surveillance, tests de laboratoire, prévention des infections et opérations sanitaires aux frontières.

Sur le personnel déployé, Dr Satish Pillai a donné, en réponse à des questions distinctes, plusieurs chiffres qui ne peuvent être additionnées mécaniquement. À l’une des questions, il a mentionné une centaine de personnes au total au niveau national et international, dont 24 en permanence en RDC et près de 100 en Ouganda.

Puis, à une autre question, il a indiqué que 19 personnes ont été déployées à l’étranger et 25 épidémiologistes de terrain formés par le CDC sont actuellement actifs dans des régions de RDC où le personnel gouvernemental américain ne peut se rendre.

Il a aussi rappelé que le CDC a formé, au cours de 20 ans de présence continue dans le pays, près de 1 000 épidémiologistes de terrain congolais.

Deux questions restées en suspens

Interrogé sur le projet d’établissement de traitement au Kenya dont la construction a été temporairement suspendue par la justice et pour lequel le ministre kényan de la Santé a été reconnu coupable d’outrage au tribunal, Dr Satish Pillai a renvoyé la question au département d’État américain, sans autre précision.

Sur l’annonce, le même jour, de l’envoi américain d’anticorps monoclonaux et de tests de diagnostic en vue d’un déploiement potentiel, Dr Satish Pillai a indiqué que le CDC travaille avec l’Administration pour la préparation et la réponse stratégiques (ASPR) et l’Autorité pour la recherche et le développement biomédical avancés (BARDA) pour soutenir leur développement et leur évaluation, et a renvoyé vers la BARDA, pour le détail concernant les traitements.

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