Un terrain toujours aussi glissant. Jean-Luc Mélenchon et ses cadres montrent de nouveau certaines limites de leur vision géopolitique. Plusieurs événements internationaux survenus ces derniers jours ont en tout cas fait bugger le logiciel du leader insoumis, candidat pour la quatrième fois à l’élection présidentielle, et de son mouvement.
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Dernier épisode en date : l’accord sur la sécurité conclu entre les États-Unis, le Groenland et le Danemark, annoncé dans la nuit du vendredi 18 au samedi 19 septembre, en France. Une signature qui vaut « annexion » de l’île arctique par Donald Trump, à en croire le chef de file de la France insoumise, l’un des rares aspirants présidents à avoir réagi sur les réseaux sociaux. Dans un message offensif, il s’en prend notamment à Copenhague, dont « les élites dévorées par l’atlantisme » ont « signé sans la moindre résistance », et à l’Europe, qui « va encore bavarder ».
L’occasion était semble-t-il trop belle pour vanter les mérites de la doctrine insoumise, celle qui veut une France « non-alignée » sur les impérialistes de tous poils, et surtout indépendante des États-Unis. « Quitter l’Otan et construire un bloc du non-alignement est une urgence », martèle Jean-Luc Mélenchon dans son message, comme une réponse à l’accord, prédateur selon lui, tout récemment conclu au Groenland. Problème, tous les spécialistes de la région font une analyse différente.
Tout faux sur le Groenland
Loin de représenter une « annexion », le texte « au contraire, renforce juridiquement les lignes rouges groenlandaises et danoises sur leur souveraineté », décrypte par exemple Olivier Schmitt, directeur de recherche à l’Institut des opérations militaires du Collège royal danois de défense. Il « réaffirme » par ailleurs « un accord militaire dont les États-Unis bénéficiaient déjà depuis des décennies », écrit-il sur les réseaux sociaux, en répondant directement au « n’importe quoi » de Jean-Luc Mélenchon.
Concrètement, le texte, qui permet aux États-Unis de renforcer leur présence militaire sur place, semble en réalité entériner un vieil état de fait. Nombre d’observateurs rappellent en effet que Washington pouvait déjà décupler sa présence sur l’île, à condition d’en informer préalablement le Danemark et le Groenland, en vertu d’un accord de défense conclu en 1951 et actualisé en 2004. Pendant la guerre froide, les États-Unis y ont déployé jusqu’à 25 000 militaires et disposé de 17 bases.
« Le Danemark n’a pas cédé sur sa souveraineté, les États-Unis ne gagnent rien qu’ils n’avaient déjà », résume Muriel Domenach, l’ancienne ambassadrice de France auprès de l’Otan, elle aussi sur les réseaux sociaux, en louant « la réaction collective et inhabituellement ferme des Européens, à l’initiative de la France, qui a permis au Danemark de tenir bon ». Loin, en somme, du narratif triomphal de Donald Trump, battu en brèche de part et d’autre de l’Atlantique.
Réflexes hâtifs
De là à dire que Jean-Luc Mélenchon s’est fait berner par la rhétorique du président américain, ou qu’il s’est livré à une analyse un brin hâtive, influencé par un antiaméricanisme profond, et une défiance tenace à l’égard de l’Union européenne, il n’y a qu’un pas. Qu’un autre événement récent peut permettre de franchir. Car avant l’épisode du Groenland, ce samedi 19 septembre, il y a eu celui du Canada, deux jours plus tôt.
Sur ce cas précis, ce sont les atermoiements entre Jean-Luc Mélenchon et la cheffe de file des Insoumis au Parlement européen Manon Aubry qui ont mis en lumière les limites d’une théorie qu’ils sont tentés de plaquer sur chaque réalité et actualité internationale. Ainsi, l’eurodéputée a dit beaucoup de mal du rapprochement amorcé entre l’Union européenne et le Canada, jeudi, alors que le Premier ministre Mark Carney venait d’accepter la proposition faite à son pays de devenir à terme un « membre associé » de l’UE.
Sur les réseaux sociaux, elle s’est inquiétée de l’avènement possible d’un accord de libre-échange « XXL qui va toujours plus détruire notre agriculture ». Dans l’hémicycle strasbourgeois, elle a fustigé le manque de légitimité de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen pour décider une telle entente. Un discours radicalement différent de celui adopté par Jean-Luc Mélenchon, lequel a appelé, quelques heures plus tard, à « saisir » la « main tendue » du Canada et de « nos cousins québécois ». « Un troisième ensemble est le point de départ possible d’un non-alignement efficace et influent », a-t-il écrit sur les réseaux sociaux, sans citer toutefois les instances européennes, à la manœuvre dans cette affaire. Non-aligné, mais contorsionné.
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