- Fondée par Elon Musk, l’entreprise Starlink poursuit son développement et compte désormais plus de 10.000 satellites en orbite autour de la Terre.
- Une croissance qui pose la question d’une possible « saturation » de l’espace par ces objets spatiaux.
- TF1info a interrogé un expert du Cnes pour mieux cerner les enjeux et les risques liés à la multiplication des satellites.
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L’info passée au crible des Vérificateurs
Spécialisée dans la surveillance de l’espace, la start-up française Look Up a fait savoir il y a quelques jours que la constellation Starlink avait franchi le seuil symbolique de 10.000 satellites. Avec son développement accéléré, la firme fondée par Elon Musk a réussi à creuser un écart significatif avec ses concurrents européens et chinois, qui n’en comptent que quelques centaines au maximum.
Placés en orbite à des distances de la Terre qui oscillent (nouvelle fenêtre) entre 160 et 36.000 kilomètres, les satellites sont devenus essentiels dans notre vie quotidienne. Que ce soit pour les télécommunications (Internet, télévision), pour nous géolocaliser ou pour bénéficier de prédictions météo fiables, ils sont omniprésents. Faut-il pour autant s’inquiéter de leur multiplication ? L’espace ne risque-t-il pas de devenir saturé à force d’accueillir de nouveaux objets spatiaux ? Pour le savoir, TF1info s’est rapproché du Cnes, le Centre national d’études spatiales.
Les collisions restent rarissimes
Sous-directeur en charge de la surveillance de l’espace au sein de cette institution basée à Toulouse, Laurent Francillout estime qu’il est plutôt « légitime de se poser la question d’une saturation »
. Ce qui revient à se pencher sur « la relation entre le nombre de satellites que l’on place en orbite et notre capacité à les coordonner »
. Dans l’absolu, « si l’on raisonne seulement en nombre d’objets »
, leur quantité est relativement « négligeable »
, poursuit-il. Lorsque l’on compare au nombre d’habitants sur Terre, les échelles n’ont – c’est vrai – rien à voir : « 40.000 à 50.000 objets affichent une taille supérieure à celle d’un smartphone, les plus grands ayant les dimensions d’un bus ».
La quantité ne fait pas tout, rappelle toutefois le spécialiste du Cnes. Il faut en effet « garder à l’esprit que ces objets se déplacent très vite et donc se croisent »
. Ceux qui se trouvent « en orbite basse effectuent en une seule journée jusqu’à 15 fois le tour de la Terre »
. Élément rassurant : le nombre actuel de satellites ne fait pas craindre une collision lors d’un décollage de fusée, note Laurent Francillout, d’autant que les agences spatiales « sont attentives aux possibles conjonctions avec d’autres systèmes lors des phases de lancement, en particulier vers les stations habitées »
. En revanche, en ce qui concerne l’envoi en orbite de nouveaux satellites, « des systèmes de coordination »
se révèlent indispensables pour prévenir les éventuelles collisions tout au long de la vie du satellite. Le partenariat EU SST (nouvelle fenêtre), instauré à l’échelle européenne à partir du printemps 2014, en est un bon exemple.
Un tournant a eu lieu en 2009, se remémore l’expert, lorsqu’une collision marquante a eu lieu entre le satellite Iridium-33 et une épave de satellite russe. Elle avait engendré la création de près de 1.500 débris spatiaux de plus de 10 centimètres et une véritable « prise de conscience »
. Par la suite, « le Cnes a mis en place un système anticollision nommé
CAESAR
(nouvelle fenêtre)«
, pour ses propres satellites ainsi que ceux du ministère des Armées). Il a été mis à disposition de ses partenaires de l’UE dès 2014, afin de protéger l’ensemble de la flotte européenne. Pour cela, il a fallu constituer un « catalogue national des objets spatiaux »
, visant autant à recenser ces objets qu’à prédire leurs trajectoires. Le Cnes s’est chargé de cette mission en France, « mais il n’existe pas encore de base de données uniforme et mondiale »
, bien que des tentatives de coordination entre pays soient observées.
Des débris spatiaux sous haute surveillance
S’interroger sur une possible saturation de l’espace à l’avenir oblige également à se pencher sur la gestion des débris spatiaux, auxquels viennent notamment s’ajouter les satellites en fin de vie. « On sait conduire des opérations spatiales avec les débris présents en orbite autour de la Terre »
, assure Laurent Francillout, mais « il faudrait enlever tous les ans cinq à dix ans de grosses épaves qui se trouvent sur des orbites à forte densité, afin de ne pas accroître leur nombre »
. Des « opérations que l’on saurait mener, mais qui restent très coûteuses »
, concernant en particulier des satellites ou étages de lanceurs anciens, pour l’essentiel américains et soviétiques.
Aujourd’hui, des directives suivies à l’échelle internationale prévoient « des mesures de fin de vie »
. En pratique, quand un satellite en orbite basse a achevé son cycle d’utilisation, « il doit descendre sur une orbite cimetière, en-dessous de 600 kilomètres d’altitude ».
Il s’agit de faire en sorte qu’à un horizon de vingt-cinq ans, « il finisse par être détruit en rentrant dans l’atmosphère ».
En marge de la problématique des débris spatiaux, le développement croissant de Starlink et de ses concurrents constitue enfin un motif d’inquiétude (nouvelle fenêtre) pour les astronomes, glisse le spécialiste du Cnes. Ils doivent composer avec « une pollution lumineuse et électromagnétique »
qui vient compliquer leurs observations. L’UE et les Nations unies s’intéressent de près à ces questions, mais il s’agit d’un « sujet qui est difficile, car les satellites sont déjà là, opérationnels »
. Des mesures ont déjà été prises pour tenter d’assombrir ces objets spatiaux en orbite, mais « le développement de nouvelles constellations »
pourrait compliquer les travaux des scientifiques.
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