Une première depuis 2008. Ce samedi 9 mai, aucun matériel militaire ne défilera lors de la traditionnelle parade militaire prévue sur la Place Rouge de Moscou, à l’occasion de la commémoration de la victoire de l’Union soviétique sur l’Allemagne nazie en 1945.
Officiellement, le Kremlin justifie cette décision par « la situation opérationnelle actuelle » en Ukraine. Officieusement, le pouvoir craint une attaque aérienne lancée par l’armée de Volodymyr Zelensky, quelques jours seulement après une frappe de drone sur un immeuble résidentiel de la capitale moscovite.
L’an dernier, pour les 80 ans de la capitulation allemande, Vladimir Poutine s’était affiché aux côtés de plusieurs dirigeants étrangers, reçus en grande pompe, parmi lesquels son homologue chinois, l’ancien président vénézuélien Nicolas Maduro ou encore le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi. Rien de tout cela annoncé cette année.
« Désormais, les missiles ukrainiens peuvent atteindre Moscou, ce qui rend le défilé dangereux », note auprès de BFM Galia Ackerman, spécialiste du monde russe et soviétique.
Vladimir Poutine inquiet pour sa sécurité
Selon un rapport d’un service de renseignement européen, auquel CNN et le Financial Times ont eu accès, Vladimir Poutine, craignant pour sa vie, aurait considérablement renforcé sa sécurité. Le chef du Kremlin redouterait même un coup d’État.
« D’après certains médias, Vladimir Poutine est totalement paniqué. Ce qui est diffusé à la télévision russe est préenregistré et il passe la plupart de son temps dans des bunkers », confirme Galia Ackerman.
C’est dans ce contexte que les autorités russes ont décidé de réduire au maximum le défilé du 9-Mai, symbole de la puissance militaire russe, « qui a toujours servi à montrer les nouvelles techniques militaires » du pays de 140 millions d’habitants.
Car cette année, seules « des colonnes de troupes à pied » défileront sur la célèbre Place Rouge de Moscou. « La parade aérienne est annulée et la présence du public est limitée », précise la spécialiste du Kremlin. « Les autorités russes ont compris que la guerre est arrivée jusque chez elles, alors elles réagissent ».
Depuis le début de ce conflit, l’Ukraine a développé une industrie militaire robuste. « Les Ukrainiens ont révolutionné la guerre avec le développement des drones. Ils ont une expertise unique dans la guerre de l’avenir », reconnaît Galia Ackerman. D’ailleurs, Volodymyr Zelensky a signé de nombreux accords de défense avec plusieurs pays du Golfe, corroborant le savoir-faire ukrainien dans le développement de drones.
« Cela ne servirait à rien, sauf à provoquer une riposte rigoureuse »
Habitué à ne pas respecter les trêves, Vladimir Poutine redoute que son adversaire ne fasse de même, alors que le Kremlin a décrété un cessez-le-feu unilatéral ces 8 et 9 mai, menaçant de lancer une violente offensive sur Kiev en cas de violation de cette courte trêve. La Russie a par ailleurs appelé les habitants de Kiev à quitter la ville, en raison de « l’inévitabilité de frappes de représailles » si l’Ukraine venait à perturber samedi la fête de la victoire.
Mais Galia Ackerman imagine mal l’Ukraine bombarder le défilé moscovite. « Cela ne servirait à rien, sauf à provoquer une riposte rigoureuse de l’armée russe, qui a promis de détruire le centre de Kiev en représailles », dit-elle.
En revanche, les soldats de Volodymyr Zelensky ont conscience qu’un moment opportun se présente pour contre-attaquer. Ce week-end, « les Russes vont mettre beaucoup de moyens pour protéger Moscou », avance encore l’historienne, laissant ainsi d’autres points hautement stratégiques à découvert, à l’image de certaines installations pétrolières ou usines d’armement.
Une guerre qui dure et une confiance qui dégringole
Si la cote de confiance de Vladimir Poutine est montée en flèche dès le début de la guerre en Ukraine pour stagner autour des 80%, la popularité du chef du Kremlin a chuté à 71% en avril dernier révèle le Centre panrusse de recherche sur l’opinion publique, soit le taux le plus bas depuis le début de l’agression lancée contre son voisin en février 2022.
Le dirigeant de 73 ans « est beaucoup fragilisé », assure la spécialiste du monde russe et soviétique. « Il n’y a pas de victoire en vue sur le front ukrainien et il y a des morts et des blessés tous les jours en Russie », affirme-t-elle. La hausse des prix et de la TVA, les coupures d’Internet et la fermeture des réseaux sociaux occidentaux n’aident pas à renforcer la popularité de Vladimir Poutine.
« La population souffre car cela perturbe toute la vie pratique », explique Galia Ackerman.
Si certains patriotes mécontents de la situation commencent à rejoindre la frange anti-Poutine, le chef du Kremlin « est un dictateur avisé, qui contrôle bien sa propre sécurité en se débarrassant de ceux qui représentent un danger pour lui », poursuit la spécialiste.
Car le président de la Fédération de Russie est toujours craint par ses compatriotes, dont certains sont emprisonnés pour s’être opposés à sa politique. « Les restrictions pesant sur les droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique se sont renforcées, de même que la censure d’Internet », écrivait Amnesty International dans son rapport de 2025.
De fait, même si le mécontentement de la population s’accroît, « il ne provoquera pas la chute de Vladimir Poutine », pense Galia Ackerman, qui, en imaginant que la contestation grandisse, « ne s’attend pas à des émeutes ou à des manifestations » dans le pays.
Mais « théoriquement, tôt ou tard, un coup d’État pourrait avoir lieu, bien que difficile car tout est verrouillé », ajoute-t-elle.
« Si Poutine tombe, beaucoup de personnes vont tomber avec lui. C’est un régime qui tient sur la force, la corruption et l’argent. Mais sa garde personnelle lui est fidèle », conclut Galia Ackerman.
Article original publié sur BFMTV.com











