« Je l’ai attrapée pour qu’elle cesse de crier. » Ce mercredi 6 juillet, Lakhdar M. a longuement livré sa version des faits devant la cour d’assises de Paris, au troisième jour de son procès pour le meurtre, puis le démembrement, de son épouse, Assia B.
Lors de sa garde à vue, en février 2023, lorsqu’il reconnaît avoir tué son épouse en l’étranglant, il évoque une dispute liée aux difficultés financières du couple. Trois ans plus tard, sa version n’a pas changé. Le 30 janvier 2023, jour des faits, alors qu’il est assis sur le canapé, il dit avoir remarqué un petit sac noir posé près de ses pieds.
Selon lui, Assia B. fait alors « un geste brusque » pour tenter de pousser le sac. « J’ai vu qu’elle voulait cacher quelque chose. Je lui ai demandé ce qu’il y avait et j’ai pris le sac », assure-t-il, précisant lui avoir toujours accordé une « confiance totale » jusque-là. Il affirme y avoir découvert une enveloppe contenant de l’argent. « Elle s’est levée et elle a commencé à crier, elle criait beaucoup. Je l’ai attrapée pour qu’elle arrête. »
« Elle a crié plusieurs fois »
Lakhdar M. explique avoir fait une clé de bras à son épouse. En voulant éviter la télévision, son mouvement les fait tomber ensemble sur le canapé. « Elle a crié plusieurs fois. Je lui ai dit d’arrêter et j’ai posé l’autre main sur sa bouche », poursuit-il.
Le président lui fait alors remarquer qu’il était quasiment allongé sur elle. À l’époque, Lakhdar M. pèse 90 kg pour 1,92 m. Assia B., elle, mesure 1,55 m pour une cinquantaine de kilos. « C’est une position qui ne lui laisse aucun échappatoire », relève le président.
L’accusé explique avoir senti que son épouse ne bougeait plus. Il la relâche, mais ne cherche pas à la réanimer. « J’étais dans un autre monde », dit-il. « Je suis parti plusieurs fois dans la cuisine. J’ai essayé de la bouger, je disais: ‘Assia, réveille-toi' », ajoute Lakhdar M., gagné par l’émotion.
Il ne prévient pourtant pas les secours. « J’ai eu l’idée de les appeler, mais j’étais bloqué par les enfants qui étaient à l’école », dit-il, affirmant s’être demandé ce qu’il allait pouvoir leur dire. « Sur le moment, je n’ai pensé qu’aux enfants » qui allaient rentrer de l’école, ajoute Lakhdar M. Il installe le corps de son épouse sur le canapé avant de le recouvrir d’une couette, et il dira à ses enfants que leur mère est malade.
À la nuit tombée, il dissimule le corps de son épouse dans une pièce, sans porte, attenante au salon afin, selon lui, d’éviter que les enfants ne le découvrent et de les protéger. Le corps y reste plusieurs jours avant qu’il ne le démembre et ne dissimule les différentes parties aux Buttes-Chaumont puis à Bobigny. « On ne peut pas vous laisser dire que ce qui a été commis avait pour but de protéger les enfants », réagit Me Manuela Lalot, l’avocate de ces derniers.
« Couverte de bleus »
« Pourquoi, après les faits, n’allez-vous pas récupérer vos enfants à l’école pour les déposer chez votre oncle? », demande Me Pauline Rongier, avocate de la famille d’Assia B. « Je vais vous donner mon avis: si vous aviez fait ça, ça aurait contrarié vos habitudes, ça vous aurait accusé. Vous n’avez pas fait ça pour vos enfants, mais pour ne pas changer votre emploi du temps. »
Elle l’interroge sur les ecchymoses découverts sur le corps d’Assia B. et qu’elle liste à haute voix. « Elle est couverte de bleus. Comment sont-ils arrivés sur son corps? » L’accusé ne livre aucune explication. « Je n’en ai pas. Je ne l’ai pas frappé. Je n’ai pas violenté ma femme, j’ai admis le pire. Je n’ai jamais levé la main sur elle. »
Une autre avocate de la partie civile l’interpelle sur ses propos tenus plus tôt dans la journée. « Vous dites que vous étiez dans un monde parallèle après le meurtre. Ça demande quand même un sang-froid de cacher le corps de votre femme, la mère de vos enfants, dans une pièce à côté du salon », lance-t-elle. « En garde à vue, vous dites que vous avez l’idée d’aller chez Casto (où il achète des accessoires avant de démembrer son épouse dans la cuisine de l’appartement, Ndlr). Je vous trouve méthodique pour quelqu’un qui vit dans un monde parallèle. »
Si Lakhdar M. a toujours reconnu avoir tué son épouse, il nie fermement avoir eu l’intention de la tuer. Pour l’avocate générale et les parties civiles, il y a eu intention: Assia B. voulait partir le jour de sa mort.
« Quand une femme veut quitter son appartement, qu’est-ce qu’elle prend en premier lieu, Monsieur? », demande Me Manuela Lalot, l’avocate des enfants. « Son sac », répond l’accusé. « Elle prend son sac », conclut-elle. Lakhdar M., lui, lance un regard à son avocate.
Article original publié sur BFMTV.com











