jeudi, juin 25

Une photo d’archive de Marie-Thérèse Garcia dans les années 90. – Crédit: DR

Le Dr Jean-Georges Anagnostides se souvient encore « très bien » de son après-midi du 28 juin 1995. Ce jour-là, la Section de recherches de Rouen demande au médecin légiste d’intervenir alors qu’une malle dérivant sur la Seine, dans l’Eure, vient d’être repêchée. « Il faisait très beau, le ciel était très bleu. Sur la berge, un gendarme a brisé le cadenas qui entravait cette cantine. Elle avait des trous qui avaient été faits de manière artisanale sur chacune de ses faces et le gendarme s’est aperçu qu’il y avait un corps. »

Les photos qui sont projetées à la cour d’assises des Yvelines, ce mercredi 24 juin, au procès du meurtre de Corinne Di Dio en 1995, donnent une idée de l’effroi des gendarmes en ouvrant la malle, trente-et-un ans plus tôt: deux cuisses repliées sur le torse, deux bras placés sur les côtés, et l’absence criante de tête et de mains. Alors que les clichés défilent et que la famille de la victime a quitté la salle, Marie-Thérèse Garcia, co-accusée de ce procès, garde la tête baissée.

Le médecin légiste, lui, poursuit son exposé à la barre. « L’état du corps était assez dégradé. (…) Un sac poubelle tapissait la cantine et le corps reposait sur ce sac », décrit-il. À première vue, sur la berge, le Dr Jean-Georges Anagnostides décompte 11 lésions sur le corps. Le lendemain, en réexaminant le corps dans de meilleures conditions, il dénombre 16 coups de couteau.

Les enquêteurs mettront deux ans à identifier formellement la victime: il s’agit de Corinne Di Dio, une commerciale de 37 ans, qui s’est volatilisée dans la nuit du 19 au 20 juin 1995, neuf jours avant la découverte de son corps. Trente-et-un ans plus tard, son ex-belle-soeur est jugée à Versailles, soupçonnée d’avoir eu un rôle dans ce meurtre sordide. Désormais âgée de 79 ans, elle clame depuis toujours son innocence dans le dossier.

L’ex-compagnon de Corinne Di Dio, Antonio Marquez-Gomez, est lui aussi accusé mais est absent de l’audience. Visé par un mandat d’arrêt, les autorités le soupçonnent de se trouver en Colombie.

« Elle n’a pas dû crier beaucoup »

Selon le légiste, un couteau d’au moins 12 centimètres de long aurait été utilisé concernant les plaies retrouvées sur le corps de la trentenaire, et la main qui a donné les coups est, selon toute vraisemblance, celle d’un droitier. S’appuyant notamment sur le peu de blessures de défense, l’expert en vient rapidement à poser un diagnostic: « La mort a dû être rapide » et Corinne Di Dio a dû être prise par surprise.

« Lorsque vous avez des coups rapides en série dans la région thoracique, le décès se fait très rapidement. La victime s’effondre et ça peut expliquer cette lésion sur son bras gauche », indique-t-il avant d’ajouter: « Il est évident qu’au cours de cette phase de rixe, soit la victime connaissait son agresseur, soit elle a été surprise. Mais elle n’a pratiquement pas eu le temps de se défendre: on note simplement deux lésions de défense. »

Me Najwa El Haïté, l’une des avocats de Marie-Thérèse Garcia, prend la parole: « Corinne Di Dio a-t-elle eu le temps de crier à partir du moment où elle a reçu le premier coup? » Réponse: « Elle a certainement eu le temps de crier. Mais elle n’a pas dû crier beaucoup parce que ça a été très très vite. Le fait que la rixe ait été particulièrement rapide, vu la distribution des coups et les causes de la mort, normalement, elle n’a pas dû avoir l’occasion de beaucoup s’exprimer. »

Tuée par un professionnel?

Quant à établir un profil plus précis de l’agresseur, difficile de se prononcer, explique encore le légiste en répondant à la question d’une jurée sur la force nécessaire pour asséner de tels coups de couteau. « Il n’y a pas besoin d’être très fort physiquement pour porter des coups violents. Quand vous êtes dans le feu de l’action, les coups vont être de plus en plus forts. Je ne crois pas que ce soit une question de force physique, mais de violence et de détermination », nuance le Dr Jean-Georges Anagnostides.

Peut-être faut-il chercher la réponse dans la manière dont Corinne Di Dio a été dépecée, après sa mort, suggère l’un des assesseurs aux côtés des jurés: « Est-ce que ça vous a semblé fait par un professionnel, ou par Monsieur ou Madame tout-le-monde? », interroge-t-il.

« Moi, j’ai plutôt pensé à quelqu’un qui savait faire ça. (…) Ça nécessite une technique. Je m’étais posé la question: qui pouvait faire ça, si ce n’est quelqu’un qui en a l’habitude? », déclare prudemment le légiste, qui imagine que les sections, très nettes, ont pu être réalisées avec un instrument électrique de type « scie à plâtre ».

A son tour, la présidente demande ce que le légiste pense de l’absence de mains et de tête dans la malle métallique. « Ce sont des techniques ‘classiques’ pour retarder l’identification par les enquêteurs », tranche l’expert.

« La médecine légale n’est pas une science exacte »

Une fois dépecé, le corps de Corinne Di Dio a donc été entreposé dans la cantine métallique, elle-même fermée par un cadenas, trouée sur les côtés sûrement afin qu’elle puisse couler, et jetée dans la Seine. Reste à déterminer à quel moment exactement tout cela s’est déroulé, et combien de temps la malle est restée dans l’eau.

« La médecine légale n’est pas une science exacte. On n’est jamais sûrs à 100% mais ce corps me paraissait avoir été dépecé rapidement et avoir été rapidement immergé dans l’eau, pendant un temps qui ne me paraissait pas très long », explique le Dr Jean-Georges Anagnostides. Il est bientôt conforté par son confrère, le Dr Jean-François Michard, amené à réexaminer le corps en 2023, justement pour déterminer ce délai d’immersion.

D’après ce dernier, le corps de la commerciale de 37 ans est resté immergé pendant « au moins trois jours ». « L’altération du corps dans l’eau fait qu’on peut réduire cette intervalle » et affirmer que la malle a été lancée dans la Seine « entre le 19 juin et le 25 juin 1995 ».

Autre inconnue du dossier: encore aujourd’hui, nul ne sait à quel endroit Corinne Di Dio a été tuée. Ce mercredi après-midi, les trois avocats de Marie-Thérèse Garcia se sont empressés de le rappeler: le sang de la victime n’a jamais été découvert au domicile de leur cliente. Coupable ou pas coupable? La cour devra trancher à ce sujet le 3 juillet prochain.

Article original publié sur BFMTV.com

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