- Rongeurs, oiseaux, chiens… De nombreux animaux participent à des protocoles de recherche.
- Lorsqu’ils se terminent, les laboratoires doivent se résoudre à les euthanasier.
- Une pratique contre laquelle lutte Marie-Françoise Lheureux, fondatrice de l’association Graal.
Lutter contre la tauromachie, la maltraitance animale, favoriser le bien-être dans les abattoirs, se battre contre la présence d’animaux dans les fêtes foraines… Marie-Françoise Lheureux se bat au nom des animaux depuis plus de trente ans. En 1997, elle fonde Graal (nouvelle fenêtre)(Groupement de Réflexion et d’Action pour l’Animal). Sept ans plus tard, elle tombe sur une coupure de presse intitulée : « Des chercheurs traitent leurs animaux de laboratoire comme des enfants. » « Nous avons voulu les prendre au mot et nous les avons contactés »,
raconte la bénévole à TF1info. Après plusieurs mois sans réponse, l’association est contactée par un chercheur de l’école vétérinaire Oniris VetAgroBio de Nantes : « Il nous invite et je leur raconte nos projets. Je leur propose de mettre à la retraite leurs animaux qui participent à des expériences sur la thérapie génique. Le
vétérinaire
(nouvelle fenêtre)me rappelle dans les quinze jours et décide de nous faire confiance. »
Le 23 décembre 2004, l’association engage la première sortie animale : une petite chienne de la race schnauzer se retrouve libre. Dans la communauté scientifique, le bouche-à-oreille se propage peu à peu. « Nous avons inventé la retraite de ces animaux et rendu opérationnelle notre démarche »
, décrit Marie-Françoise Lheureux. Premier défi, se construire un réseau. « Nous avons démarché les laboratoires en les appelant au téléphone. Nous devions faire nos preuves et ça n’a pas été simple. Cette culture de la deuxième vie n’existait pas. Les chercheurs nous répondaient qu’il ne fallait pas confier les animaux à n’importe qui et dans n’importe quelles conditions. Ils nous demandaient de faire la preuve de notre concept. Il fallait changer les mentalités. »
Progressivement, les laboratoires se laissent convaincre.
Il faut dire que les conditions imposées par l’association restent strictes : « Nous accueillons tous les animaux, mais il leur faut un certificat vétérinaire de bonne santé pour qu’ils soient en mesure de profiter de leur seconde vie »
, affirme la présidente de l’association. Elle ajoute se prémunir des mauvaises surprises avec d’autres éléments indispensables : « Le laboratoire signe également un certificat de bonne sortie et une fiche retraçant le poids, l’âge, le sexe, des éléments sur le passé et le comportement de l’animal. Nous adressons cette fiche, en masquant le nom du laboratoire, à la structure d’accueil »
. L’association prône la transparence et donne aux laboratoires l’accès à ses structures partenaires : « Ils peuvent contrôler tout ce que nous faisons »
, insiste Marie-Françoise Lheureux.
Près de neuf mille animaux mis à la retraite
Vingt-et-un ans plus tard, l’association Graal a permis à plus de 9.000 animaux de profiter d’une seconde partie de vie, compte plus de 250 structures d’accueil auxquelles plus de 200 laboratoires font confiance. Elle récupère des rongeurs « en grande quantité »
, des oiseaux, des poissons, des chevaux, des bovins et même des reptiles. « C’est un petit monde. Les chercheurs veulent réduire la souffrance de leurs animaux. Nous les soulageons de la compassion qu’ils ont pour eux »
, se réjouit sa fondatrice. Des aquariums, des fermes, le réseau de la SPA ou des parcs animaliers se chargent de ces animaux. « Nous accueillons les vaches à hublot, les animaux en surpoids, ceux qui ont des problèmes cardiaques… »
, certifie la bénévole.
Globalement, les animaux se portent bien. Ceux qui bénéficient d’une socialisation importante en laboratoire s’en sortent mieux, reconnaît Marie-Françoise Lheureux : « La réussite des stimuli réduit la phase d’adaptation à 3-4 mois. L’animal avec une forte résilience peut prétendre à une seconde vie dans de bonnes conditions. Il y a parfois de l’appréhension au bruit ou aux robes blanches, nous ne pouvons pas effacer le passé de l’animal. »
La situation se complique pour les primates : « Lorsqu’ils reviennent dans une volière avec d’autres individus, la resocialisation pose des difficultés »
, reconnaît la fondatrice de l’association.
Marie-Françoise Lheureux tire un bilan « très positif »
de son action. Une équipe d’une quarantaine de bénévoles travaille à améliorer le sort de ces animaux. « Ça demande beaucoup d’énergie de nous occuper de 800 à 1.000 animaux par an. Nous sommes tous bénévoles et c’est une aventure de tous les jours. »
L’association a fait une demande d’utilité publique auprès du ministère de l’Intérieur, mais l’attend toujours malgré une réponse de l’ancien ministre Bruno Retailleau.




