- Après la « situationship », voici la « maybelatership ».
- Ce néologisme désigne une relation où l’un des deux partenaires laisse planer la promesse d’un engagement futur sans jamais la concrétiser.
- Un piège émotionnel que la thérapeute Anissa Ali décrypte pour TF1info.
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Pas vraiment en couple, pas vraiment de rupture et surtout, rien de vraiment bien défini. Bienvenue dans l’ère des relations à statut flottant. Après la « situationship
« , cet entre-deux sentimental sans étiquette, un nouveau terme s’immisce dans le vocabulaire amoureux contemporain : la « maybelatership ». Contraction de maybe
(« peut-être ») et de relationship
(« relation »), le mot désigne une dynamique bien précise et, selon la thérapeute conjugale et familiale Anissa Ali (nouvelle fenêtre), souvent plus douloureuse que le simple flou relationnel.
Une promesse suspendue, jamais tenue
Contrairement à la situationship
,
où aucune des deux personnes ne sait vraiment ce qu’elle construit, la maybelatership repose sur un mécanisme plus insidieux. « Elle ajoute une promesse suspendue
« , explique la thérapeute Anissa Ali à TF1info. Concrètement, l’un des partenaires laisse entendre que l’avenir pourrait être différent : « Quand ma vie sera moins compliquée »
, « quand je serai prêt
» ou « quand telle situation sera réglée
« . Résultat : un déséquilibre s’installe et « le futur devient alors une monnaie d’échange : l’un reçoit les bénéfices du lien au présent ; l’autre finance l’histoire avec son temps, son énergie et son espoir ».
Certes, il arrive que ce ne soit pas vraiment le bon moment, parce qu’une personne peut être perdue (un deuil, une crise professionnelle ou une peur de l’engagement), mais la maybelatership peut également être une tentative de garder l’autre sous le coude. Pour la distinguer, la thérapeute propose de se poser une question simple : « Que fait-elle de sa confusion dans la vie de l’autre ?
« . Une ambivalence honnête, selon elle, assume sa part de responsabilité : elle nomme ce qui bloque, précise ce qu’elle peut offrir dans l’immédiat, et laisse l’autre libre de protéger son temps et ses besoins. À l’inverse, la manipulation « entretient le possible sans jamais construire le réel
» et le fonctionnement est cyclique : une promesse vague dès qu’on demande des comptes, un regain de tendresse dès qu’on prend ses distances, une nouvelle demande de délai dès qu’on tente de poser un cadre. « Concrètement, ça déblatère mais les actes piétinent
« , résume la thérapeute qui ajoute : « Une peur n’est pas une faute, mais faire de sa peur la salle d’attente de quelqu’un d’autre, c’est déjà une forme de violence relationnelle
. »
À plus long terme, la personne en attente a tendance à réduire ses propres besoins pour rester « compatible » avec le flou
À plus long terme, la personne en attente a tendance à réduire ses propres besoins pour rester « compatible » avec le flou
Anissa Ali, thérapeute conjugale et familiale
Pourquoi rester dans le flou plutôt que trancher ? Parce qu’il permet d’éviter deux douleurs, celle de choisir et celle de perdre. Il offre proximité, attention, sexualité et confort quotidien, sans obliger à assumer un engagement. Selon Anissa Ali, ce type de relation « finit par coloniser l’espace mental
» : on analyse chaque message, chaque silence, chaque emoji, en quête d’un signe. À moyen terme, cela peut engendrer rumination, stress, hypervigilance et anxiété. À plus long terme, la personne en attente a tendance à réduire ses propres besoins pour rester « compatible » avec le flou : elle demande moins, tolère davantage, met sa vie entre parenthèses. Et lorsque la relation se termine, ça fait mal et ça dépasse la simple rupture. Il y a la perte de l’autre, d’un futur fantasmé, d’un peut-être qui n’existe plus, de la confiance dans son propre jugement. Mais la thérapeute rassure, c’est normal d’espérer et ce n’est pas naïf. « Quand une personne entretient régulièrement la possibilité d’un futur, elle active quelque chose de très humain, notre capacité à nous projeter, à donner du sens, à croire à la réparation
« , explique-t-elle. Et d’ajouter que la reconstruction, après la rupture, est de « réapprendre à écouter ses signaux internes, à reconnaître ses besoins et à considérer la clarté comme une forme minimale de respect
« .
D’où l’importance de connaître son propre seuil de tolérance et les signaux d’alerte. « Il faut sortir du lien quand le ‘plus tard’ n’a ni conditions, ni date, ni gestes concrets. Quand le futur est toujours évoqué mais jamais organisé. Quand vous évaluez la relation davantage sur ce qu’elle pourrait devenir que sur ce qu’elle est réellement aujourd’hui…et que cela se répète à trop d’endroits de la relation
« , précise la thérapeute. Et une maybelatership peut évoluer vers une relation stable, mais à condition que les deux partenaires acceptent de « sortir du brouillard ensemble
« . « Le futur ne doit pas être une carotte, il doit devenir un chantier commun
« , rappelle Anissa Ali. Et de conclure : la question à se poser est toujours la même : « Est-ce que cette relation me permet de vivre, de grandir et de me choisir ? Ou est-ce qu’elle me maintient dans l’attente d’être enfin choisi ?
»











