« God Bless the USA ! » Au sixième jour de guerre entre les États-Unis et l’Iran, une vidéo relayée sur X, jeudi 5 mars, par le chef de cabinet de la Maison Blanche, montre Donald Trump assis dans le Bureau ovale, mains jointes, yeux fermés, entouré de pasteurs qui prient, les mains posées sur les épaules du chef de l’État.
Si le président n’a pas directement employé la rhétorique de la croisade pour justifier son attaque de l’Iran, comme l’avait fait George W. Bush en son temps lors de l’invasion de l’Irak, l’arrière-plan religieux constitue une clé essentielle pour comprendre le cheminement politique du trumpisme, selon plusieurs spécialistes.
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À l’origine, il y a l’enjeu électoral : la communauté des évangéliques, une branche du protestantisme en expansion, constitue l’une des bases électorales les plus fidèles au mouvement MAGA (Make America Great Again). Au sein de cette base religieuse, ce sont les courants les plus radicaux qui pèsent. Notamment le sionisme chrétien, une vision minoritaire ancrée dans une spiritualité de fin des temps, pour laquelle le soutien sans failles à Israël est la seule voie possible, car il permettra le retour de Dieu sur Terre.
Depuis le début de son second mandat, en janvier 2025, Donald Trump multiplie les gages à l’égard de ces électeurs. L’un de ses premiers décrets vise à créer un Bureau de la foi au sein de la Maison Blanche. Lors de son discours sur l’état de l’Union, le 27 février, le président américain se félicite d’un « immense renouveau de la religion, de la foi, du christianisme et de la croyance en Dieu ». Et déclare : “Quand Dieu a besoin d’une nation pour accomplir ses miracles, il sait exactement à qui s’adresser. […] Notre destin est écrit par la main de la Providence”.
Une bataille finale en ligne de mire
L’intervention récente en Iran, main dans la main avec Israël, correspond aux attentes de ces électeurs. « Les sionistes chrétiens sont minoritaires, mais très organisés, et engagés sur le plan politique, selon l’esprit évangélique. Ils ont la Bible dans une main et le journal dans l’autre », résume Laurent Tessier, docteur en histoire des religions et enseignant à l’École pratique des hautes études à Paris, qui s’apprête à publier un livre sur le sujet. Un courant dans l’administration Trump incarné par les figures de Mike Johnson, président républicain à la Chambre des représentants, et Mike Huckabee, ambassadeur américain en Israël.
La figure divine au cœur de ces croyances, le Dieu vengeur de l’Ancien Testament, est loin de l’image catholique du Christ qui tend l’autre joue. À la clé, une violence sanglante jugée indispensable à l’avènement de la fin des temps. « Le scénario qui prédomine chez les sionistes chrétiens, c’est une bataille finale qui donnera lieu au règne de Dieu sur Terre pendant 1 000 ans, éclaire Laurent Tessier. C’est une certaine vision de la paix qui passe par des temps difficiles de guerre. Quand on écoute Trump parler de paix, c’est une paix ambiguë. »
Une vision propice à des élans guerriers
Les experts s’accordent à dire qu’aucun élément ne confirme que cette vision extrémiste a directement piloté l’intervention iranienne, mais qu’elle instaure une atmosphère propice à des élans guerriers. « Cela crée une architecture idéologique et politique qui rend l’alignement avec Israël plus facile », estime Jérome Viala-Gaudefroy, enseignant à Sciences Po, spécialiste des présidents américains, auteur de « Les mots de Trump » (éd. Dalloz).
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Également prudente sur l’influence du sionisme chrétien, Julie Ingersoll, professeure d’études religieuses à l’université de Floride du Nord, estime néanmoins que l’attachement de la base électorale républicaine à cette croyance contribue à débrider l’expansionnisme trumpien, et à affaiblir ses garde-fous potentiels.
« Les républicains au Sénat viennent de rejeter une résolution qui aurait forcé Trump à solliciter l’autorisation du Congrès pour ses opérations. Ils n’osent pas contrecarrer le pouvoir de Trump, car leurs électeurs sont largement attachés à cette vision du monde, selon laquelle libérer Israël des dangers du Moyen-Orient, et donc de l’Iran, est nécessaire au retour de Jésus. »
Les croisades en tatouages
Dans la même lignée, celui que Donald Trump a nommé pour assurer la défense des États-Unis, et qui multiplie ces jours-ci les déclarations guerrières, ne fait pas mystère de sa religiosité exacerbée. Tatouages en hommage aux croisades sur les bras, Pete Hegseth, le chef du Pentagone, a publié le livre « American Crusade: our fight to stay free » (« Croisade américaine : notre combat pour la liberté ») en 2020, où il jure de combattre les « gauchistes » et les « islamistes ». Selon le New Yorker, cet ancien présentateur de Fox News, alcoolique repenti, également accusé de violences sexuelles, a aussi été entendu, ivre, en train d’appeler à « tuer tous les musulmans ».
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Pete Hegseth se revendique du nationalisme chrétien, une théologie qui place la loi divine, telle que formulée dans la Bible, au-dessus de celle des humains. « Dans sa prise de parole publique, Hegseth met en avant ce type de christianisme offensif, qui véhicule une idée très masculine de la force. Il parle de « guerriers », pas de soldats. », souligne Jérôme Viala-Gaudefroy.
Une position fondamentaliste et expansionniste, que décrit Julie Ingersoll : « Sa vision est celle d’un autoritariste. Il pense non seulement que les États-Unis devraient être une théocratie chrétienne, mais aussi que ce royaume de Dieu devrait être étendu à toutes les autres nations. Pour ces gens, la chrétienté est la seule vérité. Tout le reste est faux, et les ennemis doivent être tués. »
Un président nommé par Dieu
En mai 2025, lorsqu’il dirige la prière au sein même de l’auditorium du Pentagone, Pete Hegseth parle du président américain comme d’un dirigeant « nommé par Dieu ». Donald Trump, vaisseau de la foi chrétienne et de la parole de Dieu ? Pour la partie la plus dévote des troupes MAGA, cette position extrême n’est pas rare.
« Après sa tentative d’assassinat, Trump a beaucoup utilisé cette rhétorique selon laquelle il avait été sauvé par Dieu. Cette dimension cultuelle entre dans un récit qui est familier à ces croyants, l’idée que ce leader va permettre de révéler ce qu’ils croient », souligne Jérôme Viala-Gaudefroy. Donald Trump se voit régulièrement comparé par ses ouailles à la figure biblique du roi Cyrus, celui qui a reconstruit le temple des juifs, sans l’être lui-même. Ironiquement, ce souverain était issu de l’empire perse, l’ancien Iran. Les voies du Seigneur sont impénétrables.













