Donald Trump a bel et bien trouvé sa nouvelle cible. Le président américain a de nouveau attaqué ce jeudi 6 août au soir sur ses réseaux sociaux Abdul El-Sayed, le candidat démocrate pour un siège au Sénat dans le Michigan. Ce, en affirmant que le programme de cette nouvelle figure progressiste ferait de lui « le dernier président républicain ».
Abdul El-Sayed, candidat démocrate dans le Michigan, a eu droit à sa première tirade injurieuse de Trump
Une publicité inespérée pour le candidat démocrate, qui lui permet de continuer à mettre en avant son opposition au président américain. « Je n’aurais pas pu mieux le dire moi-même », a ainsi réagi Abdul El-Sayed en relayant les propos de Donald Trump à son égard.
Abdul El-Sayed a battu mercredi la candidate modérée Haley Stevens à la primaire démocrate au Michigan, grâce à une campagne sur des thématiques marquées à gauche et en affirmant vouloir « expulser l’argent de la politique ». Après sa victoire, Donald Trump l’avait copieusement injurié, affirmant qu’il ne racontait « que des conneries » et qu’il avait la « haine » des juifs et d’Israël.
Dans son post sur Truth Social, le président américain insiste également sur son nom complet – Abdulrahman Mohamed El-Sayed -, une stratégie visant à insister sur les origines et la foi du candidat démocrate, musulman pratiquant assumé à l’image notamment du maire de New York Zohran Mamdani, autre figure honnie par Donald Trump.
« Au moins, nous avons quelque chose en commun »
Au-delà des attaques ad hominem, Donald Trump met cette fois-ci en avant une revendication du programme d’Abdul El-Sayed, « peut-être le point le plus important » à ses yeux : la suppression du « filibuster ». Cette technique d’obstruction parlementaire au Sénat permet à 41 des 100 sénateurs de bloquer un projet de loi avant qu’il ne soit débattu ou voté.
Ce mécanisme historique de la politique américaine oblige démocrates et républicains à trouver des compromis, et chacun des deux partis s’en sert lorsqu’il est en minorité au Sénat pour bloquer des textes sur lesquels il n’y a aucune chance de s’accorder. Ou aucune volonté.
Abdul El-Sayed assume pleinement sa volonté d’abolir le « filibuster », qu’il décrit dans son programme comme une pratique « antidémocratique ». Mais là où cela devient plus complexe, c’est que Donald Trump lui-même souhaite… supprimer le « filibuster ». Dans une seconde publication sur son réseau Truth Social, quelques minutes plus tard, Donald Trump l’assume d’ailleurs clairement : « Abdulrahman Mohamed El-Sayed veut mettre fin au filibuster, et moi aussi – au moins, nous avons quelque chose en commun ! »
Un argument de mobilisation inespéré
Car sans le « filibuster », une majorité simple de 51 sénateurs devient suffisante pour faire passer une loi au Sénat. Une opportunité de passage en force qui arrangerait Donald Trump pour de nombreux textes, et notamment un qui lui tient à cœur : le « Save America Act ».
Officiellement, cette loi vise à lutter contre la fraude électorale, mais est vue par ses détracteurs comme une stratégie visant à restreindre l’accès au vote. Le président américain pousse pour la faire adopter avant les midterms. Mais les sénateurs de son propre camp affirment ne pas disposer de suffisamment de voix, et refusent catégoriquement la suppression du « filibuster » pour y parvenir. En clair : Donald Trump veut pouvoir user du « filibuster » quand cela l’arrange, et uniquement dans ce cas de figure.
Car il le dit lui-même dans son post sur Truth Social : mettre un terme au « filibuster » revient à donner carte blanche aux démocrates (qu’il qualifie de « dumocrats », manière de dire qu’ils sont « dumb » c’est-à-dire stupides) si ces derniers viennent à remporter les élections de mi-mandat en novembre prochain.
« Si [Abdul El-Sayed] réussit, les démocrates gagneront 4 sénateurs, 8 membres du Congrès, de nombreux grands électeurs, une Cour suprême bondée avec 23 juges, et je serai, malheureusement, malgré l’excellent travail que nous accomplissons, le dernier président républicain ! » résume Donald Trump, en référence aux hypothétiques réformes électorales et institutionnelles que pourrait mener le parti démocrate en cas de majorité dans les deux chambres (mais qui nécessiteraient tout de même l’accord de la Maison Blanche). De quoi tenter de mobilier ses troupes pour empêcher le scénario d’advenir, mais aussi offrir à ses opposants un argument inespéré avant les élections de mi-mandat.
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