« C’est un procès politique! », a lancé mardi Amine Oualane, avant que la cour d’assises d’Aix-en-Provence ne se retire pour délibérer sur sa complicité dans un double assassinat en 2019, avant l’émergence de la DZ Mafia dont il est désigné comme l’un des chefs.
« Les faits, je les conteste de A à Z. Je vous demande de me juger avec les preuves, pas sur la politique de Darmanin », actuel ministre de la Justice, a insisté Amine Oualane, 31 ans. Il conteste fermement le rôle leader au sein de la DZ Mafia, bande criminelle dominant le narcotrafic à Marseille, que les autorités lui attribuent.
Jugé pour association de malfaiteurs en récidive, il est accusé d’avoir depuis sa cellule joué les entremetteurs entre son ami d’enfance Gabriel Ory, lui aussi pointé comme un cadre de la DZ Mafia et Farid Tir, une des deux victimes. Une peine de 18 ans de prison a été requise à son encontre.
Tour à tour mardi matin, les cinq accusés jugés depuis plus de trois semaines pour un double assassinat, sur fond de trafic de stupéfiants, commis dans une chambre d’hôtel Formule 1 près de Marseille, ont de nouveau clamé leur innocence. Un sixième mis en cause est en cavale.
« Il n’y a aucune preuve de ma culpabilité. Je vous demande de ne pas céder à la pression politique et médiatique », a déclaré Zaineddine Ahamada, accusé d’être le tireur.
Avant de clamer dans une longue tirade son innocence, Gabriel Ory a tenu à s’excuser des débordements » dans ce procès émaillé par de nombreuses invectives émanant du box des accusés, jusqu’à menacer des journalistes ou des proches de victimes.
« Gaby », 30 ans, à l’imposante carrure, est désigné comme « le traitre », celui qui a fourni au commando de tueurs le code de la porte de la chambre d’hôtel où sera assassiné Farid Tir et un de ses proches. « Farid c’était mon ami, sachez que j’ai la conscience tranquille », a-t-il dit.
– Moyens exceptionnels –
Se défendant d’être un baron de la drogue marseillais et le commanditaire du double meurtre, Karim Harrat a déclaré lui ne « rien avoir dans cette affaire ». « Aujourd’hui, c’est la vie de mes enfants qui est en jeu, je ne mange pas, je ne dors pas », a-t-il confié.
Les magistrats se sont retirés en fin de matinée pour délibérer. Le verdict est attendu dans la journée.
Avec plus de 200 policiers mobilisés, dont certains lourdement armés, des dizaines d’incidents à la barre et dans le box, de suspensions d’audience, le procès du « double homicide du Formule 1 » n’avait rien d’habituel.
Il « n’y a pas de justice d’exception » ni de procès « hors-normes », avaient cependant assuré dimanche les deux avocates générales dans leurs réquisitions.
Comme contre Gabriel Ory, elles ont demandé la réclusion à perpétuité pour les deux commanditaires présumés du crime, Karim Harrat et Walid Bara, et un mandat d’arrêt contre ce dernier, en fuite.
Elle ont requis 30 ans de prison à l’encontre du tireur présumé, Zaineddine Ahamada et de son complice Adrien Faure, accusé de lui avoir ouvert la chambre des victimes et prêté son arme.
La particularité de ce dossier, selon le ministère public, « c’est d’avoir levé le voile sur l’invisible », à savoir les donneurs d’ordre, trop souvent absents des tribunaux dans ces affaires de narcotrafic où seules les « petites mains » sont arrêtées.
L’exploitation d’une messagerie cryptée a notamment permis aux enquêteurs de mettre au jours la « mécanique criminelle » de ce règlement de compte sur fond de narcotrafic.
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