À Cuba, la pénurie de produits essentiels s’aggrave jour après jour et les coupures d’électricité se multiplient depuis que l’administration de Donald Trump a coupé l’approvisionnement en pétrole vénézuélien, après la capture de Nicolas Maduro à Caracas le 3 janvier 2023.
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La Havane a annoncé cette semaine qu’elle autoriserait la diaspora cubaine à investir dans l’île dans des secteurs comme les banques, l’agriculture, le tourisme, les mines et les infrastructures pour faire face à la grave crise économique et énergétique qui la frappe. L’annonce a rencontré un écho contrasté à Miami, épicentre de la diaspora cubaine aux États-Unis.
« Je pense que pas un seul homme d’affaires, pas un seul Cubain en exil, n’investira dans cette île où il n’y a aucune sécurité juridique », affirme Ivan Herrera, directeur de la compagnie d’assurance Univista, interrogé par l’AFP. L’entrepreneur, dont le grand-père a été prisonnier politique pendant douze ans avant de se réfugier à Miami, refuse tout investissement sous le gouvernement actuel cubain, qu’il qualifie de « criminel ».
Carlos Saladrigas, président de la société de ressources humaines Regis HR Group et du laboratoire d’idées Cuba Study Group, juge en revanche qu’il est « nécessaire pour l’avenir de Cuba de réintégrer la diaspora dans la vie économique du pays », estimant que cette initiative pourrait favoriser une ouverture politique de Cuba.
Mais il attend également du gouvernement un engagement clair. « Le gouvernement doit dire : ‘Nous allons abandonner le socialisme traditionnel à économie centralisée et adopter des mesures de marché' » poursuit-il.
Une première ouverture dans les années 1990
Ce n’est pas la première fois dans son histoire que le régime cubain doit se résoudre à remettre en cause le système socialiste par des ouvertures au secteur privé.
En 1962, trois ans après la révolution castriste, les grandes entreprises privées, cubaines ou étrangères sont nationalisées, puis les petits commerces et entreprises familiales en 1968. Cependant, l’activité privée ne disparaît pas complètement : petits agriculteurs, coopératives, petit artisanat et services domestiques survivent.
En 1993, en pleine crise économique provoquée par la chute de l’URSS, connue à Cuba comme la « Période spéciale », le gouvernement autorise les Cubains à devenir des « travailleurs à leur compte » (« trabajo por cuenta propia », TCP). Les domaines d’activités restent cependant réduits, se limitant à la restauration et quelques services (coiffeurs, cordonniers, couturiers…). En 1996, le pays compte plus de 200 000 TCP.
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À la fin des années 1990, le nombre de travailleurs à leur compte se réduit, soumis à de nombreux contrôles et obstacles bureaucratiques, dans un contexte économique national plus favorable aux entreprises d’État en raison de l’aide énergétique qui commence à arriver du Venezuela.
À partir de 2010, le dirigeant Raul Castro (2006-2018) étend les domaines d’activités autorisées pour les TCP et peuvent employer de la main d’œuvre. Plus de 180 secteurs leur sont ouverts, avant de nouvelles restrictions en 2017.
La mini révolution des « Mipymes »
En 2021, pour la première fois depuis un demi-siècle, les micro, petites et moyennes entreprises (Mipymes) sont autorisées. Elles peuvent employer jusqu’à 100 travailleurs, mais ne peuvent exercer dans les professions libérales ni les secteurs stratégiques, alors que les TCP ne peuvent employer directement que trois personnes.
Cette ouverture coïncide avec une sévère crise économique surgie avec la pandémie de coronavirus, le renforcement des sanctions américaines et une réforme monétaire ratée. Rapidement, les « mipymes » dominent le commerce de détail, le transport de passagers, la construction, l’importation de biens de consommation et les services. Fin 2025, près de la moitié des entreprises du pays sont privées et elles emploient un tiers de la population active.
L’annonce intervenue lundi 16 mars autorise la création d’entreprises mixtes entre l’État et des privés permettant à la diaspora d’investir sur l’île et détenir des entreprises privées.
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Marco Rubio, le chef de la diplomatie américaine, a estimé, mardi, que ces mesures étaient loin d’être « suffisantes ». « Cuba a une économie qui ne fonctionne pas et le système politique et gouvernemental est incapable d’y remédier. Il leur faut donc opérer un changement radical », estime Marco Rubio, lui-même d’origine cubaine et fervent opposant au pouvoir communiste.
La Havane a reconnu que des négociations avaient lieu avec Washington.
Avec AFP











