mercredi, juin 3

Et si des habitudes de rédaction et de syntaxe avaient trahi Xavier Dupont de Ligonnès? C’est du moins la question que posent nos confrères de Ouest-France ce lundi 1er juin dans leurs enquêtes sur ce père de famille nantais, recherché depuis 2011 pour le meurtre de sa famille.

Avant que les enquêteurs ne retrouvent la femme et les enfants du fugitif, enterrés sous la terrasse du domicile familial, celui-ci écrivait régulièrement sur des forums religieux sous les pseudonymes de Chevy et LIGO. Dans le cadre de leurs investigations, nos confrères d’Ouest-France se sont intéressés à un autre compte jamais rendu public et actif jusqu’en 2017: Epsilon.

Selon eux, ce troisième compte présente de « très fortes similitudes » avec Chevy et LIGO. Fait troublant, ce compte a été actif jusqu’en 2017, soit plus de six ans après la tuerie. Une théorie qui sous-entend que l’homme est vivant.

Espaces et tics de ponctuation

De « très fortes similitudes » remarquées grâce à un travail de stylométrie. Une technique qui, à la différence de la graphologie, se base sur l’analyse du style d’écriture et la syntaxe d’un texte, dans le but d’identifier son auteur.

Contrairement à la graphologie, les experts ne vont pas analyser, ici, la forme des lettres, mais plutôt la syntaxe, le vocabulaire, la récurrence des mots. Autant de réflexes qui régissent la rédaction d’un individu de manière inconsciente, selon cette méthode.

Une technique demandant aux experts un travail méticuleux, car chaque espace ou les tics de ponctuation peuvent permettre, selon les experts de stylométire, d’identifier l’auteur d’un texte, en l’occurrence les publications sur les forums religieux fréquentés par Xavier Dupont de Ligonnès.

Autre différence avec la graphologie, la stylométrie ne se limite pas à l’écrit. Elle permet notamment d’analyser des messages vocaux en recoupant le vocabulaire qui a pu être utilisé par un locuteur à l’écrit. Il s’agit toutefois d’une technique parfois controversée qui, à l’origine, était utilisée pour identifier d’éventuels plagiats en littérature depuis les années 60.

Elle était venue sur le devant de la scène médiatique lors de son utilisation pour la première fois dans le cadre judiciaire pour identifier le corbeau dans l’affaire Grégory. La méthode avait été alors remise en doute à plusieurs reprises par les avocats de protagonistes impliqués dans cette affaire.

Malgré ces critiques, Florian Cafiero, enseignant chercheur à l’université Paris sciences et lettres et spécialiste français de cette technique, indiquait à France info en novembre dernier que la stylométrie faisait partie d’un « champ scientifique bien établi ».

Des automatismes récurrents

En se basant sur la stylométrie, Ouest-France a, à l’aide d’un expert, comparé plusieurs centaines de messages postés sur ce forum religieux, où le suspect débattait sur l’existence de Dieu, avec ceux rédigés avec les comptes LIGO et Chevy. Un seul présente des « similitudes troublantes »: Epsilon.

Parmi elles, l’utilisation récurrente de mots écrits en majuscules au milieu d’une phrase, pour souligner un argument. Epsilon utilise aussi régulièrement les guillemets pour souligner un ton ironique lorsqu’il utilise un mot. Tout comme Ligo et Chevy.

Hors l’analyse stylométrique, il existe d’autres points communs entre ces trois comptes. Parmi eux: le réseau d’interlocuteurs. Toujours selon Ouest-France, sur les huit pseudonymes identifiés comme contacts réguliers de Chevy et LIGO, sept se retrouvent également dans les messages d’Epsilon.

Pour l’heure, nulle ne sait si la stylométrie permettra de retrouver la trace de Xavier Dupont de Ligonnès. Une chose est par ailleurs certaine: l’enquête pour résoudre l’un des plus grands mystères de l’histoire criminelle française est loin d’être terminée.

Article original publié sur BFMTV.com

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