lundi, septembre 21

Au troisième jour de son procès pour « corruption passive » et « trafic d’influence passif » dans l’affaire Renault-Nissan, Rachida Dati a une nouvelle fois été interrogée ce lundi 21 septembre en début d’après-midi pendant plusieurs heures.

Comme prévu, l’interrogatoire a été serré pour l’ex-ministre. Très droite et ramassée sur elle à la barre, elle a répondu, toujours d’une voix faible, aux questions de la présidente sur son installation et son rôle au sein du Parlement européen. La magistrate a décortiqué tout le règlement du Parlement, notamment les articles concernant les éventuels conflits d’intérêts.

« Je n’ai jamais été en situation de conflit d’intérêts »

Rachida Dati n’a pas déclaré qu’elle gagnait 25.000 euros par mois, payés par la filiale de Renault Nissan. Mais elle s’est défendue d’avoir contrevenu aux règles.

« Je n’ai jamais été en situation de conflit d’intérêts. Tous mes actes se sont toujours conformés aux engagements politiques qui étaient ceux de mon groupe », affirme-t-elle à la barre.

Lorsqu’on lui demande pourquoi ne pas avoir mentionné le nom de Renault-Nissan, elle se retranche derrière le secret professionnel des avocats. « Pour les avocats, vous ne pouvez pas déclarer les noms des clients. Vous êtes soumis au secret professionnel », lance-t-elle.

Comme un rouleau compresseur, la présidente a avancé, doucement mais en écrasant tout: « pourquoi ne pas avoir déclaré au Parlement européen que Renault vous payait 25.000 euros par mois? », « Pourquoi vos premières questions au Parlement portent sur l’industrie automobile? », « Pourquoi avoir envoyé l’une de ces questions à Carlos Ghosn avant même qu’elle ne soit publiée sur le site du Parlement européen? ».

À chaque fois, Rachida Dati s’est défendue d’avoir contourné les règles. Elle se défend d’être intervenue pour Renault au sein du Parlement européen. En face d’elle, le tribunal a décidé de projeter une « note blanche » dans laquelle l’assistant de Rachida Dati fait mention de « la belle victoire obtenue au Parlement » sur la question du « niveau sonore des véhicules électriques ». Une note qui était destinée à Carlos Ghosn.

Pas de traces de ses activités pour Renault au Moyen-Orient et au Maghreb

Après plus de quatre heures d’interrogatoire, Rachida Dati a tenté de démontrer qu’elle a bien agi pour le compte de Renault, mais au Moyen-Orient et au Maghreb. Au Maroc, elle a assuré avoir été membre d’un groupe de travail de « haut niveau » ayant permis l’implantation de l’usine de Tanger (investissement d’1,1 milliard). « Mais vous étiez la seule représentante de Renault », interroge la présidente. « Oui ». « Et les réunions? « À l’ambassade du Maroc à Paris », répond-elle. « Vous étiez présente à l’inauguration? » « Non… », déclare Rachida Dati. Sur l’Iran, la Turquie, l’Algérie, elle assure avoir joué également un grand rôle. « J’ai identifié les personnes clés pour maintenir les investissements de Renault en Iran. Moi, quand j’interviens, les décideurs en Iran avaient fermé les usines Renault dans le pays », explique-t-elle.

« Les autorités algériennes avaient rompu toute leur relation avec les représentants de Renault. Ils avaient même fait courir la rumeur qu’ils allaient signer un accord avec Volkswagen », ajoute-t-elle.

L’ex-ministre a notamment déclaré ne pas avoir gardé de traces, en raison de la sensibilité des sujets. Le tribunal n’a d’autre choix que de la croire presque sur parole.

« L’incompréhension a été quand l’information judiciaire a été ouverte »

À la fin de son interrogatoire par la présidente, Rachida Dati s’est un peu lâchée sur toute cette affaire, après une dernière question de la présidente. Était-ce un malentendu avec Carlos Ghosn? Qu’il vous avait recruté pour le Parlement européen?

« Non, on parle clairement du Maghreb. Si on était sur autre chose, évidemment, j’aurais refusé. À aucun moment, on évoque l’Europe. Je ne suis pas un amateur. J’ai eu d’autres clients, y compris en même temps », assure-t-elle, en ajoutant: « pourquoi aurais-je été corrompue alors que j’ai eu d’autres clients et de très bons résultats, en même temps? ».

« L’incompréhension a été quand l’information judiciaire a été ouverte. L’incompréhension, pour moi, a été quand j’ai été renvoyée devant le tribunal », a lancé Rachida Dati.

« Carlos Ghosn a transformé la régie Renault. Il avait une attente, c’étaient des résultats. Toutes les usines du monde, ils les inauguraient avec des chefs d’État. Il n’avait pas besoin de moi pour trois questions au Parlement », a-t-elle assuré.

Article original publié sur BFMTV.com

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