jeudi, juin 25

  • La France traverse un épisode caniculaire d’une ampleur inédite, avec des records de chaleur jamais observés pour un mois de juin.
  • Un symptôme concret du changement climatique, qui accentue l’intensité et la précocité de ces phénomènes météorologiques extrêmes.
  • De quoi susciter des craintes, mais aussi parfois un sentiment de découragement, constatent une psychologue et un psychiatre.

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Au fil des jours, la vague rouge a déferlé sur une grande partie du territoire. À l’exception d’un quart sud-est, tout le pays était placé en vigilance maximale à la canicule (nouvelle fenêtre) ce jeudi 25 juin, et des records de chaleur plus vertigineux les uns que les autres (nouvelle fenêtre) s’enchaînent. Avec ces fortes chaleurs d’une sévérité inédite à ce moment de l’année, après une première canicule précoce fin mai, les effets concrets du changement climatique se font plus pressants que jamais (nouvelle fenêtre). Au point que ces questions s’invitent même dans les cabinets des psychologues et psychiatres. 

« C’est davantage un sujet dans les consultations », constate auprès de TF1info la psy Soizic Deprince. Si le dérèglement climatique reste un « sujet de préoccupation assez constant », les patients « en parlent plus spontanément » ces derniers jours, souligne la secrétaire générale adjointe du Syndicat national des psychologues (SNP). « Il y a soit une forme d’abattement, de fatigue, soit d’inquiétude voire d’anxiété pour les années à venir. » 

Un avenir « anxiogène » au cœur des questionnements

Lors des consultations, certains évoquent notamment des craintes pour la santé de leurs parents ou grands-parents âgés, vulnérables face aux hausses de mercure (nouvelle fenêtre), mais aussi pour leurs enfants, dans le cas de jeunes parents. « Ils vont avoir tendance à se questionner autour de leur parentalité, de ce que cela implique d’avoir un jeune enfant aujourd’hui, face à cet avenir incertain et anxiogène », explique la psychologue.

Certaines personnes développent même un trouble anxieux autour de ces questions de dérèglement climatique, qui augmente la probabilité d’épisodes de chaleur plus précoces, plus intenses et plus fréquents à l’avenir. Cette « éco-anxiété », un trouble de plus en plus mis en lumière ces dernières années (nouvelle fenêtre), « parle de l’avenir de nos jeunes », ajoute Soizic Deprince. 

Plusieurs de ses collègues, dont la patientèle est davantage composée d’enfants et d’adolescents, constatent ainsi que « certains jeunes sont assez touchés, anxieux, et en recherche de ce qu’ils peuvent faire pour atténuer les choses ». « Tandis que d’autres vont être plutôt désabusés, dans une forme de fatalisme », relate encore la psychologue. Une épreuve d’autant plus difficile que le sujet du dérèglement climatique « coexiste avec d’autres grosses sources d’anxiété », comme la situation sanitaire dans le sillage du Covid-19, l’avenir scolaire ou professionnel, la situation internationale et les guerres (nouvelle fenêtre)… 

« Plus de fatalisme et de résignation » en période caniculaire

Du côté des psychiatres, cet épisode météorologique est aussi évoqué en cabinet. « La canicule entraîne une crainte majorée vers les autres – personnes âgées, bébé, animaux, et aussi la nature -, et bien sûr l’avenir de la planète », abonde Michel Jurus, vice-président de la Fédération française de psychiatrie. Mais dans l’ensemble, elle renforce davantage un sentiment d’abattement et d’impuissance que d’anxiété, chez ces patients atteints de troubles psychiatriques. « Une majorité d’entre eux sont plutôt pessimistes sur l’avenir de la planète », observe-t-il. 

À l’inverse, « les manifestations anxieuses sont beaucoup plus importantes lorsque nous sommes confrontés à des tempêtes, des ouragans, des fortes pluies et des orages », relève le spécialiste. Ces phénomènes extrêmes, dont la probabilité est là aussi renforcée par le changement climatique mais qui provoquent des dégâts matériels souvent plus visibles que la chaleur, déclenchent une inquiétude plus « immédiate ». Alors que face à la hausse du mercure, « il y a plus de fatalisme et de résignation sur les risques pour l’avenir de la planète (nouvelle fenêtre)« , analyse le psychiatre. « Par certains côtés, c’est un état plus dépressif qu’anxieux. »

Ces difficultés peuvent être d’autant plus difficiles à appréhender qu’elles viennent s’empiler sur les effets directs de la chaleur sur le corps, comme le manque de sommeil ou des douleurs physiques, qui épuisent l’organisme et ont déjà en soi un effet sur la santé mentale (nouvelle fenêtre). Plus vulnérables, les personnes présentant des troubles peuvent être particulièrement touchées : un épisode caniculaire « peut renforcer les états de tristesse et de fatalisme, mais pas forcément d’anxiété », souligne Michel Jurus. 

Reste que chez certains patients, « cela peut exacerber les troubles anxieux, avec des manifestations physiques qui ressemblent à des symptômes d’anxiété ou les renforcent, comme un battement rapide du cœur », pointe toutefois Soizic Leprince. Des effets potentiellement amplifiés à mesure que l’épisode caniculaire s’étire dans le temps, comme c’est le cas actuellement, avec une chape de chaleur installée depuis une dizaine de jours et qui ne devrait se lever que progressivement, à partir du week-end. 

Maëlane LOAËC

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