- Le lac de Vassivière (Creuse) accueille chaque année de très nombreux visiteurs.
- Non loin de là, deux frères agriculteurs envisagent de construire un bâtiment pour élever 1 200 porcs.
- Les partisans de cette installation assurent qu’elle n’engendrera pas de pollution mais les opposants affirment le contraire.
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Le 20H
Vassivière, un joyau touristique aux confins de la Haute-Vienne et de la Creuse, est l’un des plus grands lacs artificiels de France. Mais ces 10 km² paradisiaques seraient menacés selon ses défenseurs par l’implantation d’une porcherie industrielle. Le JT de 20h de TF1 fait le point sur cette polémique qui enfle et la cohabitation difficile entre agriculture et tourisme.
C’est à 2 kilomètres du lac de Vassivière, qu’une exploitation bovine souhaite se diversifier et installer en bord de route une porcherie. A l’intérieur, les 1200 animaux seront élevés sur caillebottis et vendus par une coopérative basée dans l’Allier. Ni elle, ni les exploitants n’ont voulu répondre à notre équipe. Une discrétion qui tranche avec la mobilisation des opposants. Comme dans toutes les communes autour du lac, certains habitants et les élus sont inquiets. Au centre de leur inquiétude : le plan d’épandage, autrement dit les parcelles sur lesquelles sera étalé le lisier, les déjections des animaux, avec un risque de pollution du lac par infiltration dans les sols sur tous les terrains situés à quelques centaines de mètres.
« Un enfant peut boire la tasse »
Face à cette inquiétude, seul Christian Arvis, le président départemental de la FNSEA, syndicat majoritaire des agriculteurs, a accepté de nous parler. Éleveur bovin, il évoque un projet de porcherie exemplaire et une capacité de stockage des excréments au-delà de ce que prévoit la loi. « Aujourd’hui, elle est portée à neuf mois. Pour s’adapter aux périodes d’épandage, pour s’adapter aux variations climatiques, le projet respecte la réglementation. Tous les feux sont ouverts, il n’y a pas de raison de s’y opposer »,
explique-t-il.
Mais le projet, selon les opposants, ne mesure pas tous les effets d’une pollution par le lisier. Utilisé comme engrais pour la croissance des cultures, il est composé notamment de phosphore, un sel minéral dont une petite partie est entraînée par les pluies vers les cours d’eau. D’après le spécialiste Philippe Combrouze, auteur de près de quarante mille analyses officielles. « Il y a une certitude, c’est qu’à un moment donné, ce lac sera contaminé. Ça mettra cinq ans, dix ans »,
explique cet ingénieur en hydrobiologie, spécialisé en cyanobactéries au sein du cabinet Aquagestion. Une contamination qui serait, selon lui, particulièrement grave. Car le phosphore est propice au développement d’algues dangereuses, voire mortelles, pour la santé humaine et animale. « Tout ce que vous voyez, ce sont des cyanobactéries. Le chien, il va spontanément boire. Et donc l’animal va mourir assez rapidement. L’homme ne va pas spontanément aller boire de l’eau dans une mare. Par contre, un gamin, un adolescent, un enfant peut boire la tasse »,
souligne-t-il.
« Le jambon blanc, ça ne se fait pas avec des bovins »
Lorsqu’elles sont détectées, les cyanobactéries provoquent également la fermeture des plans d’eau, une catastrophe redoutée par les professionnels du tourisme. Anaïs Just, propriétaire de deux campings qui accueillent en été près de 700 vacanciers par jour, a dû faire de gros investissements. « Clairement, la question se posera, si la porcherie est montée, de rester ici ou d’essayer de vendre pour pouvoir rembourser les frais parce qu’on n’est pas sûr de pouvoir, après, accueillir autant de monde que ce qu’on fait là »,
confie-t-elle. Un peu plus loin, sur la plage, Jonathan Garnier, le gérant d’un restaurant met en avant la différence d’emplois créés entre le tourisme et la porcherie. « On met en face un projet avec un demi poste de créé face à plusieurs centaines d’emplois liés au tourisme. On parle d’au moins 200 ou 300 personnes minimum »,
regrette ce dernier.
Pour défendre le projet, les agriculteurs évoquent un autre argument, la souveraineté alimentaire. La Creuse produit, par exemple, 10 000 porcs de moins qu’il y a cinq ans. « On ne produit plus assez par rapport à la consommation de la population. Je pense que ce projet est tout à fait bienvenu. 90% des Français consomment du jambon blanc. Le jambon blanc, je suis désolé, ça ne se fait pas avec des bovins, ça ne se fait pas avec des oies, ça ne se fait pas avec des chèvres. Il faut forcément des porcs »,
résume Christian Arvis. Reçus par le préfet, les maires des communes concernées autour du lac espèrent le retrait définitif du projet de porcherie de 1 200 porcs. Pour continuer à faire de Vassivière une destination prisée, avec 180 000 visiteurs l’an dernier. Une décision sera rendue le 17 mai au plus tard.




