vendredi, juillet 17

Tout est parti d’une vidéo a priori anodine, publiée fin février sur TikTok, montrant un jeune couple non marié s’embrassant à l’intérieur d’une voiture, dans une rue de Banda-Aceh (capitale de la province indonésienne d’Aceh, dans le nord de l’île de Sumatra). La séquence est devenue virale et a suscité une vague de signalements de riverains « choqués par le contenu immoral » de la scène, rapporte le média local Waspada Aceh. Arrêté en mars par la police religieuse, le couple a passé quatre mois en détention, avant d’être condamné, début juillet, à 21 coups de fouet en place publique.

COURRIER INTERNATIONAL

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Car à Aceh, les gestes d’intimité entre hommes et femmes non mariés constituent des « infractions à la morale », passibles de peines pouvant aller jusqu’à 100 coups de fouet. Au même titre que l’adultère, les relations homosexuelles, les jeux d’argent, la consommation d’alcool, le port de vêtements moulants pour les femmes ou l’absence à la prière du vendredi pour les hommes.

En Indonésie, pays à majorité musulmane, Aceh est la seule province à appliquer une version ultraconservatrice de la loi islamique. Elle doit cette spécificité à un accord de paix conclu en 2006, qui a mis fin à une longue guerre séparatiste. Depuis 2014, la province applique la charia y compris aux non-musulmans, qui représentent environ 1 % de sa population.

Dans un communiqué, la codirectrice régionale d’Amnesty International pour l’Asie-Pacifique a dénoncé un « acte de discrimination effroyable », condamnant « l’élargissement du recours à la charia pour s’en prendre à des formes d’expression pacifiques, en ligne comme hors ligne ».

« Cette flagellation est pleinement justifiée »

Car l’affaire est inédite. Jamais une sanction de la charia n’avait été prononcée pour une infraction commise sur les réseaux sociaux, et la police religieuse a annoncé dans la foulée le renforcement de sa surveillance en ligne pour traquer les contenus contraires à la loi religieuse.

Amnesty International y voit une « criminalisation de l’intimité consentie » et appelle le gouvernement central à abroger des châtiments corporels contraires aux engagements de l’Indonésie, signataire de la Convention des Nations unies contre la torture [et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants].

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