- La France manque cruellement de médecins.
- Au point que des praticiens officiellement à la retraite ont décidé de poursuivre leur carrière.
- Et c’est loin de déplaire aux patients, comme vous allez le voir avec ce reportage de TF1.
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À 90 ans, le docteur Jean-Pierre Lyon, médecin généraliste à Alençon, reçoit des patients dans son cabinet depuis maintenant 60 ans. Pour l’épauler, il peut compter sur un fidèle compagnon, son épagneul breton. Depuis les années 70, le décor n’a pas changé : les patients sont toujours aussi nombreux et les semaines bien remplies. « En termes de disponibilité, c’est de 8 heures du matin jusqu’à 20 heures. Mais il y a des jours très calmes où je commence à 10 heures du matin. Je ne suis pas toujours écrasé »,
dit-il dans la vidéo en tête de cet article. Le jour du reportage de TF1, il a déjà une dizaine de patients dans sa salle d’attente, dont des fidèles de la première heure. L’un d’eux était au lycée quand, pour la première fois, il a été ausculté par le docteur Lyon. Depuis, le désert médical s’est propagé pour toucher tout le département.
15.000 médecins retraités poursuivent leur carrière
Six millions de Français n’ayant pas de médecin traitant, le docteur Lyon refuse de raccrocher. « J’ai la faiblesse de croire que je rends service à mes malades et je me rends service à moi-même. Quelle est l’alternative ? Ce serait de prendre ma retraite et ce n’est pas ma philosophie d’existence. Je suis bien dans mon métier, je l’exerce et j’ai l’impression que je vieillis moins que mes confrères qui ont pris leur retraite il y a 20 ou 30 ans »,
explique-t-il. Un docteur peut pratiquer toute sa vie. Il n’existe pas de limite d’âge, estime le Conseil de l’ordre. La seule limite est la capacité du médecin à continuer à exercer, selon son état de santé et sa compétence. Aujourd’hui en France, 15.000 médecins officiellement retraités poursuivent leur carrière, notamment dans les territoires sous-dotés.
On ne peut pas laisser partir ce savoir-faire qui est inestimable.
On ne peut pas laisser partir ce savoir-faire qui est inestimable.
Jérémy Renard, co-fondateur du centre de spécialités médicales Odon Vallet
En plein cœur de Paris, dans une zone prioritaire d’intervention, des situations analogues existent, comme dans le centre médical visité par notre équipe, géré uniquement par des retraités. Ici, 2.000 consultations ont lieu tous les mois auprès de spécialistes surdiplômés, ayant tous travaillé dans de prestigieux hôpitaux. Et parfois, plusieurs praticiens s’épaulent. Une dermatologue examine par exemple un bébé victime d’eczéma et reçoit l’aide d’un pédiatre de 79 ans qui consulte dans le même cabinet. La maman n’en revient pas : elle a deux spécialistes pour le prix d’un, elle qui vient du sud de la France. « Il y a un an et demi d’attente et il nous a suffi de voir le docteur Mercier qui nous sert sur un plateau d’argent la dermatologue »
, se félicite-t-elle. Durée de la consultation : 40 minutes. « On réfléchit avec son cerveau pour savoir ce que c’est, plutôt que de prescrire un tombereau d’examens complémentaires qui ne servent à rien et qui coûtent un bras à la Sécurité sociale »,
assure le docteur Jean-Christophe Mercier.
Sous statut associatif, ce centre de santé unique en France fait donc appel à des spécialistes qui cumulent retraite et salaire. Ils sont en secteur 1, donc sans dépassement d’honoraires. On y trouve un dermatologue, un infectiologue, un gynécologue obstétricien, un rhumatologue, un pédiatre et un ORL. Une concentration de talents que le créateur des lieux est allé chercher à l’hôpital public où la limite d’âge, en théorie, pour un médecin, est fixée à 67 ans. « Un grand professeur de renommée internationale, on lui dit au revoir. Dans certains cas, on lui propose un contrat de vacataire, mais qui ne correspond pas forcément à ses attentes. C’est sur ce constat-là qu’on se dit qu’on ne peut pas laisser partir ce savoir-faire qui est inestimable »,
pointe Jérémy Renard, cofondateur du centre de spécialités médicales Odon Vallet.
La France manque toujours cruellement de praticiens, ils sont 260.000 aujourd’hui. On sortira de la zone rouge en 2040, d’après les dernières projections. En attendant, les médecins retraités restent précieux, y compris dans les associations caritatives. Le docteur Guy Lessieux a 84 ans. Il est médecin bénévole pour l’association « Ordre de Malte France ». Chaque semaine, il arpente les rues de Paris pour aider les sans-abri. C’est un des pionniers des maraudes en France. Il a commencé voilà près de 30 ans. Là aussi, c’est un travail d’équipe avec quatre professionnels de santé, dont une jeune infirmière admirative du docteur Lessieux. « Il a le don de soi, à donner de son temps, de son amour pour les patients. C’est magnifique »,
admet-elle. En France, 800 médecins de plus de 80 ans exercent toujours leur métier en cabinet ou comme ici, gracieusement. Pour soigner et rendre leur dignité aux personnes, c’est l’un des fondements du serment d’Hippocrate.

