- Après les violences urbaines qui ont frappé le pays ce week-end, nombreux sont les touristes à avoir modifié leurs plans.
- Dans la capitale, certains sont allés jusqu’à écourter leur séjour, inquiets d’une potentielle reprise des violences.
- Une situation qui pourrait coûter cher aux professionnels du tourisme.
Suivez la couverture complète
Lycées, facs, gilets jaunes… Une France entre colère sociale et violences urbaines
Ajoutez TF1info à vos sources sur Google
Sous la Canopée du Forum des Halles, dont l’immense toit de verre et d’acier ne laisse filtrer, ce mardi 20 octobre, que bien peu de lumière, Gregory et Stéphanie consultent sur leur smartphone un plan de Paris. Samedi, le couple de Canadiens faisait ses emplettes aux Galeries Lafayette lorsque, dehors, sur le boulevard Haussmann, ont retenti des détonations « de plus en plus fortes »
, qu’ils ont d’abord prises « pour des coups de canon »
. Avant de se retrouver confinés à l’intérieur du grand magasin : « On nous a demandé de ne pas sortir, car ça pouvait être dangereux »
, raconte le quinquagénaire, casquette rouge vissée sur la tête. Sur le stand d’une grande marque de luxe, ils ont pu tout de même, pour patienter, savourer « une coupe de champagne »
, rapporte Stéphanie, sourire aux lèvres, qui garde tout de même « un mauvais souvenir »
de cette journée.
La scène peut sembler irréelle, à l’image de ces derniers jours où Paris, première destination touristique du monde, a été le théâtre de violences urbaines (nouvelle fenêtre). Vitrines brisées, magasins pillés, véhicules incendiés : samedi 17 octobre, les violences ont frappé la capitale comme plusieurs grandes villes du pays, de Marseille à Lyon en passant par Saint-Étienne ou Nice. Selon le ministre des PME, Serge Papin, quelque 3.000 commerces ont été pris pour cible dans toute la France, pour une facture qui se chiffrera en centaines de millions d’euros.
« On a eu très peur »
Des circonstances exceptionnelles auxquelles ont dû faire face dans l’urgence les professionnels du tourisme. Olivia*, guide d’origine américaine et habituée de la capitale, devait conduire samedi ses « guests »,
comme elle les appelle, au Grand Hôtel, rue Scribe, près de l’Opéra Garnier. « Entre les voitures brûlées et le bruit, ils étaient très inquiets, mais pas surpris »
, assure-t-elle. « Ils comprennent les revendications et on peut dire qu’on a véritablement expérimenté la culture française. »
Les violences auront tout de même modifié les plans du groupe : « Nous sommes allés déjeuner mais nous avons dû regagner l’hôtel précipitamment et n’en sommes pas sortis avant le lendemain. »
Au volant de son car, Edouardo Salgado a dû lui aussi bousculer le programme de ses clients. Ce chauffeur d’une compagnie qui opère des visites guidées dans la capitale a soudainement vu surgir, en plein boulevard Haussmann, samedi matin, « un attroupement de jeunes qui débarquaient dans tous les sens, la plupart cagoulés, avec des barres de fer »
. « Je me suis retrouvé complètement coincé »
, raconte-t-il. Alors, « par réflexe »
, il s’est mis à applaudir et à klaxonner, à « faire le fayot »
, jusqu’à ce que les émeutiers (nouvelle fenêtre), comprenant qu’il n’était pas un « ennemi »
, demandent à la foule de lui faire de la place pour l’aider à manœuvrer. « Tout le monde filmait, on était en panique »
, se souvient le quinquagénaire, toujours marqué par les événements : « C’est la première fois de ma vie que j’ai eu peur comme ça. J’ai prévenu mes chefs qu’en cas de nouvelles manifestations, je ne prendrais pas le volant. »
Plus loin, près de la place de la République, épicentre de la mobilisation (nouvelle fenêtre) de samedi, les voitures calcinées jonchent encore le sol. Lukas, étudiant estonien qui a entamé depuis le début du mois un tour d’Europe, dit tout de même comprendre les revendications : « Il y a des problèmes de vie chère dans plein de pays »
, observe-t-il. « Même si la violence est inacceptable, on comprend, surtout les jeunes qui ont du mal à s’en sortir. »
Le vingtenaire, bénéficiant de la possibilité d’annuler sans frais sa location courte durée, choisira tout de même d’écourter son séjour dans la capitale pour rejoindre la Belgique jeudi soir au lieu de dimanche prochain, par crainte « de nouvelles violences qui (l)’empêcheraient de partir »
.
Plusieurs milliers de nuitées annulées
Des programmes chamboulés donc, que ressentent déjà les professionnels du secteur. « Il y a les premières annulations qui commencent à tomber, principalement de
touristes étrangers
(nouvelle fenêtre)«
, constate auprès de TF1info Franck Delvau, président de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH) Paris-Ile-de-France. « Ils voient les images dans leurs médias, associées aux termes de chaos, de guérilla… Ils n’ont pas du tout envie de venir. C’est la réputation de la France qui est en jeu. »
À Neuilly-sur-Seine par exemple, pourtant hors des limites de la capitale, l’hôtel Charlemagne accuse ainsi une baisse de 15 % de ses réservations pour cette semaine.
Reste qu’une seule journée d’émeutes ne suffit pas, à elle seule, à ébranler l’économie touristique de la capitale, tempère Didier Arino, directeur général de Protourisme. « Cela génère des annulations à hauteur de 1 % du nombre de nuitées mensuelles dans les jours qui suivent et autant dans les semaines suivantes »
, soit 80.000 à 100.000 nuitées au total, estime le cabinet. Le spécialiste met toutefois en garde contre la répétition des incidents : « L’impact est doublé auprès des touristes étrangers si les troubles persistent : cinq jours d’émeutes médiatisées au cœur de Paris, c’est 1 million de nuitées qui seraient perdues, dont une grande partie auprès d’une clientèle étrangère qui vient de loin. »
Après l’UMIH et la Confédération des commerçants de France, qui refusent d’être les « victimes collatérales »
de ces violences, plusieurs organisations du tourisme ont d’ailleurs demandé dimanche à l’exécutif d’agir « immédiatement »
pour « préserver la confiance des clientèles françaises et internationales »
. « On est dans l’expectative »
, résume Franck Delvau. « Si tous les samedis c’est le bazar, ça va être très difficile pour nous et pour tous les acteurs du secteur qui peinent à s’organiser. Il y a la peur de voir de nouveaux week-ends de violence. »
Les organisateurs de la manifestation du week-end dernier ont quant à eux d’ores et déjà appelé à un acte II le 24 octobre prochain.
*Les prénoms ont été modifiés.

