- Dans une analyse appuyée sur une « base de données inédite » fournie par les Restos du Cœur, des chercheurs analysent « l’ampleur de la précarité alimentaire et résidentielle ».
- Dévoilée ce lundi, cette étude alerte notamment sur la progression vertigineuse du nombre de personnes ayant sollicité l’aide de l’association depuis 2018.
- Elle s’inquiète en particulier d’une « explosion » du nombre de personnes sans-abri ou vivant dans un logement précaire parmi ces bénéficiaires.
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En pleine année présidentielle, l’association espère braquer les projecteurs sur les plus démunis. Dans une vaste étude publiée ce lundi 5 octobre, appuyée sur plusieurs millions de données des Restos du Cœur, cinq chercheurs en économie se penchent sur la grande pauvreté. Une étude « inédite »
, qui montre, chiffre après chiffre, « l’ampleur de la précarité alimentaire et résidentielle en France »
, qui s’est encore accentuée ces dernières années, souligne l’organisation caritative.
Cette analyse s’appuie ainsi sur une « base de données inédite issue de la plus
grande association d’aide alimentaire en France
(nouvelle fenêtre)«
, qui offre une « couverture exceptionnelle »
, salue dans un communiqué l’un de ses auteurs, Alexandre Gaillard, maître de conférences en économie à l’Université de Brown et membre associé à la Toulouse School of Economics. Au total, ce sont cinq chercheurs en économie basés en Europe et aux États-Unis qui ont pris part à ces travaux, qui dressent plusieurs constats inquiétants. À commencer par la hausse de 37% du nombre de personnes accueillies par l’association (nouvelle fenêtre) entre 2018 et 2025.
Près d’une personne sur dix pourrait solliciter l’aide alimentaire dans les 10 ans à venir
Au total, ce sont ainsi plus de 5,5 millions de bénéficiaires qui ont eu recours au moins une fois à l’aide alimentaire des Restos sur cette période, soit l’équivalent de 8% de la population française. À rebours de « certaines idées reçues »
, la grande précarité alimentaire reste toutefois transitoire, puisque la durée moyenne d’un passage à l’association est d’environ 18 mois, explique cette dernière dans son communiqué. Mais si ce constat « peut sembler une bonne nouvelle »
, il « va de pair avec un risque de précarité qui touche une part très élevée de la population »
, soulignent les chercheurs dans une synthèse de leur étude.
Conséquence, près d’une personne sur dix vivant en France court « à un instant donné le risque de tomber
dans la précarité alimentaire
(nouvelle fenêtre) au cours de la décennie qui suit »
et donc d’avoir recours à l’aide alimentaire, alertent-ils. Un « risque de courte durée mais très répandu »
, « deux faces d’une même médaille »
. Et dans les cas où le passage par l’association se prolonge au-delà de ces 18 mois, « plus la durée de cet épisode s’allonge et plus il devient difficile de sortir de la pauvreté »
, relève cette dernière.
Au-delà de cette précarité alimentaire, l’étude alerte aussi sur la précarité résidentielle (nouvelle fenêtre), dont la progression est plus spectaculaire encore : toujours parmi les bénéficiaires des Restos du Cœur, le nombre de personnes touchées a bondi de 62% entre 2018 et 2025, une « explosion »
. Un chiffre regroupant à la fois les personnes sans-abri ou vivant dans un logement précaire ou inadéquat. En cause, « les loyers ou frais liés au logement représentent de loin les dépenses les plus importantes pour les personnes en situation de grande pauvreté »
, alerte l’organisation dans son communiqué.
Inflation, chômage… les facteurs qui font bondir le sans-abrisme
Parmi cette catégorie de population, les enfants se retrouvent « parmi les plus exposés à la pauvreté »
, pointe-t-elle notamment. Près d’un quart de ces personnes sont des mineurs de 0 à 9 ans, qui représentent pourtant 10% de l’ensemble de la population, et la grande majorité d’entre eux « sont issus de familles monoparentales avec des mères seules »
. Plus largement, la part de jeunes parmi les bénéficiaires des Restos est frappante : en 2024-2025, sur 1,3 million d’individus venus chercher de l’aide, « une personne accueillie sur deux
avait moins de 25 ans
(nouvelle fenêtre), et 23 % des familles accueillies étaient monoparentales »
.
Quant au sans-abrisme au sens strict, c’est-à-dire les personnes à la rue ou sans logement personnel, y compris si elles sont hébergées temporairement en CHU ou à l’hôtel par exemple, les chiffres sont édifiants : une personne sur 200 est aujourd’hui concernée en France. Depuis 2018, le nombre de ménages touchés par ces difficultés a bondi de 61% entre 2018 et 2023. « Si les prix étaient restés fixés à leur niveau de 2018
« , cette hausse aurait bondi « seulement de 29% »
, selon les économistes. Ce qui leur fait dire que « l’inflation est responsable de plus de la moitié »
de cette récente « hausse spectaculaire
du sans-abrisme
(nouvelle fenêtre)« .
À cela s’ajoute aussi le rôle du chômage : une hausse de 10% de ce taux entraîne « une augmentation d’environ 10% du nombre de personnes sans-abri ou en situation de précarité résidentielle »
, et même de « 13% pour la précarité alimentaire »
, alertent les chercheurs.
Face à tous ces constats, « la prévention reste le levier le plus puissant »
, car « plus une personne est accueillie aux Restos depuis longtemps, plus il lui sera difficile de s’en sortir »
, insiste Yves Mérillon, membre du bureau national des Restos du Cœur, cité dans le communiqué. Pour cela, l’association appelle à miser sur « des politiques publiques agissant sur la stabilité des prix, le marché du travail et l’offre de logements »
, autant de mesures capables « d’aider à prévenir les basculements dans la grande pauvreté »
. Pour épauler ceux qui s’y trouvent déjà piégés, elle exhorte plutôt à miser sur des « interventions ciblées et adaptées aux situations personnelles des individus »
.

