- Lors de son allocution à l’Élysée, Léon XIV a mis en garde contre les dangers de l’intelligence artificielle.
- Le pontife américain a fait de cette technologie un thème majeur du début de son pontificat.
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Voyage du pape Léon XIV en France
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Il était attendu sur ce sujet. Lors de son discours à l’Élysée, ce vendredi 25 septembre, le pape Léon XIV a mis en garde contre le risque de « perdre notre humanité au milieu du paradis des machines »
, en référence aux inquiétudes concernant les dérives de l’intelligence artificielle (IA). Le pontife américain, qui a fait de l’IA un thème majeur du début de son pontificat, a appelé devant le président Emmanuel Macron à « replacer la personne humaine au cœur de toute réflexion »
, à l’occasion de son voyage en France.
« Pour ne pas perdre notre humanité au milieu du paradis des machines qui envahissent et conditionnent notre quotidien, il est urgent de former les esprits à un discernement éthique »
, a souligné le pape, reprenant une formule de l’écrivain français Georges Bernanos, qui critiquait le projet d’une société industrielle obsédée par l’efficacité et le profit après la Seconde Guerre mondiale.
« Désarmer » l’IA pour « l’empêcher de dominer l’humain »
« Une société authentiquement libre n’impose pas l’uniformité, mais protège la diversité des consciences, en prévenant les dérives autoritaires et en favorisant un dialogue éthique »
, a-t-il rappelé. Face aux craintes grandissantes sur les risques liés aux algorithmes – et leur potentielle capacité à dominer le monde – jusque chez les acteurs qui la développent, l’Église estime avoir un rôle à jouer. En mai, à peine un an après son élection, le pape Léon XIV appelait dans un texte majeur à « désarmer »
l’intelligence artificielle pour « l’empêcher de dominer l’humain »
. « Magnifica humanitas », la première encyclique jamais consacrée à ce sujet, insiste notamment sur le risque de voir les données, les infrastructures et la puissance de calcul se concentrer dans les mains de quelques acteurs.
Ces dernières années, le Vatican a multiplié les échanges avec des universitaires et des dirigeants de la Silicon Valley afin d’anticiper les conséquences anthropologiques, sociales et éthiques de cette révolution, comme l’utilisation militaire de l’IA et la surveillance de masse qu’elle pourrait permettre. La doctrine de Léon XIV s’inscrit dans une histoire bien plus ancienne, et son nom de pape n’a rien d’anodin. En 1891, Léon XIII publiait « Rerum novarum », le grand texte de la doctrine sociale de l’Église face aux bouleversements de l’époque, entre essor du capitalisme, condition ouvrière et rapport entre capital et travail. Léon XIV « ne voit pas l’IA comme une simple innovation technique supplémentaire, mais comme une mutation comparable à la révolution industrielle du XIXe siècle »
, a déclaré à l’AFP François Mabille, directeur de l’Observatoire géopolitique du religieux.
L’engagement du souverain pontife ne se limite pas à de « simples interventions morales extérieures au champ technologique »
: ce pape moderne de 71 ans – il est le premier à porter une montre connectée – veut structurer « un véritable écosystème de gouvernance mondiale »
de l’IA, ajoute le chercheur. Léon XIV a d’ailleurs approuvé en mai la création d’une commission interdiscastérielle (équivalent interministériel du Vatican) sur l’IA, chargée d’élaborer les positions du Vatican. Le pape a enfin mis en garde contre « l’illusion »
selon laquelle la science et la technologie seraient « une solution et une consolation à toutes nos souffrances »
. Il s’est notamment dit préoccupé par le risque de « détourner la science et la technologie en entreprises lucratives favorisant les manipulations génétiques, la gestation pour autrui, l’achat d’organes ou l’offre d’une mort programmée »
.

