« Une mort sociale » : Florence Porcel, dont la plainte a lancé l’affaire PPDA, analyse dans un livre la déflagration qu’a provoquée dans sa vie et celle de 14 autres plaignants la dénonciation d’une personnalité, appelant à « un changement de mentalité » dans les affaires de violences sexistes et sexuelles.
L’autrice a porté plainte pour viols, en 2021, contre Patrick Poivre d’Arvor, qui a été mis en examen en 2023 pour l’un des deux faits dont elle l’accuse.
Depuis, au moins 45 femmes ont accusé devant la justice l’ancien présentateur vedette de TF1 de les avoir violées, agressées ou harcelées sexuellement. Lui nie vigoureusement.
Depuis, « je passe littéralement à côté de ma vie », confie Florence Porcel dans un entretien accordé à l’AFP. « Je n’ai plus de vie personnelle, du fait des traumatismes, et je n’ai plus de carrière », les propositions de travail s’étant taries après la fuite dans la presse, sans son consentement, de son dépôt de plainte, affirme-t-elle.
Dans « Parler ou se taire. Ce qu’il en coûte de s’attaquer à des hommes puissants », publié mercredi chez Hugo Publishing, l’écrivaine livre son témoignage, mais aussi celui de 14 autres plaignants, décortiquant, chapitre après chapitre, « les biais » du grand public, qui les ont transformés en « épouvantails ».
« Nous ferions +ça+ pour la gloire et l’argent, nous aurions dû parler plus tôt si c’était vraiment vrai, nous voudrions briser leurs vies pour le plaisir de nuire, nous nous servirions du tribunal médiatique », égrène-t-elle.
Trois ans d’enquête la mènent à une conclusion « douloureuse » : dénoncer une personnalité pour des violences sexistes, sexuelles ou conjugales est « une mort sociale, un suicide professionnel et un anéantissement réputationnel pour les victimes ».
Ces 13 femmes et un homme, nés entre les années 1970 et 2000, connus ou inconnus du grand public, d’origines sociales et géographiques diverses, ont pour point commun d’avoir mis en cause une personnalité. C’est un échantillon « le plus diversifié possible » pour être « représentatif », explique Florence Porcel.
– « Documenter nos ressentis » –
Parmi ces témoins, la députée Sandrine Rousseau, qui a porté plainte en 2016 pour agression sexuelle contre l’ex-député écologiste Denis Baupin ou encore la comédienne Charlotte Arnould, qui accuse l’acteur Gérard Depardieu de l’avoir violée.
« Florence documente nos ressentis et c’est très fort. Car, nous, les victimes, on a toujours été assignées au ressenti, mais son livre nous sort de là pour dire : c’est un système », affirme Sandrine Rousseau, contactée par l’AFP.
« Florence y va fort », en donnant « des recommandations osées » pour un autre traitement médiatique, salue Charlotte Arnould.
Dans son livre, où elle développe son suivi statistique de nombreuses affaires de violences sexuelles, Florence Porcel veut mettre à mal de « fausses croyances » sur les plaignants et lutter contre « une défiance de principe » à leur égard.
« Quand on apprécie » une personnalité, « quelqu’un dont on a lu tous les livres ou qu’on voit tous les jours à la télé, évidemment qu’on s’attache et que c’est humain d’en vouloir aux personnes qui les attaquent », concède-t-elle.
Mais, statistiquement, le grand public a plus de chances de ne pas se tromper en croyant les victimes, affirme-t-elle: selon une étude sur des viols en Europe de la chercheuse britannique Liz Kelly, citée dans le livre, « les fausses allégations représentent 6% des cas ».
Porter plainte, c’est « un désir absolu de justice, une manière de se reconstruire, le seul moyen d’avancer après les violences », écrit Florence Porcel. « Mais faire appel à la justice, c’est aussi mettre sur +pause+ une partie de nous-mêmes : pendant toute la durée de la procédure, nous devons cohabiter en permanence avec le soi du passé, celle qui a été violentée et qui est lourde à porter ». « C’est un entre-deux très inconfortable, pesant, anxiogène et épuisant. »
L’autrice ne craint-elle pas de décourager de saisir la justice ? « J’ai parfaitement conscience que je ne dresse pas un tableau très reluisant, mais cela me paraît d’utilité publique d’informer », répond Florence Porcel. Surtout, l’autrice espère « un avant et un après » son livre : « Si on change de paradigme, on change le monde ».
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