Dans le nord du Népal, il ne reste parfois presque rien des maisons qui bordaient la rivière. Le 26 août, la vague de boue, de roches et d’eau qui a traversé les vallées a complètement détruit et emporté les habitations, les routes et les ponts. Depuis, les secours recherchent ceux qui ont survécu et ceux dont les familles sont sans nouvelles. Plus d’une semaine après la catastrophe, ce mercredi 2 septembre, les autorités népalaises faisaient état de 1 114 morts et 3 916 personnes toujours portées disparues.
Après les crues au Népal, la colère face aux impacts « disproportionnés » d’une crise climatique « subie »
Les cours d’eau ont emporté des personnes très loin en aval. Dans le district de Chitwan, à près de 200 kilomètres de certaines des zones les plus durement touchées, les autorités ont récupéré des centaines de corps. Le 30 août, l’agence Associated Press rapportait qu’environ 250 dépouilles y attendaient encore d’être identifiées.
Le déplacement des corps complique considérablement les recherches. Une personne disparue dans une vallée du nord peut être retrouvée plusieurs jours plus tard dans un autre district, sans document permettant de l’identifier. C’est pour cette raison que les recherches ne se limitent pas aux villages détruits. Les équipes népalaises explorent les rivières, les zones couvertes de boue et les décombres. Des hélicoptères et des drones sont utilisés pour atteindre ou observer des secteurs difficiles d’accès. Tant que ces endroits n’ont pas été inspectés, certaines disparitions restent sans réponse.
« Les chances de retrouver des survivants diminuent de jour en jour »
Alors tous les moyens sont utilisés pour parvenir à retrouver les disparus. Pour venir en aide aux ouvriers qui pourraient toujours être coincés dans les tunnels « nous utilisions des haut-parleurs pour les appeler. À certains endroits, nous passions même de la musique et attendions une réponse », a expliqué Manish Maharjan à Associated Press. « Cela a fonctionné dans quelques cas et nous a permis de localiser des personnes. » Pilote de drone, il a également tenté de rechercher d’éventuels survivants, sans succès.
Les autorités ont déclaré que 279 personnes avaient été secourues des ruines de projets hydroélectriques, mais qu’au moins 639 autres étaient toujours portées disparues, dont certaines seraient piégées dans des tunnels. Des équipes de secours spécialisées venues d’Inde, de Chine et des États-Unis ont participé aux tentatives de sauvetage dans le tunnel, ont indiqué les autorités. « Nous disposons d’équipements d’écoute de haute technologie pour détecter les signes de vie. Ensuite, les équipes de sécurité interviennent pour vérifier », a déclaré Ferrin Cole, membre de l’équipe d’intervention américaine actuellement au Népal, à l’agence de presse ANI.
« Les efforts se poursuivent pour sauver tous ceux qui pourraient encore être bloqués », a déclaré à l’AFP une porte-parole de l’agence chargée de la gestion des situations d’urgence, Shanti Mahat. « Les miracles existent », a avancé mardi le ministre népalais des Affaires étrangères, Shisir Khanal, disant ne « pas perdre complètement espoir ». De son côté, Binoj Basnet, un général de l’armée à la retraite qui a déjà supervisé des sauvetages lors de telles catastrophes qui témoigne auprès de Reuters, se veut moins optimiste : « Vu la nature de la catastrophe et la zone touchée par les inondations, les chances de retrouver des survivants diminuent de jour en jour. »
Au-delà des survivants, de nombreux corps de disparus sont probablement ensevelis sous plusieurs tonnes de débris et de boue. Il faudra longtemps avant que tous puissent être retrouvés, si tant est que cela arrive. Le nombre de disparus risque de ne jamais retomber à zéro, et plusieurs pourraient simplement être présumés morts.
L’ADN des proches pour tenter d’identifier les dépouilles
Face à ce travail colossal des autorités et secours, il y a l’attente des familles. Sans nouvelles de leurs proches, certains écument les hôpitaux et les morgues en quête d’informations. Dans la capitale népalaise Katmandou, les photos de népalais et d’étrangers sont affichées sur plus de 25 mètres sur ce « mur des disparus » devant l’hôpital universitaire. Debu Sapkota confie à l’AFP ne plus avoir « l’espoir que ses proches aient survécu ». Elle précise : « Je suis ici dans l’espoir de retrouver leurs corps. » Et même là, les familles sont confrontées à de nouvelles difficultés.
Certains corps ont passé plusieurs jours dans l’eau ou dans la boue et sont déjà fortement décomposés. D’autres ont été retrouvées mutilées ou sous forme de restes humains. Dans ces conditions, une famille ne peut pas toujours reconnaître son proche à partir de son visage ou de ses vêtements. Il est ainsi arrivé que plusieurs familles identifient un même corps comme étant leur proche, affirmant que les caractéristiques physiques du corps correspondent, révèle le Kathmandu Post.
Les autorités ont donc recours à une méthode qui peut permettre de rendre une identité à un corps qui n’est plus reconnaissable : l’ADN. Des prélèvements sont réalisés sur les dépouilles qui ne peuvent pas être identifiées immédiatement. Les proches des personnes disparues sont eux aussi invités à fournir des échantillons afin de permettre les comparaisons. « Nous prélevons ici les échantillons de sang, auprès de leurs frères et sœurs ou de leurs proches parents », explique Rameshwor Adhikari, de l’armée, au Guardian. « Des gens viennent de toute la vallée et de différentes régions du pays pour donner leur sang. » Le gouvernement népalais a sollicité l’aide d’équipes étrangères spécialisées dans l’identification médico-légale.
Des corps inhumés avant même leur identification
De plus, le nombre de dépouilles récupérées est supérieur aux capacités des morgues. Les autorités ont demandé davantage d’équipements de conservation, mais certaines installations sont déjà saturées. Pour éviter que les dépouilles ne se dégradent davantage, des corps non identifiés ont été temporairement enterrés dans le district de Chitwan.
Avant leur inhumation, les équipes médicales prélèvent leur ADN et enregistrent les informations disponibles. Le gouvernement précise que ces corps pourront être exhumés lorsqu’une identification aura été établie, afin que les familles puissent ensuite accomplir les rites funéraires.
Cette décision a provoqué l’indignation dans le pays où les rites funéraires hindous accordent traditionnellement une place centrale à la crémation. Certaines familles, faute de réponse et n’ayant plus espoir d’un jour pouvoir savoir ce qui est arrivé à leurs proches, ont déjà entamé des cérémonies funéraires symboliques.
Au Népal, ce directeur d’école raconte comment il a évacué 900 élèves avant la crue éclair
Qui sont les 4 Français portés disparus au Népal après les inondations mortelles ?

